Les trois voies possibles … et non souhaitables

Face au tsunami politico-médiatique que la France - oui toute la France et non seulement certaines classes ou communautés que l’on nomme fréquemment dans les médias - subit actuellement suite à l’odieux assassinat de Samuel Paty, les Français sont circonspects et perdent le Nord. Quelles sont les voies possibles qui nous sont proposées pour notre avenir et celui de nos enfants ?

Face au tsunami politico-médiatique que la France - oui toute la France et non seulement certaines classes ou communautés que l’on nomme fréquemment dans les médias - subit actuellement suite à l’odieux assassinat de Samuel Paty, les Français sont circonspects et perdent le Nord. Au-delà du recueillement, de la condamnation, de l’indignation collective, de l’incompréhension aussi - car nous ne pouvons comprendre une telle barbarie qui est étrangère à notre civilisation moderne - puis de la peur, car finalement personne ne serait à l’abri de cette violence indicible, le Français moyen, qui travaille et consomme la plupart du temps, et qui s’informe de temps en temps, ne sait plus trop quoi penser. Quelles sont les voies possibles qui nous sont proposées pour notre avenir et celui de nos enfants ?  

Il y a une première voie qui lui est proposée à renfort de médias, à grande audience, qui est la voie du militantisme et de la « guerre civile » (les guillemets pourraient être enlevés). Rappelons ici, à toutes fins utiles, que militant vient de militia, qui a aussi donné milice, et que militer pour une cause, c’est aussi parfois faire preuve de zèle au point de faire du prosélytisme…ou de prendre les armes. Le « problème » toutefois, c’est que dans nos démocraties, l’utilisation des armes et de la violence légitime sont un monopole d’Etat, dont l’exercice est aux mains de l’armée et de la police. Il s’agit donc de dire les choses clairement : prophétiser voire « souhaiter » une guerre civile, c’est prophétiser ou souhaiter la mort de l’Etat. Qui dit mort de l’Etat, dit fin du respect et de la hiérarchie des normes. C’est la loi du fort qui reprend ses droits. Quelle qu’en soit la raison donc, des attaques terroristes ou des faillites de masse qui pousseraient la population à la révolte, la guerre civile qui s’en suivrait dans ce scénario n’en serait pas moins qu’une guerre de tous contre tous.

La deuxième option, qu’appelle de tous ses vœux Jean-Luc Mélenchon entre autres, est la voie de la révolution citoyenne « pacifique et démocratique », pour renverser l’état actuel et « en finir avec le système de la caste médiatico-politique » qui dirige aujourd’hui le pays. A la clé : une sixième république, qui rendrait le pouvoir au peuple et qui restaurerait le pouvoir de l’initiative populaire. En pratique, une révolution sociale pacifique et démocratique qui ne peut se réaliser que par les urnes. Sinon, la révolution sociale bascule dans la première voie de la guerre civile. Et pour qu’elle puisse se réaliser par les urnes, il faut une révolution des consciences, un choc populaire comme l’ont vécu nos voisins méditerranéens il y a quelques années lors des printemps arabes tunisien, libyen ou égyptien… Donc un choc suffisamment fort pour que les choix électoraux de la majorité de la population soient en rupture avec le passé très orthodoxe des élections de la cinquième république, mais en même temps pas trop fort au risque de basculer dans une guerre civile ou le changement ne se ferait plus par les urnes…

La troisième option, que l’on voit aujourd’hui se réaliser sans forcément en prendre conscience, est la voie de la discrète transition politique par le pouvoir en place vers « quelque chose » de très différent, quelque chose au goût amer dont notre mémoire collective n’a pas encore fait le deuil, quelque chose qui se réalise par le droit, mais qui finit par remettre en cause le droit, j’ai nommé, le fascisme. Le mot fascisme est un gros mot dans notre vocabulaire contemporain, comme si l’opposer comme un risque face aux décideurs dirigés par leur égos et leurs peurs était une insulte. Curieuse ironie de voir que la population peut être menacée de guerre civile à renforts de médias par ceux qui sont censés la protéger, mais qu’elle n’a pas le droit de s’inquiéter de la probabilité grandissante d’un régime fasciste qui prendrait le pouvoir par le haut et non par le bas, par une prédation des appareils d’état et non par les urnes. Rappelons pourtant que le fascime n’a jamais été si loin… aujourd'hui encore, on retrouve le fascio, la hache entourée de faisceaux de bouleau, sur le passeport et le signe héraldique de l'État français. Le premier dictateur fasciste, Benito Mussolini, s’est vu accorder les pleins pouvoirs par le Parlement en octobre 1922, et a ensuite intelligemment placé ses pions dans les postes clés de l’appareil d’état. Ce n’est qu’en janvier 1925 qu’il a ensuite fait basculer l’Italie dans un régime totalitaire, profitant d’une crise au Parlement pour interdire les partis politiques et les syndicats non fascistes. Est-ce que les personnes aujourd’hui au pouvoir en France sont capables d’une telle gageure ? Il est dur d’en juger. Mais nous ne pouvons que constater que la lente transition a déjà commencé, avec l’atteinte à certains droits fondamentaux et la menace de réforme radicale des sacro-saintes liberté de conscience et liberté d’association.

Voici donc trois voies qui sont proposées ou imposées au peuple de France : la guerre civile, la révolution sociale ou le fascisme d’état. Aucune n’est souhaitable. Toutes les trois sont possibles. Il n’en reste que ces trois voies, ne nous sont que proposées par ceux et celles qui ont le micro aux heures de grande écoute, ou dont les écrits sont placardés dans chaque kiosque à journaux. Et nous peuple de France, quidam de la République, quelle est la voie que nous proposons ?

 

 

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