Grande tension à Annaba: Les manifestants pro-Hirak « gazés » et défiés

Le pire à été évité hier après midi à Annaba.  La manifestation hebdomadaire n’a pas pu s’y dérouler ce vendredi.

Le pire à été évité hier après midi à Annaba.  La manifestation hebdomadaire n’a pas pu s’y dérouler ce vendredi. Pourtant quelques centaines de personnes s’étaient regroupées, aux environs de 14h, comme d’habitude, face à la Cinémathèque et se dirigeaient vers le Cours de la révolution, lieu où se déroulent régulièrement les marches. Toutefois, quelques centaines de mètres plus bas, en face du tribunal de Annaba, une contre manifestation avait déjà débuté. Un regroupement de quelques dizaines de jeunes et moins jeunes  (aucune présence féminine) scandaient des slogans anti-Hirak et en même temps pro-ANP tout en rendant hommage à Gaid Salah (Chef d’État-major décédé lundi dernier). « Djeich, chaâb,khawa khawa,et Gaid Salah mâa chouhada » (L’armée et le peuple sont des frères,et Gaid Salah est avec les martyrs) criaient-ils à l’unisson. Nombreux parmi eux, surexcités, donnaient l’impression de vouloir en découdre avec quiconque qui viendrait les « déranger ». Ces manifestants anti-Hirak ont été rapidement encerclés par plusieurs policiers, dont certains étaient munis de casques et de boucliers, mais aucune violence n’a été constatée. En parallèle, un dispositif sécuritaire davantage renforcé avait été mis en place plus haut, du côté du « Majestic », Il avait empêché les hirakistes venus d’autres quartiers de rejoindre ceux qui étaient du côté de la cinémathèque.  La marche hebdomadaire s’est mise en branle, et le cortège avançait sous les cris de « Dawla madaniya machi àaskariya » (Etat civil et non militaire). Subitement les policiers sont intervenus juste plus bas que l’entrée de la prison de Annaba. Ils ont commencé à disperser les manifestants en courant derrière eux tout en utilisant du gaz lacrymogène.

C’était la cacophonie totale. Tout le monde, manifestants et curieux, couraient dans tous les sens, tout en criant « silmiya, silmiya ». En même temps, plusieurs personnes sont interpellées, essentiellement par des policiers en civil. Les « embarqués » sont surtout des jeunes qui étaient en train de filmer les scènes avec leur smartphones.  

Malgré cette « attaque » policière, certains hirakistes n’ont pas baissé les bras. Les plus persévérants d’entre eux se sont faufilés à travers les ruelles pour se regrouper en face du siège de l’APC et scander leurs slogans habituels. Une « halte » qui n’a duré que deux minutes environ avant l’intervention des policiers en utilisant le gaz lacrymogène.

Par ailleurs,les manifestants anti-Hirak n’ont pas été « dérangés » par les services de sécurité et se sont emparés, ce vendredi, du « terrain ». Ainsi, une marche a été improvisée autour du « Cours de la révolution », avant qu’elle ne fasse une dernière « escale » sur les escaliers du Théâtre « Azzedine Medjoubi ». La scène contrastait avec les habituelles images vues lors des 44 précédents vendredi. Cette fois, la «foule» (une centaine d’anti-hirakistes), entourée de très nombreux curieux, était sous une grande affiche de Gaid Salah, et en face d’un chapiteau installé quelques jours avant et mis à la disposition des citoyens pour signer un registre de condoléances (suite au décès de Ahmed Gaid Salah). Une ambiance surréaliste, à laquelle s’est ajoutée une « mutation ». Les enceintes audio du chapiteau diffusaient des chants patriotiques en « remplaçant » les versets coraniques entendus depuis mardi.

Un jeune, drapeau national à la main, est venu » provoquer » les anti-Hirakistes en leur criant « « Dawla madaniya machi àaskariya » avant d’être poursuivi par des dizaines d’entre eux, survoltés et déchaînés.

C’était aux environs de 15h. La contre manifestation ne durera pas plus longtemps avant que tout le monde ne se disperse dans le calme.

Hirak à Annaba (27 décembre 2019) © Salim KOUDIL

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