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Billet de blog 15 décembre 2013

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ÉCOULEMENT À SURFACE LIBRE (Saison II) (06)

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Samedi 7 décembre

Emblème

Une polémique qui n’a pas suscité beaucoup de vagues. C’est vrai que ça ne concerne « que » le drapeau algérien…Pourtant le débat mérite plus que quelques colonnes. Ceux qui ne cessent pas de crier aux « thawabites al ouma » (les constantes nationales) sont bizarrement absents. Il est vrai que le sujet n’a pas de relation (quoi que) avec les « dividendes » et le chiffre 4.

Il y a eu donc le portrait, réalisé par le medersien Hamid Tahri, de Chawki Mostefai (El Watan, 19 octobre 2013). Il est essentiellement question du « médecin qui a conçu l’emblème national ». On y apprend ainsi la version de Chawki Mostefai sur l’origine du drapeau algérien dont il revendique la paternité. Ce n’est pas la première fois qu’il l’affirme.

La confection du modèle actuel de l’emblème est, selon ses déclarations, l’œuvre de l’étudiant en médecine qu’il était à l’époque.  « Je consacrais mon temps à confectionner plusieurs modèles dont j’ai gardé deux, celui qu’on voit aujourd’hui et un autre qui avait retenu l’attention avec deux bandes horizontales vertes et une bande blanche au milieu marquée par un croissant et une étoile. Le choix s’est finalement porté sur l’actuel drapeau qui a été déployé en 1945 » affirme-t-il.

Le 04 décembre dernier la « riposte » est là. Elle provient de la fille de Messali El Hadj. Dans une contribution publiée sur « le Soir d’Algérie », Djanina Messali-Benkelfat réagit à ce qu’elle appelle les « déclarations, fantaisistes, voire «abracadabrantesques» et complètement erronées» de Chawki Mostefai. Démentant les affirmations de l’ex membre du GPRA, elle donne des détails sur la confection du drapeau algérien, « le seul héritage historique, ô combien symbolique, de l’Algérie actuelle, qui, miraculeusement, a été épargné et a survécu aux multiples ruptures du mouvement national ».  Contredisant Mostefai, elle réaffirme ce qui a été avait été publié dans les mémoires de son père, dans le roman historique de Mohamed Benchicou «La Parfumeuse» (Ed. Koukou en 2012) et dans l’ouvrage qu’elle a elle-même écrit « mon ouvrage relatif à l’histoire du drapeau : «Une vie partagée avec Messali Hadj, mon père» (Ed. Lazhari Labter et Hibr Ed. 2013). « L’historique de l’emblème national replacé ici dans son contexte par le père du nationalisme algérien lui-même, et consigné dans ses Mémoires n’est pas discutable. Le drapeau actuel de l’Algérie est identique à celui créé en 1934 par Émilie Busquant, militante à part entière de l’Etoile Nord-Africaine et épouse de Messali ».

Ce qui est paradoxal, c’est qu’on a l’impression que le débat concerne deux personnes…

Dimanche : 08 décembre

Gérontocratie

Chawki Mostefai, à 94 ans, est toujours d’actualité. Cette fois c’est en relation avec Nelson Mandela. La disparition de l’ex président sud-africain a fait remonter l’histoire. Mostefai était sur le parcours de Mandela. Les deux hommes s’étaient rencontré au début des années 60 quand l’algérien était représentant du GPRA et Madiba de l’ANC.

Nelson Mandela en avait parlé dans ses mémoires a cité Mostefai qui lui «a conseillé de ne pas négliger le côté politique de la guerre tout en organisant les forces militaires. L’opinion internationale valant parfois plus qu’une escadrille d’avions de combat à réaction ».

Cette relation Mandela-Algérie a d’ailleurs été tellement galvaudée depuis l’annonce de la mort de l’icône de l’anti-apartheid qu’elle a suscité plusieurs réactions. Les officiels algériens, et leurs subalternes, ont insisté à chaque fois sur la « dette » contracté par Mandela à l’Algérie. Un bloggeur s’est donc donné le plaisir de décortiquer les « faits » pour en dénicher des « mensonges ».  Dans un article intitulé "Mandela et l'Algérie: cinq mensonges et une révélation", Baki @7our Mansour (c'est sa signature), y déniche des détails  passés sous silence. Il a élaboré une liste de cinq points intéressants à décortiquer :

« 1. Faux : Mandela a été reçu en Algérie en 1960 ou 1961.
Vrai :
Mandela a été reçu par les militants algériens au Maroc en 1962.

2. Faux : Mandela a fait plusieurs visites secrètes en Algérie. Il avait un passeport algérien.
Vrai: Mandela a fait une unique visite au FLN-ALN du Maroc. Il avait un passeport éthiopien.

3. Faux : Après sa libération, sa première visite à l’étranger était en Algérie.
Vrai : Il avait visité au moins deux autres pays avant l’Algérie.

4. Faux : l’Algérie est sa deuxième patrie, son pays d’adoption.
Vrai : il a été soutenu par beaucoup de pays africains.

5. Faux : Mandela a déclaré "L’Algérie a fait de moi un homme."
Vrai : Nuance, il a dit que l’armée algérienne a fait de lui un homme. »

Dans le même article, l’auteur revient sur un passage des mémoires de Mandela à propos de l’Algérie et des discussions qu’il avait eu en 1962 : «Dans certaines de ces discussions, j’étais face à des jeunes, certains n’avaient que la vingtaine, mais ils parlaient comme des vétérans et avec autorité sur des questions vitales sur lesquelles, et pour le moins qu’on puisse dire, je n’étais qu’un simple amateur. ». Si l’ex président Sud-Africain avait mis les pieds dans l’Algérie actuelle, il s’embourberait dans la gérontocratie régnante, et il sera surement tenter de dire «L’Algérie a fait de moi un vieillard ».

Mercredi 11 décembre

Zoo

Je me souviens d’une boutade anglaise pour taquiner les français : « Quel est le plus petit livre du monde ? Eh bien celui où on cite les noms des héros français, of course ». Je m’en suis rappelé ce mercredi matin en écoutant l’émission radiophonique « Grain de sel » sur la Chaine3.   Alger a 40 000 rues sans noms et celle en possédant ne dépassent les 3000 ! Ahurissant sont ces chiffres. C’était le sujet de. La question de l’animatrice était des plus logiques « comment ne peut-on pas trouver 40 000 noms à travers l’histoire de l’Algérie ». Les réponses qu’elle a eues de la part de son invité, Brahim Atoui, chercheur au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (Crasc), étaient sidérantes. Ainsi, la difficulté de donner des noms serait due essentiellement aux polémiques que cela susciterait sur le parcours des «élus  aux inscriptions ». Ubuesques cette situation. D’ailleurs ça explique, entre autres, pourquoi sur les pièces de monnaies on trouve dans la majorité des cas des images d’animaux. Voilà où les (ir)responsables de ce pays nous ont menés. Se contenter d’un zoo pour ne pas susciter de vagues et ne pas questionner l’histoire. Un énième aspect de la fuite en avant dans laquelle se retrouve l’Algérie et dont on payera cher les retombées. Pour revenir aux anglais, et comme l’a rappelé le chercheur du Crasc, Londres dispose de plus d’un million de noms de rue. Encore un détail que ces dirigeants s’imposent: le GPS ne pourra pas exister en Algérie.

Jeudi 12 décembre

Kazakh

Il profite de sa proximité avec le régime (qui s’appuie essentiellement sur ses recette pétrolières)  s’enrichir. Il tombe en disgrâce et devient un opposant résolu. Lorsqu’il sent que sa sécurité ne peut plus être assurée il se réfugie à Londres. Le régime l’accuse d’avoir détourné pas moins de 6 milliards de dollars de la banque qu’il dirigeait naguère. Mars 2009 : Interpole émet une note rouge contre l’ex banquier pour « détournement  de biens confiés à d’autres ». La Grande Bretagne ne donne pas de suite au mandat d’arrêt.

Là, une pause s’impose. Vous avez cru reconnaitre un aspect DZ à la personne mentionnée ! Eh bien vous vous trompez.

Le parallèle s’arrête là. Le recherché n’a rien à voir avec un « Citizen K » algérien. Il s’agit tout simplement du Kazakh Mukhtar Ablyazov.

« Le Canard Enchainé » du 11 décembre est revenu sur son parcours et ses démêlés avec la justice européenne. La suite de l’histoire, comme relaté par l’hebdomadaire français est bien différente de celle qui fait les choux gras de la presse algérienne depuis plus de10 ans. En mai 2013, la femme Mukhtar Ablyazov et sa petite fille, âgée de 8 ans, sont arrêtés en Italie et remises aux autorités Kazakhes. L’on homme de confiance du milliardaire kazakh est arrêté, juste après, en Espagne et il serait sur le point d’être extradé.

Mukhtar Ablyazov est arrêté le 31 juillet dans une villa à Nice (France) en utilisant les gros moyens (entre autres un hélicoptère muni d’un détecteur thermique de mouvements) en vertu d’un mandat d’arrêt décernée par la cour de Kiev pour « faux documents et escroquerie ». Selon plusieurs médias français, son extradition vers le Kazakhstan ne devrait pas tarder.

S.K

@SalimKoudil

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