Où est le milliard M Basnier ?

Sur l’affaire Woerth et consorts.

 

Détails croustillants et révélations gênantes se succèdent au sujet de l’affaire Béthencourt. La rentrée a apporté son lot de nouveautés comme l’on pouvait s’y attendre. Quoique je goûte avec délice les détails des avanies des uns et des autres cela ne m’empêche pas de trouver troublant le flot de ces révélations qui s’enchaînent tel un roman Balzacien. A peine une dénégation est-elle diffusée qu’elle suscite presque immédiatement un document compromettant, un témoignage contraire. Le tout est publié dans divers organesde presse dont les accointances ne sont pas celles du pouvoir Sarkozyste. Bien sur Médiapart gardien du bien public est à la pointe du combat, et c’est tout à son honneur.

 

Malgré la joie que l’on peut éprouver à voir les tartuffes démasqués il toutefois nécessaire de faire preuve d’un peu d’esprit critique dans cette affaire. Le déballage est trop bien « organisé ». Quelques petites mains sont surement à l’œuvre servant à nos organes de presse leur pitance quotidienne en suivant un plan et des intérêts qui ne sont peut-être que momentanément coïncidents avec la morale et l’intérêt public. L’histoire politique de la France est trop pleine de ces affaires où l’on découvre le finmot de l’histoire 60 ans après en épluchant les archives des RG et de lasûreté. La première question à se poser est donc la suivante en est-ildifféremment aujourd’hui ?

Pour ma part je pense que non,100 fois non ! Pour étayer mon point de vue et mes conjectures je pensequ’il est nécessaire de comprendre le contexte familial industriel et politiquede cette histoire dont les racines remontent aux années trente.

Si l’on se fie aux sources lesplus courantes on peut trouver d’un côté un chef d’entreprise très marqué àdroite dirigeant avec succès une jeune et prometteuse entreprise de cosmétique.L’on trouve aussi deux jeunes gens venus de la meilleur bourgeoisie de province qui terminent leurs études à Paris et s’investissent dans la vie politique deleur temps : M Betancourt et M François Mitterrand. L’époque est celled’un conflit socio-politique particulièrement grave en France et la droite traditionnelle craint le Front Populaire et le Communisme plus parfois que leNazisme. De nombreuses organisations politiques aux buts plus ou moins avouables naissent dans le but d’encadrer la jeunesse bien née en vue de luttercontre la gauche par tous les moyens y compris les plus discutables. L’argent ne tombant pas du ciel l’on fait appel à ceux qui en ont et sont intéressés au premier chef : les grands patrons du temps parmi lequel notre Schuller le fondateur de l’Oréal.

Nos deux jeunes étudiants s’investissent dans les causes auxquels ils sont les plus naturellementsensibles, ils flirtent avec l’extrême droite comme d’autre le feront plus tard avec l’extrême gauche des Mao-Trostko-Guévaristes. La jeunesse est particulièrement encline à s’enflammer pour les grands soirs purificateurs ce sont là des passages vers l’âge adulte.

Mais si l’on s’en tient à notre sujet constatons simplement que nos deux jeunes gens se sépareront politiquement l’un ira versla gauche l’autre restera proche de ses racines et« s’embourgeoisera » dans la droite « républicaine », au passage il se mariera à la fille du susnommé industriel. Une belle histoire d’amour qui ne donnera qu’un enfant, du moins du côté de celle qui est devenue madame Bettencourt. Le mariage coïncidera de façon troublante au blanchiment judiciaire du père qui se verra pardonné ses faux pas contre la république, toujours bonne fille avec l’argent, et pour l’Allemagne qui après tout devait bien devenir notre amie, précisément comme il le souhaitait. La société connaîtra le destin brillant qu’on lui connait sousla conduite éclairé de M François Dalle qui était aussi un ami de M Bettencourtet de M Mitterand, décidément le monde est petit et la compétence rare lorsquel’on sort de certains cercles.

Donc si l’on récapitule trois amis de jeunesse mettent « la main » sur une belle société l’und’entre eux gérera la mine d’or et les deux autres se consacreront à la politique leur passion commune. Qui peut douter ne serait-ce qu’une seconde quedes fonds de L’Oréal ont été utilisés continument depuis maintenant 80 ans au financement des partis politiques Français ? Qui peut imaginer M Bettencourt refusant son concours financier à M Mitterrand ? Qui peut imaginer que M Bettencourt n’ait concouru aux besoins de financement de son parti ? Qui peut imaginer que le monde qui compte en France, les grands patrons et l’élite politique, n’ait pas toujours été au courant du fait que l’Oréal était une pompe à finance. Je trouve pour ma part curieux que les journalistes découvrant le voile pour le public effaré ne soulignent pas ce genre de détails, cette histoire n’est pas nouvelle elle est très ancienne. Au surplus le monde parisien étant bien petit je doute fort que certains dans les rédactions ne se soient doutés de la situation depuis bien longtemps.

Pour comprendre la raison pour laquelle on nous offre ce spectacle seulement aujourd’hui il faut se demander ce qui a changé. Toutd’abord les grands protagonistes ont disparu M Mitterrand est mort en 1995, MDalle en 2005 et M Bettencourt a fermé la marche en Novembre 2007. Voilà notre veuve enfin « libérée » tous ceux qui l’avaient chaudement entourédepuis 60 ans. Plus personne n’est là pour gérer l’affaire politique en suivantles lignes de partage suivies probablement depuis les années 50. Et surtout personne n’est plus là pour mettre le holà au grand déballage. A droite une nouvelle étoile s’est levée qui jette les anciennes dans l’ombre, c’est la rupture.

Voilà, le dernier protagoniste est apparu, à dire vrai c’est le seul dont on se donne la peine de parler : M Sarkozy. Woerth ne compte pour rien dans cette histoire ci ce n’est de servir d’exemple à son patron.Tant de choses malheureuses pourraient arriver. Et puis les temps étant dures il faut bien une figure pour servir de défouloir utile à la vindicte populaire. Pour ma part j’adorai déjà le détester avant en suspectant le pire à son sujet. Nicolas de son côté, marchant dans des pas illustres a certainement pris l’habitude de chercher un peu de liquide chez Madame Bettencourt, rien de bien méchant. Avec un peu de mauvaise foi il aurait pu prétendre qu’il ne faisait que suivre l’une des traditions Républicaine les mieux établies, depuis la libération du moins. Et tout d’un coup voilà l’affaire qui explose au grand jour par la grâce d’enregistrements fournis parun majordome bien industrieux. Là aussi je vous invite à la circonspection unefamille et surtout une fortune aussi importante est surveillée de près. On abuse ici de notre naïveté. Comment penserqu’une telle personnalité ne jouissait pas d’une protection appropriée neserait-ce que pour éviter les accidents du quotidien comme les vols lestentatives d’extorsion les hold-up et les enlèvements. De tout cela pas un mot dans la presse, pourtant je peux vous le certifier ce genre de personnalités sont surveillées de l'intérieur comme de l'extérieur. Comment imaginer qu’il n’y ait pas eu un honorable correspondant des renseignements généraux chargé de veiller aux intérêts de l’Etat et de rapporter en haut lieu ce qui pouvait mériter d’être rapporté comme par exemple les agissement de M Basnier.

Le plus curieux c’est que l’on est invité à trouver scandaleux le liquide versé aux hommes politiques sans s’interroger sur le sort des sommes monstrueuses qui ont disparu. N’est-ce pas cacher la montagne derrière un tout petit doigt. Imaginons un instant que M Basnier n’ait été qu’un second rôle de l’arnaque travaillant pour d’autres,l’intervention de l’Etat dans le procès pour éviter que la donation ne soit annulé prend une autre tournure.Les sommes versées en liquide prennent lestatut d’apéritif alors qu'un festin se déroule un peu plus loin. Notez aussi que cela donne du relief auxpropos de M Basnier promettant des révélations s’il lui arrivait malheur. Jevous fais le pari que la meilleure partie du milliard est très loin des mainsde M Basnier. J’en tire deux conclusions.

 

 

1) Quide droit savait ce que manigançait M Basnier et on l’a laissé faire, parcequ’il y avait un intérêt sonnant et trébuchant à la clé.

 

2) D’autres acteurs au sein de l’appareil d’Etat ont assisté en souriant au spectacle en enregistrant au passage tout ce qui était pertinent, j’attends avec impatience la vidéo où l’on voit Nicolas sortir avec sa petite enveloppe en papier craft dans la main. Bien sûr on en viendra là que si le cave, Nicolas, se rebiffe.

 

Autrement dit les forces qui sont à l’œuvre ne se sont pas encore découvertes et il est difficile de savoir àquel point elles tiennent notre Président. Je pense que le scandale que l’on donne en pâture est en quelque sorte l’affichage public d’un chantage plus sournois.L’avenir proche, le remaniement ministériel d’Octobre, nous en dira plus ainsi que la nouvelle ligne budgétaire et divers points de politiques anodins commel’alignement de la France sur la ligne politique américaine qui a révélé unefracture avec certaines traditions bien établies. Comme je pense que le coup vient de la droite il est fort possible que l’on se contente de tenir Nicolas enlaisse en lui laissant même la possibilité de se présenter en 2012, si il est bien gentil. Après tout il passe bien auprès des Français qui ont déjà voté pour lui avec un bel enthousiasme. Il reste seulement à trouver un candidat du PS assez mauvais pour lui servir de marche pied comme en 2007. Les candidats ne manquent pas, je m’attends à une augmentation sans précédent du nombre d’adhérents au PS à quelques semaines des primaires, comme en 2002 la droite choisira son adversaire. Si tout se passe comme je le pense Nicolas pourra bientôt clamer qu’il a bien changé cette fois-ci et je pense qu’il aura été aidé sur les chemins de la rédemption par les anges gardiens qui veillent sur la politique Française.

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