Plaidoyer pour la main invisible

En bonus, un peu de Friedman vintage 2005, avec le recul c'est franchement hallucinant.
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En bonus, un peu de Friedman vintage 2005, avec le recul c'est franchement hallucinant.

 

Quelques évènements récents ont suscité un retour en force des positions sur l’incapacité supposée des marchés à se réguler par eux même.Que n’a-t-on pas entendu ces derniers jourssur l’incapacité de la main invisible et sur la nécessité de réguler et d’ « intervenir ».

 

 

Pourtant la crise bancaire qui sévit actuellement est pour nous la preuve tangible de la force du marché et de sa capacité intrinsèque à se « réguler ». Des montagnes de papier ont été émises sans avoir aucune contrepartie dans le monde réel. L’afflux de monnaie a généré plusieurs bulles successives, internet, énergie, matières premières et, bien sûr, immobilière ( 75% du patrimoine dans unpays comme la France). Jamais le pouvoir d’achat exprimé en m2 n’a été aussi faible depuis des décennies. La raison essentielle de cette situation tient aux politiques des banques centrales qui ont faussé le jeux « normal » du marché en suscitant des taux d’intérêts anormalement bas.

 

Aujourd’hui la monnaie excédentaire disparaît et logiquement on assiste à une remonté des taux d’intérêts et à une baisse des prix immobiliers. La théorie quantitative de la monnaie, pour ancienne qu’elle soit reçoit, de substantielles confirmations ces dernières semaines. A notre sens le krach bancaire n’est pas le signe d’un défaut d’autorégulation des marchés mais bien au contraire de leur bon fonctionnement, malgré toutes les tentatives pour en fausser le jeu, « you can game the system, you can’t break it ». Le prix à payer pour ces errements pouvait passer par la mise en faillite dela profession, les choix politiques qui ont été fait feront peser le poids de cette catastrophe sur tout un chacun et en particulier les plus démunis et ce de la façon la plus classique qui soit, par l’inflation. La garantie des comptes sans limitation de montant est un exemple patent, le smicard verra la monnaie qu’on lui paye en salaire être dévaluée d’un montant proportionnel àl’émission à laquelle les banques centrales et les Etats vont devoir recourir pour garantir les comptes de Total, de Suez, de Pinault, et de Bouygues ….

 

Les experts stipandiés qui feignent la surprise et plaident pour la reprise en « main » du marché et sa « régulation » sont, à notre sens, dans la situationdes arroseurs arrosés. Tant que le système mis en place avec la fin de Bretton Woods et la pseudo « libéralisation » du secteur bancaire pesait sur les salaires des classes moyennes et des ouvriers, pas de problème, tant que l’organisation de l’émission monétaire permettait aux sociétés financières de grossir sans freinet d’accumuler une part croissante du PIB sans rien produire de bien nouveau (les premiers contrats à terme datent de la Grèce antique, la « révolution » financière et les supposées innovations ont un bien long passé), pas de problème, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Aujourd’hui le système bancaire est en faillite, assis qu’il est sur une montagne de papier sans valeur, on entend les mêmes que les licenciements dans l’acier et l’automobile laissaient de marbre entrer sur le sentier de la guerre en exigeant une intervention de l’Etat, quelle tartufferie !

 

 

Si l’on met de côté la face cachée de l’iceberg, à savoir la sociologie de la main invisible, l’agrégation des mécaniques économiques en un terme générique est pratique et permet une référence simple aux règles que l’analyse économique est parvenue péniblement à identifier au cours des siècles (l’offre et la demande, l’asymétrie d’information, les effets

L’économie dont on parle tout les jours dans la presse est un objet politique et social qui n’a qu’un rapport rhétorique assez lointain avec la discipline elle-même (l’emploi d’un vocabulaire commun est assez trompeur). Il ne faut pas se laisser abuser par les amalgames. Touati, Cohen, Baverez et d’autres ne soutiennent pas un discours économique, ils défendent un ordre social. L’économie du MEDEF est un objet religieux qui a plus à voir avec une volonté de ré-enchanter le monde (au sens Weberien) qu’autre chose, c’est intellectuellement désolant et contraire au sens même d’une démarche scientifique.

 

 

Les objectifs poursuivis nous appartiennent en propre à tout moment et en tout lieu. Les outils économiques comme ceux de la physique ou de la sociologie et des mathématiques sont là pour nous aider à comprendre et peut être à construire un réel que nous souhaitons, rien de plus et rien de moins. Il est inutile et dangereux de s’attaquer à la main invisible même si nous en convenons, il s’agit d’un outil qui sera peut être remplacé un jour prochain. Il faut s’attaquer directement ceux qui se cachent derrière elle. Il ne faut pas lâcher la proie pour l’ombre !

 

 

Bien à vous Salluste.

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