Au cœur d'un pays en effervescence (02): Le combat des Capistes

Au milieu du mouvement populaire déclenché le 22 février dernier, les actions de protestation des détenteurs du certificat d’aptitude à la profession d’avocat (CAPA) semblent inaudibles. Pourtant il s’agit du combat de milliers de personnes pour avoir le droit d’exercer un métier pour lequel ils ont sacrifié plusieurs années. Ils sont déjà à 10 rassemblements et ils ne comptent pas s’arrêter.

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 Au milieu du mouvement populaire déclenché le 22 février dernier, les actions de protestation des détenteurs du certificat d’aptitude à la profession d’avocat (CAPA) semblent inaudibles. Pourtant il s’agit du combat de milliers de personnes pour avoir le droit d’exercer un métier pour lequel ils ont sacrifié plusieurs années. Ils sont déjà à 10 rassemblements et ils ne comptent pas s’arrêter.

Ils étaient près d’une centaine,jeudi 25 avril 2019, à manifester face au siège de la Cour Suprême, à Alger. Ils, ce sont des détenteurs du certificat d’aptitude à la profession d’avocat (CAPA), et leur « cible »n’est autre que l’organisme qui devrait être le premier à les soutenir, l’Union Nationale des barreaux d’Algérie (UNBA).  Les deux principales revendications des manifestants (tous entre BAC+5, jusqu’à BAC+8) s’articulent essentiellement sur un point : leur permettre de suivre des stages, et ainsi accomplir la prestation de serment qui leur permettra enfin d’exercer le métier.  « Nous avons étudiés durant plusieurs années pour se retrouver au bout au chômage parce qu’ils ne veulent pas nous voir intégrer le métier d’avocat » confie Mechtoh Hacene, l’un des manifestants. Et le Capiste, d’ailleurs l’un des plus en vue de ce mouvement  de protestation, d’ajouter  « qu’on nous donne juste notre droit et rien d’autres. Nous ne demandons ni l’aumône, ni privilèges ».

Le « blocage » remonte à près de quatre ans, et touche toutes les promotions de la Faculté de Droit sorties depuis. Il émane d’une note de l’UNBA, datée du 28 novembre 2015, dans laquelle est précisé la décision de suspension des stages des détenteurs du CAPA et ainsi les prestations de serments qui leur auraient permis d’exercer ce métier.  Pour Linda Abdelkader, l’une des figures principales du mouvement, la note ne se base sur aucun texte juridique « la loi 13-07 du 29 octobre 2013 portant sur l’organisation de la profession d’avocat est claire, les détenteurs du CAPA ont droit à un stage de deux ans pour devenir avocats et une note ne peut pas annuler une loi » précise-t-elle. « En plus cette décision de l’Union nationale des barreaux d’Algérie ne peut pas être rétroactif puisque nous avions débuté, et certains terminé, nos études de CAPA avant novembre 2015, alors de quel droit l’appliquer avec un effet rétroactif ! » s’exclame-t-elle. A l’argument de l’UNBA selon lequel la réouverture des stages est conditionnée par la réalisation des écoles de formation d’avocats, Linda Abdelkader ne cache pas sa colère « mais c’est ça n’a aucun sens puisque nous n’avons rien à voir avec ces écoles. Nos avons terminés nos études et nous voulons exercer notre métier. Nous n’accepterons jamais d’être sacrifiés ni la hogra».

Le combat des Capistes © Reporters Dz

Il s’avère que la raison principale du gel des stages n’est autre qu’une question de « quantité ». Un avocat, membre du barreau d’Alger, ayant requis l’anonymat, s’est « ouvert » à « Reporters » en évoquant la raison principale de la position de l’UNBA. «il faut savoir qu’il y a un surnombre d’avocats en Algérie. Pour Alger par exemple il y a plus de 7800 et c’est trop, et donc il fallait limiter ce nombre » a-t-il confié, avant d’ajouter : « d’ailleurs pourquoi ils insistent sur le métier d’avocats ! Ils peuvent bien aller travailler en tant que huissier ou notaire ». Sur un ton provocateur il affirma « mais pour ceux c’est plus facile de taper l’UNBA que sur le ministère de la justice dont dépendent les huissiers et les notaires ».

Des arguments loin d’être acceptés par les jeunes Capistes. L’un d’eux, Islam Youcef (qui est également enseignant à la Faculté de droit d’Alger) est catégorique « c’est des arguments qui  n‘ont pas de sens. Le métier d’avocat est une profession libérale et personne n’a le droit de limiter le nombre. La surcharge du secteur n’a pas de sens et en plus de quel droit ils veulent nous empêcher de pratiquer un métier pour lequel on a étudié et qui nous passionne ! ». Il précisera, sûr de lui, « Il s’agit tout simplement d’un conflit de générations. Les anciens ont tout simplement peur de perdre leurs postes surtout que nous sommes bien mieux formés qu’eux, et que nous sommes bien au fait de tut ce qui se passe dans le pays et à l’étranger ». Avec un sourire nerveux, Islam Youcef ajoutera « finalement nous ne retrouvons face à des dinosaures qui ne veulent rien lâcher, et d’ailleurs il suffit de rappeler que l’un des bâtonniers est à son poste depuis 1984 ».  


Manifestation des Capistes, jeudi 18 avril 2019/@Salim KOUDIL

Manifestation des Capistes, jeudi 26 avril 2019/@Salim KOUDIL

Malgré toutes leurs démarches effectuées dans plusieurs wilayas, les Capistes n’ont toujours pas eu gain de cause. Lors du rassemblement d’hier, il était question de «passer à un stade supérieur » dans leur mouvement. La tension était à son maximum après la sortie du siège de la Cour Suprême des deux délégués très énervés parce qu’ils auraient été mal reçus par l’un des représentants de l’UNBA. En plus de « on va rester ici, assis par terre, jusqu’à l’aboutissement de notre combat » scandé par plusieurs manifestants, il y avait également une autre « option », cela de la grève de la faim.

S’ils négocient les modalités de leur protestations, les Capistes affirment également qu’ils resteront « Jeudistes » jusqu’à la satisfaction de leurs revendications. Ils se donnent déjà rendez-vous le 2 mai prochain.

@SalimKOUDIL

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