Et maintenant on va bouffer de la dépression avec les dents ….

Why You've Never Heard of the Great Depression of 1920 | Thomas E. Woods, Jr. © misesmedia
Why You've Never Heard of the Great Depression of 1920 | Thomas E. Woods, Jr. © misesmedia

Je reprends le cours des prédictions faites il y a deux ans maintenant pour en faire le bilan et proposer quelques aperçus de ce qui se produira dans les cinq ans à venir.

 

1) J’avais signalé que les finances publiques seraient soumises à de gros vents contraires qui justifieraient l’abandon de l’orthodoxie et la monétisation massive, des deux côtés de l’atlantique c’est chose faite, le bilan des banques centrales a triplé.

 

2) J’avais signalé que l’inflation invoquée par certains acteurs se ferait attendre, effectivement la déflation à encore cours.

 

 

3) J’avais insisté sur les conséquences prévisibles de la monétisation à savoir un chaos monétaire de plus en plus visible qui rendra le commerce international de plus en plus coûteux, c’est le processus dans lequel nous venons d’entrer.

 

Voilà de quoi dresser un satisfecit global concernant la façon dont j’avais dessiné la dynamique le sens et l’orientation que prend le processus d’ajustement planétaire. Je me dois designaler deux grosses réserves l’une porte sur la place du dollar et l’autre sur le calendrier.

Lorsque j’avais écrit sur la grande dépression au milieu de laquelle nous sommes les évènements suivaient un cours rapide qui s’est fortement ralenti depuis lors sauf lors de la crise grecque. J’imaginais un déroulement plus rapide. Concernant le dollar les Chinois ont fait le choix contestable de relancer leur demande intérieure par le crédit plutôt que de prendre le risque de liquider leur position en US dollar et de réévaluer le Yuan. De facto la relégation du dollar est repoussée, or à mon sens il faudra attendre cette clarification monétaire pour commencer à y voir plus clair. Toutefois, ce faisant, les politiques Chinois ont enclenché une forte fièvre inflationniste qui va probablement enclencher un processus général d’emballement des prix au niveau mondial. Nous y reviendrons plus tard.

 

Si l’on ne retient de la situation que le plus caricaturale on peut s’en tenir au point suivant, l’occident vit dans un déni de réalité massif en faisant mine de croire que la politique actuel de monétisation au fil de l’eau puisse régler un problème quelconque. Au fond les déséquilibres sont encore plus forts que lorsque la crise financière a commencé. Les finances publiques se sont délabrées partout à un rythme accéléré. Les déséquilibres commerciaux n’ont pas été corrigés du fait de l’intervention contra-cyclique des banques centrales et des Etats, il faudra pourtant bien qu’ils le soient. Jamais le poids de la rente n’a été aussi fort en Occident depuis …toujours. Les deux rentes les plus voyantes sont les obligations d’Etat et les retraites. Elles sont entretenues contre vent et marée et contre tout bon sens. Des 44% d’impôts prélevés par les institutions publiques il ne reste qu’un bien maigre 15% dispersé entre la défense national le Pôle-sécurité-justice et l’éducation nationale. Lorsque l’on ferme des classes en France c’est pour ouvrir des services de gériatrie, le gouvernement actuel ne fait que servir la soupe à ses électeurs, le PS ne fera pas mieux il servira d’autres électeurs, peut-être de façon moins grossière, avec plus de vergogne.

Aucun gouvernement aucun syndicat aucun parti politique ne peut affronter le problème sous peine de connaître un destin funeste, au plus fort de la crise GW.Bush avait lui-même affirmé aux pensionnés que l’Etat ferait tout ce qui était en son pouvoir pour garantir leurs retraites. Comment garantir un système privé ? En baissant les taux à des niveaux absurdes pour faire monter le cours des obligations, en refinançant des banques dont l’activité influe très directement sur les cours boursiers via leur activité pour compte propre.

Pendant ce temps nombreux sont ceux qui vont partout en répétant à l’envie les profits n’ont jamais été aussi haut, les capitalistes nous privent de tout. On oublie en général de signalerque les profits proviennent massivement de deux sources différentes, le droit de seigneuriage levé par le secteur bancaire et l’activité sur les marchés encroissance. En pratique le privé se porte mal, l’investissement stagne, comme les marchés. Il est parfaitement clair que tous les gouvernements occidentaux sont d’accord sur un point essentiel la déflation doit être contenue à tout prix et l’inflation doit être évité. L’une comme l’autre porteraient un coup mortel au statu-quo sociopolitique actuel. En pratique ils rêvent du Japon le pays où plus rien ne se passe depuis vingt ans. Un beau pays le Japon, une gérontocratie où certains jeunes ne veulent même plus sortir de leurs chambres, pourquoi faire au juste. Le Japonaujourd’hui c’est le rêve caché des politiciens européens. Cela ne marchera pas,le Japon exporte massivement, nous pas, le Japon épargne massivement nous pas, le système de retraite est léonin le nôtre est laxiste.

Fixer les prix globaux sur des marchés particuliers a toujours des effets sur les autres marchés. On a bloqué le marché obligataire qui devait exploser, on a bloqué le marché des taux d’intérêts lesquels devaient monter, on a bloqué le marché des actions dans un tunnel de valorisation qui encourage le trading. Rarement les économies occidentales ont été aussi administrées, elles le sont par les prix, la planification par la production ayant été jeté aux orties, peut-être avait-elle trop bien fonctionné ? On ne peut pas bloquer les marchés des changes, une telle démarche ne peut fonctionner, chaque tentative pour ce faire génère des contradictions internes, le cas de l’Argentine et plus près de nous celui de la Chine le souligne. Le marché des changes va être traversé de chocs violent et de plus en plus fréquents : en six mois nous avons eu droit à un mini-krach de l’euro, une intervention japonaise, divers gestes de bonne volonté Chinois et de nombreuses gesticulations américaines. Les chocs monétaires auront bien sûr des conséquences sur le secteur bancaire, là pas d’angoisse à avoir, les banquiers centraux seront là pour aider ce petit monde. Ils auront aussi et surtout des conséquences pour les industriels qui auront de plus en plus de peine à structurer leur production entre diverses zones monétaires, produire va devenir un risque. La production va donc freiner encore en occident ou ne pas reprendre ce qui est le plus probable, l’économie va se mettre en hibernation. Les Etats seront incapable de se mettre d’accord pour respecter un corpus de règles commun, ils tricheront tant qu’ils peuvent accélérant l’installation du chaos.

L’approfondissement de la crise rendra de plus en difficile l’entretient des appareils de redistributions étatiques qui vont se gripper plus avant. Les déficits budgétaires seront impossibles à juguler. Petit à petit les Etats poussés par les démagogues de droite et de gauche se feront à la monétisation qui deviendra de plus en plus systématique, sans planification keynésienne ce serait trop beau, notre aristocratie financière ne peut le tolérer. A ce moment-là dans deux ou trois ans tout sera prêt pour en arriver au dénouement : une stagflation commencera à apparaître en occident, elle sera de plus en plus violente le chômage montera de plus en plus. La population deviendra hystérique, le capitalisme sera accusé de tous les maux alors qu’en pratique la situation sera le fruit de la volonté des électeurs qui croient toujours que l’on peut payer de vrais factures avec du papier. Tout sera noir il n’y aura plus d’espoir !

On sera pourtant arrivé dans la phase terminale du rééquilibrage mondial les salaires baisseront en occident au lieu de stagner, la structure des prix se réorganisera, le montant réel des pensions sera en chute libre. Les salaires du reste du monde continuerons à monter malgré les troubles venus de chez nous. Au consommateur occidental on substituera un consommateur asiatique. Enfin dans sept où 8 ans l’inflation aura effacé les engagements, baissé les salaires, réduit la dette des Etats de moitié, au moins. A ce moment-là on pourra enfin monter les taux, redonner à l’argent un prix fixé par le marché, l’investissement pourra reprendre chez nous d’autant plus fortement que dans l’intervalle il y a même des chances pour que la Chine et l’Inde se mettent à exporter du capital à travers le monde, se substituant à nous.

Surprise, ça c’est le scénario rose !

Les gouvernements se contentent de faire de grosses bêtises dans un déluge presque rafraîchissant de démagogie. Les citoyens restent stoïques patients et attachés aux principes républicains et à la paix civile.Malheureusement il y a l’un des grands pays d’occident qui est plus fragile queles autres, ce sont les USA. Les déséquilibres socio-économiques y sont plus forts. L’Etat encore plus déstructuré, vérolé par un clientélisme qui choquerait même Estrosi, la propagande imbécile y est encore plus prégnante. Le laxisme absolu en matière fiscal prend une tournure comique lorsqu’un dollar rentre dans les caisses de l’Etat central il en dépense presque deux. La Californie a les paramètres économiques de la Grèce, seul problème elle a le poids économique de la France. Enfin les Etats-Unis n’importent pas que des biens ils importent aussi du capital à qui mieux mieux, le jour où cela se ralentira il faudra imprimer de beaux dollars par wagons entiers. Je ne doute pas du choix du gouvernement US dans un tel cas. Cette situation ne peut être que transitoire, il y aura des chocs économiques internes et externes, une brusque dévaluation du dollar, un tremblement de terre, que sais-je. Et là le système social délabré en plein anosmie sociale confis d’antagonismes difficilement conciliables risque d’exploser en plein vol.

A mon sens les USA sont une poudrière, je crains qu’il ne se passe là quelque chose de grave et d’imprévisible qui risque de faire ressembler les années 2010 aux années trente pour de bon. Et dans un tel cas de figure, rien ne va plus ! Vous pourrez noter que je ne parle pas de solutions ni de programmes, je pense que c’est inutile en l’espèce, il est bien trop tard la 25ème heure est dépassée depuis 2001. L’impuissance des politiques tient à la cécité de la population,rien de grave ne peut arriver, le pouvoir d’achat doit monter en même temps que la production doit baisser pour respecter une vision hygiénique d’un monde propre. Le mythe de la décroissance rejoint les velléités pétainistes du retour à la terre, au fond personne n’en veut. La petite bourgeoisie revit sans enavoir conscience des fantasmes de pureté qui ont fait déjà beaucoup de dégâts par le passé. Ha si seulement tous ceux qui sont irresponsables corrigeaient leurs mauvaises habitudes !

Une bonne partie de la populationcroit que l’amélioration du sort de chacun passe par un abaissement de l’investissement et une baisse de la quantité de travail sur le marché. Si nos ancêtres avaient pensé de cette façon la faim les aurait rappelés à plus de bon sens très vite.Dans notre cas notre richesse et la profondeur du système commercial mondial contribuent à prévenir une catastrophe rapide, elle arrivera pourtant. Il faudra qu’elle survienne pour ramener un minimum de bon sens dans les représentations sociales de l’acte économique. Autrement dit les systèmes de représentations sociaux sont tellement contradictoires avec les règles les plus élémentaires de la science économique qu’une pénible confrontation est nécessaire, inévitable. Il est tout de même hallucinant que l'on fasse défiler de jeunes travailleurs taxés jusqu'à l'os pour refuser une pseudo réforme supposée s'appliquer dans 6 ans. Le système est aujourd'hui même à l'agonie ses profits seront refusés à ceux que l'on pousse dans la rue aujourd'hui. A ce moment-là les hommes politiques pourront recommencer à faire de la politique, les discours pourront avoir des conséquences. L’on pourra discuter plus profitablement de ce qui doit être planifié et administré et de ce qu’il est opportun de laisser à l’initiative de chacun.

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