Malaise à l'UNESCO

Près de neuf mois après l’élection de Audrey Azoulay à la tête de l’UNESCO, l’euphorie (réelle ou suposée) du changement s’est déjà estampée.

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Près de neuf mois après l’élection de Audrey Azoulay à la tête de l’UNESCO, l’euphorie (réelle ou suposée) du changement s’est déjà estampée. Le malaise est bel et bien installé au sein de l’institution onusienne.  L’ex-ministre française de la culture (installée à la fin du mandat de l’ex président, François Hollande) ne fait plus l’unanimité. Pas uniquement vis-à-vis des représentants des pays membres de l’Unesco, mais également au sein de sa propre équipe. Une des plus fidèles à Audrey Azoulay, sa Conseillère presse et communication (et elle est à ses côtés depuis plusieurs années déjà), Emilie Lang, devrait annoncer officiellement son départ de l’Unesco ce vendredi. Hier, jeudi, selon nos sources à l’intérieur de l’Unesco, elle avait déjà commencé à sortir ses cartons de son bureau. Une défection de taille qui donne un aperçu sur l’étendue de l’isolement dans lequel est en train de se retrancher la Directrice générale de l’Unesco. Son choix de s’entourer de proches, et sinon essentiellement de français, n’a finalement pas donné de résultats probants.

Les critiques ont commencé depuis  avril dernier.  C’était lors de la session du Conseil exécutif, et durant laquelle un des ambassadeurs avait ouvertement accusé la DG d’avoir créer un « cabinet noir » ! Effectivement tout le monde avait remarqué qu’elle avait réussi à recycler plusieurs cadres du PS (parti socialiste français) qui avaient perdu leur repaires depuis le départ de l’ex-président Français Hollande.

Une politique d’embauche orientée qui remet en cause l’équilibre géographique plus au moins respecté au sein de l’Unesco depuis des lustres. Un « dysfonctionnement » mal digéré par les autres pays membres de l’institution onusienne. Il est venu s’ajouter à la candidature même d’Audrey Azoulay au début de 2017, qui est venue chambouler les us diplomatiques (le pays hôte ne devrait pas prendre la tête de l’Unesco dont le siège se trouve à Paris).

La DG est d’autant critiquée qu’elle est accusée de ne recevoir les ambassadeurs accrédités qu’au compte goutte. Une attitude qui n’a fait qu’accroitre la grogne dans les couloirs de l’institution.

Les autres remontrances envers Audrey Azoulay proviennent, entre autres, des pays arabo-musulmans. Le plus virulent, et sans mettre de gants, est sans aucun doute l’Egypte. Un pays qui avait beaucoup misé sur sa candidate lors de l’élection d’octobre dernier, et qui au dernier tour a mis le paquet pour soutenir la française devant le qatari Hamad Al Kawari. Un soutien derrière lequel l’Égypte espérait récolter des dividendes après l’installation de la française.  Au final, le pays des Pharaons n’a obtenu aucun poste. Sorti bredouille, mais pas que… Le 2 mai dernier, Audrey Azoulay octroyait le prix « Guillermo Cano » pour la liberté de la presse au photojournaliste égyptien,  Mahmoud Abu Zeid (Shawkan). Ce dernier est en prison depuis presque 5 ans au Caire pour « implication dans des actes de déstabilisation du pays et dans des actes illégaux ». Le porte parole du Ministère des affaires étrangères égyptien n’avait pas hésité à assimiler cette décision comme une « humiliation pour les égyptiens ».

Cette ambiance des plus ternes ne suscite pas uniquement des bruits de couloirs. Selon nos sources, certaines chancelleries ne cachent pas leur amertume et regrettent de ne pas avoir soutenu la candidature d’ Al Kawari jusqu’au bout. Presque une année après l’arrivée de Azoulay, rien de concret n’est venu soulever des espoirs pour d’éventuelles solutions à la grave crise financière dans laquelle se trouve l’Unesco depuis plusieurs années. Ne voulant pas rester les bras croisés, des chancelleries pensent dès maintenant à la prochaine élection au poste de DG, prévue en 2021. Le Qatar aurait même été approché pour se préparer à cette échéance. Et dans ce cas, « la remise en course » de Hamad Al Kawari est plus qu’envisageable. Ayant raté d’un cheveu l’élection d’octobre dernier (il avait gagné tous les tours, mais au dernier, il a raté le coche à cause de deux petites voix) , l’ex ministre de la culture, devenu depuis Ministre d’Etat et vice Premier ministre, a pris beaucoup d’envergure, que ce soit chez lui ou sur le plan international. Ses périples diplomatiques sont devenus encore plus nombreux. Une stature idéale pour celui qui pourrait être le premier représentant d’un pays arabe à la tête de l’Unesco.  

Salim KOUDIL

@SalimKoudil

 

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