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Billet de blog 12 oct. 2010

Fable altermondialiste

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© Vladlena1917
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Imaginons quelques instants que, par la magie d’une grande vague démocratique, les peuples de la terre se dotent d’un dirigeant humaniste élu sur un programme simple : repousser la misère, promouvoir la croissance la plus rapide possible des zones sous-développées. En un mot prendre à bras le corps les terribles injustices de conditions qui frappent ceux qui naissent au mauvais endroit au mauvais moment. Il n’est pas interdit de supputer que le néo-libéralisme banqueroutier faillira une fois de plus. La population se tournera fort logiquement vers la forme de socialisme qui donne aujourd’hui satisfaction aux Chinois et qui a laissé de bons souvenirs en Occident : le capitalisme d’Etat.


Le lendemain de son élection je vois déjà notre Léviathan se pencher sur les montagnes de statistiques que produit l’économétrie contemporaine. Que va-t-il voir : qu’un petit dixième de l’humanité consomme 60% des ressources économiques. Qu’à la modestie relative des moyens de lutter contre la misère s’ajoute leur mauvaise orientation pour des consommations aussi frivoles que les voitures familiales et l’iPhone4. Notre bienfaiteur devra peser en son âme et conscience ce qui est le plus important. Il n’aura pas le choix, il lui faudra équiper les parties du monde qui en sont dépourvues d’une industrie lourde puissante. Combien coûte une aciérie flambant neuve ? Pas loin de 6 milliards d’euros. Or pour garantir au niveau mondial une consommation d’acier comparable par tête à celle de la France, il faut 600 milliards d’euros.

Les sommes en jeu sont vertigineuses : un investissement initial de 70 000 euros par habitants des pays pauvres, à peine de quoi payer l’accès aux commodités les plus courantes comme l’école la santé, le transport, l’alimentation… Où trouver ces sommes ailleurs qu’en Occident ? Peut-on humainement demander à l’Africain de se serrer une ceinture qu’il n’a même pas les moyens de s’offrir ? C’est en Occident que notre homme trouvera de quoi initier une vague sans précédent d’accumulation primitive du capital. La bonne : celle qui sortira pour de bon l’humanité de l’ombre. Le premier résultat des cogitations du héros altermondialiste sera de mettre l’Occident en coupe réglée, prélevant sur son produit net une part susceptible de financer le reste.

Vous me direz alors tant mieux : qu’il confisque la grande propriété des banquiers et autres profiteurs. Malheureusement, si la part de richesse détenue par ces minorités est scandaleuse, leur consommation effective en bien de consommation pour être parfois extravagante n’en est pas moins faible. La disparition des magnats n’a pas rendu les Russes moins pauvres. Un rapide calcul permet de se rendre compte qu’en France le surpaiement des salariés du secteur bancaire doit avoisiner 1% du PIB : c’est un montant énorme pour si peu de gens, mais faible si l’on veut financer la croissance de l’Afrique de l’Inde et du Moyen-Orient. Il est de bien peu d’importance qu’un homme seul soit propriétaire d’une société qui vaut des milliards. Ce qui serait conséquent c’est qu’à lui tout seul il consomme plusieurs milliards. Mais le cas ne se présente jamais. La part de leurs revenus la plus importante retourne immédiatement au capital, lequel capital contribue à produire les biens et les services que nous convoitons. C’est ce qui rend la confiscation décevante sur le plan économique : d’un côté on ramasse des châteaux encombrants et de l’autre on récupère des biens de production déjà actifs. La somme prélevée n’enrichit pas la société, elle passe d’une ligne de comptabilité à une autre. Il faudra d’autres moyens comme une TVA à 50%.

Pourquoi la TVA ? Elle est injuste me direz-vous. C’est très simple : dès lors que la consommation des classes dominantes a été assagie en lui substituant une classe administrative supposée moins coûteuse (au moins les premières années) on se rend compte que le fait majeur de l’Occident est la consommation massive. Ce n’est pas LVMH qui compte lorsque l’on a besoin d’argent, c’est Carrefour. Transférer la consommation vers le capital sera donc premier. Nombreux sont ceux qui viendront lui dire que s’il est difficile de vivre avec 1000 euros nets, une TVA d’un tel montant réduit le pouvoir d’achat réel d’encore 200 à 300 euros : qui peut vivre de cette façon ? Notre homme répondra avec justesse que les ouvriers Chinois vivent bien de cette façon et depuis longtemps. A ce moment-là nos altermondialistes seront déjà fort déconfis : finis les iPhone et autres voyages à Porto Alegre. Il leur restera la satisfaction de constater que d’autres ont perdu d’avantage.

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