Les directeurs d’école ou les grands oubliés de la campagne présidentielle…

Les candidatures se précisent. Les candidats rôdent leurs discours, avancent leurs idées. Les thèmes sont abordés les uns après les autres. Bref, les électeurs en savent chaque jour un peu plus et peuvent se forger leur opinion.

Les candidatures se précisent. Les candidats rôdent leurs discours, avancent leurs idées. Les thèmes sont abordés les uns après les autres. Bref, les électeurs en savent chaque jour un peu plus et peuvent se forger leur opinion. Tous les candidats se sont exprimés sur les problèmes de l’éducation. Chacun a indiqué sa vision de l’école. A environ deux mois du premier tour, les directeurs d’école pressentent que la reconnaissance statutaire qu’ils attendent depuis si longtemps est le cadet des soucis des présidentiables.

 

Dans son interview du 11 février au Figaro magazine, le candidat Nicolas Sarkozydéclarait : « Nous n'avons pas été au bout de la réforme de l'Éducation nationale. Les enfants ont changé, mais l'école pas assez. […] Il va falloir augmenter fortement la présence des adultes dans l'école. Considérer que la classe est le lieu de l'enseignement, et l'école celui de l'éducation. J'aurai l'occasion de faire des propositions sur le sujet ».
Pour lui, « augmenter fortement la présence des adultes dans l’école » ne signifie pas augmenter le nombre d’enseignants. D’ailleurs, il précise « Arrêtons de raisonner en termes d'effectifs : ceux-ci ont augmenté de 34 000 ces vingt dernières années alors que, dans le même temps, le nombre des élèves diminuait de 540 000 ». Il s’agit, à ses yeux, de modifier le statut des enseignants pour les contraindre à passer plus de temps dans l’établissement.
Suite logique à la proposition émanant de certains membres de l’UMP qui considèrent que le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux ne rapporte pas assez au budget de l’Etat. Le « 1 sur 2 » de la RGPP n’est pas d'un assez bon rapport. Ils proposent d’aller plus loin et de ne pas remplacer 2 fonctionnaires sur 3…
La suite de l’interview est également intéressante. Le candidat-président y évoque la nécessaire revalorisation de la fonction d’enseignant… Que ne l’a-t-il fait avant ? « L'un des enjeux sera de revaloriser fortement la fonction d'enseignant, d'améliorer leur formation et de réfléchir à leur mission ainsi qu'à leurs conditions de travail. L'idée selon laquelle ils devaient être moins payés parce que l'école était fermée cinq mois de l'année est une idée d'un autre âge. Ce sera l'un des chantiers les plus importants. Il faudra faire preuve d'imagination. On ne peut pas s'en tenir aux archaïsmes alors que nous sommes entrés depuis douze ans dans le XXIe siècle. »
On ne peut que lui donner raison d’améliorer la formation des enseignants… détruite par ses propres ministres de l’Education nationale. Refaire ce que l’on a défait… ou l’éternel recommencement…
Faut-il encore et toujours réfléchir à leur mission ? Les armoires du ministère débordent de notes, dossiers et rapports en tous genres sur le sujet…
Quant à la revalorisation financière… admirons cette façon d’apparaître comme le rempart face à ceux qui émettraient « l'idée selon laquelle ils devaient être moins payés parce que l'école était fermée cinq mois de l'année ». Qui sont-ils donc ces affreux réactionnaires qui pensent qu’il faudrait moins payer les enseignants ? Qui a gelé le point d’indice de la fonction publique ? Qui est responsable de la baisse des salaires nets au 1er janvier 2012 ?
Décidément, il va en faire des choses, Nicolas Sarkozy quand il sera président…
Côté challenger, François Hollande a prononcé un grand discours sur l'Ecole et la Nation, à Orléans le 9 février. Dans un texte ne comprenant pas moins de 9162 mots, pas une seule fois l’on retrouve le mot « directeur » ni l’expression « statut du directeur d’école » ! Fallait-il d’ailleurs l’attendre du candidat socialiste ? Ses conseillers pour l’éducation avaient très clairement balayé le sujet. Bruno Julliard ne s’en cache pas : « Pour être très direct, je ne crois pas que la question du pouvoir ou de l’augmentation du pouvoir des directeurs d’école, encore moins la création d’un établissement public d’enseignement autonome soient une priorité. D’abord parce que c’est coûteux, ensuite parce qu’on a probablement d’autres chantiers prioritaires qui vont mobiliser et de l’engagement politique et de l’engagement économique. »
Fin janvier, le Front de Gauche a fait connaître ses « 12 propositions pour l’école de l’égalité ». On y trouve des mesures généreuses et une ambition réelle pour l’école : un plan de lutte contre les inégalités, la défense et la transformation de l’école maternelle, la refonte des programmes, la mise en place d’une réelle formation, l’augmentation du budget consacré à l’éducation, le rétablissement de tous les postes supprimés depuis 2007 et même la création d’un statut… de représentant de parent d’élève.
Un statut de représentant de parent d’élève… Cette mesure est-elle prioritaire par rapport à un statut de directeur d’école ? Le directeur sera-t-il donc le dernier dans l’école à ne pas avoir de statut ?
Comment s’en étonner lorsqu’on voit que le premier des 12 membres du groupe « le Front de Gauche pour l’Education » n’est autre que Gérard Aschiéri… Un nom bien connu des directeurs d’école.
En février 2010, Gérard Aschiéri achève son 3ème mandat de Secrétaire général de la FSU. Il est alors remplacé par Bernadette Groison.
Dans son numéro daté du 31 janvier 2010, « Libération » concluait ainsi le portrait de Gérard Aschiéri : « Il n’a ‘’pas de projet précis ’’ pour l’après-congrès, sinon ‘’ l’envie d’écrire autour des questions d’éducation et de syndicalisme’’ »
S’il n’avait pas de projet précis, il s’est rapidement trouvé une occupation puisqu’il a été nommé au Conseil Economique, Social et Environnemental, organisme qui ne sert plus à rien sinon à « recaser » certains personnages de la vie politique, économique et sociale. Bon salaire (4000 € brut) et belle retraite mise en cause par la Cour des Comptes.
Si du côté des candidats à l’élection présidentielle, on le voit, les directeurs d’école n’ont rien à espérer durant le prochain quinquennat, peuvent-ils au moins s’appuyer sur les forces syndicales ?
Depuis fin 2011, les syndicats enseignants semblent accuser le coup de la faible mobilisation et de la perte d’influence enregistrée lors des dernières élections professionnelles. La volonté affichée d’améliorer le sort des directeurs d’école par une meilleure reconnaissance de leur « fonction » n’a pas disparu mais peu nombreux sont ceux qui y croient encore.
Fidèle à sa stratégie habituelle, le SNUipp continue de s’entourer d’experts pour alimenter sa « réflexion sans tabou sur la direction et le fonctionnement de l’école ».
Le dernier « expert » en date n’est autre que Claude Lelièvre, historien de l’Education, fidèle soutien et conseiller de Martine Aubry lors des primaires socialistes pour désigner le candidat du PS à l’élection présidentielle. Décidément, on tourne en rond.
On tourne en rond, certes… Mais pas très rond car cet historien de l’éducation, professeur émérite d'histoire de l'éducation à la Faculté des sciences humaines et sociales Paris V-Sorbonne, agrégé de philosophie, connaît davantage l’histoire de la direction d’école que le métier de directeur d’école.
Le verbatim de son interview est édifiant !
« Il faut savoir que le primaire en France a un rapport tout à fait particulier à la direction d’école puisque ce sont des collègues et pairs parmi les pairs qui sont censés diriger, plutôt animer que diriger, et leur charge est de plus en plus importante. Donc, la question qui se pose c’est certainement moins une question de changement de statut, c'est-à-dire qu’ils soient d’un autre corps que celui dans lequel ils sont parce que les enseignants tiennent beaucoup à ce qu’ils soient des collègues parmi les collègues.
C’est la tradition du primaire en France. C’est pas vrai dans bon nombre d’autres pays. C’est pas vrai dans le secondaire. Mais en revanche, il y a un manque de reconnaissance de leurs difficultés, de leur temps de travail… euh… des difficultés qu’ils ont à effectuer certaines tâches parce qu’elles sont multipliées, parce qu’il y a de nouveaux outils qui les pourchassent par mails et donc, là, il faut peut-être faire émerger l’idée d’un métier, d’une reconfiguration du métier, d’une pleine reconnaissance de ce métier et pas tellement la reconnaissance d’un autre statut, d’un autre corps parmi d’autres corps…
Au départ, au fond, le directeur était considéré comme un chef, un p’tit chef. D’ailleurs, à l’origine on disait, on dit encore mais pas dans le même sens, il y avait un directeur et des adjoints. Au fond, le directeur était considéré comme le titulaire qui s’adjoignait des suppléants et qui avait autorité et c’est seulement en 1908 qu’il y a eu une sorte de contrepouvoir organisé avec la création du conseil des maîtres pour qu’il y ait un contrepouvoir collectif au pouvoir du directeur sur le plan pédagogique. Donc, de ce point de vue là, on peut dire que c’est un acquis de l’évolution du corps mais que, au départ, c’était un p’tit chef. Mais personne ne veut le retour des p’tits chefs. Je ne pense pas non plus que les directeurs veulent être des petits chefs…
»
« C’est la tradition du primaire en France ». Tout est dit. La marionnette de Philippe Lucas, dans les guignols de Canal+, ajouterait sans doute : « c’est comme ça, pis c’est tout ! »…
Pas le moindre début de commencement de réflexion sur l’évolution du métier de directeur et de ses nouvelles responsabilités au sein de l’école du XXIème siècle.
Souhaitons au candidat du PS de ne pas trop s’appuyer sur des conseillers empreints d’un tel conservatisme car l’école de la République risquerait de se retrouver bien vite au niveau de celle de 1908.
Edifiant, attristant et affligeant…

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