Il me vient de plus en plus comme un dégoût au vu de ce que "la presse d'investigation" peut commettre. Je ne suis pas juriste, mais je sais comme tout le monde que l'on est présumé innocent tant que l'on a pas été condamné. Mais quand le blizzard de la presse à scandale souffle sans relâche sur les braises du soupçon, il ne reste plus que cendres de la présomption d'innocence. Savent-ils, les grands prêtres de l'information à tout prix, le tort qu'ils auront malgré tout causé à ces personnes, s'il s'avère au bout du compte qu'ils n'ont rien à se reprocher ? Pensent-ils à la famille, aux enfants, à ces filles et fils de "violeurs présumés" qui auront subi un inutile calvaire, aux "coupables" eux-mêmes, jugés par ces représentants du peuple sans légitimité et sans gloire, méprisables investigateurs shootés à l'adrénaline du scoop ?
Il n'y a rien de glorieux à ça, et cela n'a rien à voir avec la liberté ou le droit d'informer. Car qu'est-ce que l'exercice d'un droit qui ne se soucie pas des conséquences injustes et dramatiques qu'un usage sans conscience de ce droit peut générer ? Un manquement à l'honneur, rien de moins. La république du soupçon dont a parlé Mr MACRON est bien plutôt une société de la mise en accusation au plus vite et sans prudence, et les "auxiliaires" de justice ou de police qui y concourent s'acquittent de bien basses besognes.
Qu'il soit fait état des condamnations prononcées à l'encontre de personnages publics, fort bien, et qu'il soit-même donné à cette publicité le plus large écho: bien volontiers. Mais en attendant que la justice ait éclairé les affaires, que l'on se taise. Que les hommes et femmes publics de qui l'on attend tant puissent jouir de la présomption d'innocence au moins autant que les représentants d'une presse qui se perd dans l'abjection. Qu'ils ne soient plus, l'espace d'un spasme médiatique, métamorphosés en ces poupées vaudou que l'on crible d'épingles pour s'attirer la bienveillance des esprits.