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Billet de blog 23 janvier 2026

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Mélenchon au 2ème tour: réponse à Rémi Lefebvre

J'ai écouté attentivement vos arguments dans le débat qui vous a opposé à Manuel Cervera-Marzal. Ce dernier est peut-être un rêveur, exclusivement entouré de gens de gauche, et qui prend ses désirs pour des réalités. Vous seriez à l'inverse un réaliste ...

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

J'ai écouté attentivement vos arguments dans le débat qui vous a opposé à Manuel Cervera-Marzal. Ce dernier est peut-être un rêveur, exclusivement entouré de gens de gauche, et qui prend ses désirs pour des réalités. Vous seriez à l'inverse un réaliste qui voit clairement que les idées du RN se sont largement ancrées et répandues dans la société française et au-delà, et ce n'est pas moi qui soutiendrai le contraire. Toutefois, vous faites de la personnalité de Mélenchon le principal facteur du rejet qu'il susciterait dans l'opinion, ce qui n'est pas faux non plus pour ce qui concerne une fraction de cette opinion biberonnée à la propagande tendancieuse et simpliste des "grands" média. J'ai vu de mes yeux nombre de "braves gens", fâchés mais pas ouvertement fachos selon l'euphémisme consacré, convulser d'épouvante à la seule évocation  de son nom. Je ne vous ferai donc pas le reproche de constater lucidement ce que je peux moi-même observer de plus en plus fréquemment.

Ce qui m'a pour le moins étonné dans votre argumentation, c'est que vos prédictions (qui se vérifieront peut-être) sont principalement étayées par l'importance décisive que vous accordez à l'image de Jean-Luc Mélenchon dans l'opinion, du moins selon une presse acharnée à le disqualifier par avance . Là encore, je ne contesterai pas, contre toute évidence, que cette image, bien que patiemment fabriquée par ses (nombreux) adversaires politiques repose sur des faits avérés: Mélenchon est éruptif, pas consensuel pour un sou, et se tire volontiers une balle dans le pied en fonçant tête baissée dans les pièges qui lui sont innocemment tendus, au lieu de câliner les piégeurs aux indignations sélectives. Donc, Mélenchon est clivant, et c'est donc une raison légitime de lui substituer un(e) autre candidat(e) à l'occasion de primaires de la gauche. Clivant: se dit de quelqu'un qui divise profondément l'opinion (Larousse). Dont acte. Partant de ce constat, pourquoi diable, monsieur Lefevre, oubliez-vous d'ajouter que monsieur Bardella, ou madame Le Pen le sont tout autant, et à mon humble avis bien davantage ? Monsieur Retailleau ne l'est-il pas ? Et que dire de monsieur Macron qui culmine à moins de 20% d'opinions favorables ? Quant à Charles de Gaulle, il l'était tellement peu qu'il a bon an mal an échappé à cinq tentatives d'assassinat... Argument un peu faible car si tout le monde est clivant, personne, en bonne logique, ne l'est. 

Monsieur Mélenchon divise l'opinion (mais après tout, nous sommes encore en démocratie), c'est donc un repoussoir. Bardella, Le Pen, Retailleau et consorts divisent la nation (Français de souche/Français de papiers) mais vous réservez ce terme de repoussoir au seul Mélenchon. Non pas que vous ayez la préférence "nationale", cela va de soi. Mais ce faisant, vous rejoignez la Meute (la vraie, celle qui crucifie ou adoube, qui banalise ou proscrit) qui a installé le seul leader de gauche à n'avoir jamais  fait montre de complaisance envers une forme ou une autre de macronisme dans le fauteuil (j'allais écrire la chaise électrique...) d'homme politique le plus détesté du pays.

Autre élément disqualifiant à vos yeux: Mélenchon insulte les journalistes. Savez-vous que les Français interrogés sont  une majorité à ne pas faire confiance aux médias sur les grands sujets d'actualité, à hauteur de 61% (baromètre La Croix-Verian-La Poste janvier 2026) ? En tirez-vous la conclusion que Mélenchon est donc en phase avec une majorité de Français ? Non. Primaire, voilà la solution. Peut-être nous ferez-vous l'honneur prochainement de nous faire savoir ce qu'il y a lieu d'en attendre ? Qu'il en sorte une sorte de "en même temps" ou de "ni-ni" personnifié, à mi chemin, au millimètre prés, de Glucksmann et de Mélenchon, mâtiné d'un brin de Roussel ? Vous seul le savez. S'il s'agit de faire émerger une personnalité consensuelle dans l'inusable mystique du "rassemblement", c'est bien évidemment un artifice, le vocable de "gauche" désignant maintenant un agglomérat non de partis, mais de personnalités dont bon nombre sont de pitoyables coucous (le volatile qui usurpe le nid des autres). Et s'il s'agit, en y mettant les formes, de réduire Mélenchon au silence, j'ai bien peur qu'une bonne partie des presque 8 millions d'électeurs qui ont voté pour lui en 2022, et qui lui sont reconnaissants de n'avoir pas renié ses convictions, aillent à la pêche plutôt qu'une fois de plus faire le castor dont on fait des bonnets.

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