SONGES ET MENSONGES D'ABRAHAM

Par Abdenour Dzanouni

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  • Les sionistes et les évangélistes vivent de ces fables sur le peuple élu conduisant l'humanité ovine vers les vertes prairies celestes. Ils tiennent ces mensonges pour vrais et en font la feuille de route de leurs guerres de conquête.

Ce matin, j’étais d’une humeur massacrante. Je n’avais pas pu dormir cette nuit. Au point du jour, j’étais debout et dehors, à la recherche d’un café. C’est connu ! Le matin, avant de prendre mon café, je ne veux parler à personne.

Sur la place de l’hôtel de ville, les brasseries étaient encore fermées. Je résolus de pousser plus loin dans ma quête. Je vis au loin deux jeunes hommes, en costume sombre, chemise blanche, cravate noire et chaussures vernis, venir vers moi. Aussi, je pris la tangente à droite, accélérant le pas pour ne pas croiser leurs pas. Peine perdue ! Ils corrigeaient leur allure et réglaient leur direction sur la mienne pour me rejoindre et m’aborder. Que me veulent ces deux loustics ? L’un était de type européen et l’autre africain.

Le premier, le blanc,  avait un livre, une sorte de bible, à la main et le second, le noir, quelques exemplaires d’une revue sous le bras. À quelques pas de moi, ils m’interpellent avec un grand sourire.

_ Bonjour, êtes-vous chrétien ? 

Je lève les bras en l’air, mimant une personne braquée par des coupeurs de route.

_ Non, et je n’ai besoin de rien !

_ Vous êtes musulmans ?

_  Non! Vous perdez votre temps avec moi !

_ Arabes, juifs, chrétiens, nous descendons tous d’Abraham…

_ Parlez pour vous… Mes ancêtres ne se marient pas avec leur sœur, ils ne la prostituent pas comme lui l’a donnée au pharaon! Ton Abraham est un maquereau et dans ma famille Il n’y a pas de proxénète.

Son compagnon était plié en quatre et se tenait les côtes de rire.

_ Je t’avais dit que ce n’est pas notre jour. On aurait mieux fait de rester au lit.

Le prêcheur blanc blêmit et bredouilla une excuse pour son vénéré ancêtre :

_ Il avait eu peur d’être tué ! C’est pour ça qu’il a dit que Sarah était sa sœur.  

_ La belle excuse ! Et pourquoi a-t-il pris tous les troupeaux et les cadeaux que lui a offerts le pharaon en échange? Et quand le pharaon, trop content de se débarrasser de la petite peste, lui offrit de lui rendre sa tirelire, en doublant les biens qu’il lui avait donnés déjà, il ne refusa pas le loyer!

Le prêcheur africain avait lâché les exemplaires de publication de son église évangéliste et, sans soin pour son costume, était agenouillé et étouffait de rire.

_ Je t’avais bien dit qu’il ne fallait pas sortir aujourd’hui ! a-t-il réussi à dire pris dans son fou rire.

_ C’est la volonté de Dieu! expliqua sans en être assuré lui-même, le prêcheur blanc. Dieu fit tomber les catastrophes sur l’Egypte pour punir le pharaon d’avoir convoiter Sarah et pour qu’il l’a rende à Abraham.

_ Alors, selon ton église, ton dieu protège les proxénètes, punit les clients des putes, en l’occurrence le bon pharaon, et inflige des catastrophes au peuple égyptien ! Belle récompense d’avoir accueilli et nourri des émigrés qui fuyaient la famine! C’est à ce Dieu et à cette ignominie que vous voulez me convertir ? Passez ! je vous laisse vos dieux et vos églises et laissez moi tranquille aller prendre mon café.

_ Permettez, permettez-moi de vous l’offrir, dit le prêcheur noir de bonne humeur.

_ Vous perdez votre temps vous dis-je ! Accompagnez-moi, puisque ça vous amuse, mais à une seule condition : Ne me parlez pas avant que j’aie pris mon café.

Le cafetier ouvrait ses portes quand nous entrâmes. Puis, il chauffa sa machine à vapeur, prit la commande et nous tourna le dos pour moudre et faire couler le café. Mes deux anges gardiens respectaient leurs engagements. Le noir était hilare et le blanc tout penaud. Chaque fois que le premier regardait du coin de l’œil le second, un irrésistible fou rire le prenait, suscitant la curiosité du cafetier.   

Le café servi chaud, je le sucrais et le humait. Puis fermant les yeux, je le dégustais à fines gorgées. Ouvrant les yeux, je revis le décors différemment. J’en appréciais le lustre des boiseries, le style élégant des chaises et des tables, les grappes de verreries chargeant le lustre au plafond et que démultipliaient les miroirs aux murs… Mon regard se posa sur mes deux compagnons, je les dévisageais et intrigué je rompis le silence que je leur avais imposé.

_ Que pourrai-je vous dire que vous ne connaissiez et que pourriez-vous m’apprendre que je ne sache déjà ?

_ Posez lui les questions, dit le noir avec un grand sourire, et il répondra à toutes! dit-il en désignant son ami.

_ Alors, une seule question pour vous deux: Abraham est du Moyen Orient, pourquoi croyez-vous être ses descendants alors que vous êtes, l’un africain du plus beau noir, et l’autre européen, si blanc que plus blanc t’es transparent ?    

Le noir regarda son compagnon, attendant la réponse à la question qui ne semblait pas le concerner. Le blanc, jusque-là gris et sombre, se redressa, son visage s’illumina et s’exclama :

_ Mais bien sûr, c’est parce que nous sommes tous les descendants d’Abraham! Dieu a dit à Abraham : « Tu auras une descendance innombrable qui peuplera la terre ! »

_ Tu ne réponds pas à ma question mais tu en provoques une de taille. Tu dit que « Dieu a dit à Abraham… » En es-tu si sûr ? Est-ce que tu l’as entendu ? D’où le scribe qui a écrit la genèse tenait cette information? Il est vrai qu’un centenaire qui donne naissance, coup sur coup, à deux garçons, sains et bien portants,  a de quoi défrayer la chronique… Sûr, ça a fait jaser en Palestine. Mais, sans fausse honte, qui auraient empêché la jeune égyptienne et la couguar juive, à la couche orpheline, de se réchauffer aux bras de jeunes et vigoureux bergers palestiniens? Au vu des mœurs séculaires, sa descendance innombrable peuple la terre grâce à cinq mille ans de cocufiage ininterrompu.

Le compagnon noir était accroché au comptoir pour ne pas s’effondrer. Et son alter égo, consterné, lui décochait un regard furibond qui n’avait plus rien du bon chrétien portant la bonne parole.

_ Mais je n’ai rien dit ! se défend le noir en riant, ce n’est pas notre jour et on aurait mieux fait de rester à dormir ce matin. C’est tout. Dieu a dit ou n’a pas dit ? C’est la question. Réponds lui, chef.

_ La preuve que Dieu a dit est que je le crois!

_ Que toi, tu crois ou ne crois pas, c’est bon ou mauvais pour toi ! Mais le problème est que tu m’aborde dans la rue pour me faire croire que ton « Dieu a dit ceci ou cela…» et que je dois y croire. La belle affaire !

Je vais à mon tour, te dire comment ça s’est passé. Après avoir quitté l’Egypte, poussant devant lui les troupeaux de bœufs, de moutons et de chameaux, prix de la location de Sarah au pharaon, Abraham fit une entrée fracassante au pays de Sham. Il en était parti affamé, une tunique élimée sur le dos, suivi de Sarah et du regard inquiet de ceux qui restaient. Au retour, sa soudaine richesse avait de quoi surprendre ses anciens voisins. D’où lui venaient ces biens ? Les a-t-il volés ? Abraham ne pouvait avouer son passé de proxénète. À beau mentir qui vient de loin : il inventa ce mensonge pour blanchir sa fortune : Dieu m’a dit : « Tiens, c’est à toi ! Tu veux le double ?  Vois, c’est à toi ! »

Et comme il n’avait pas tout à fait menti quand il donna sa femme au pharaon en disant que c’était sa sœur, puisque c’était aussi sa demi-sœur, il n’a pas plus menti quand il raconta que c’était Dieu qui l’avait comblé de ses bienfaits puisque le seul Dieu sur terre connu à l’époque, et qui se soit montré à tous ses sujets, était le pharaon. Abraham a donc par des demi-mensonges mystifié ses voisins qui eux avaient préféré attendre le retour des pluies plutôt que d’émigrer en Egypte ! Nous savons nous, l’origine « tapinesque » de la soudaine richesse d’Abraham et la genèse, si elle tente de la justifier, ne la nie pas !  Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Quand il convoitait des terres de parcours pour y mener paître ses troupeaux, il inventait un songe, il fabriquait un mensonge : « Dieu m’a dit… Des rives du Jourdain jusqu’à Tataouine les bains, c’est à toi ! » Et si l’herbe poussait plus loin, son Dieu, qui tenait le cadastre foncier, comme un vulgaire notaire, lui donnait de nouvelles terres, en veux-tu ? en voilà !  

 _ Mais c’est écrit !

 _ Tout ce que je te dis est écrit mais il faut ouvrir les yeux pour le lire. Songe ou mensonge, ton livre raconte qu’Abraham, après avoir fait fortune, voulu des enfants pour que son nom se perpétue. Centenaire, il aurait eu un enfant avec sa seconde épouse, Hadjira. Inspirée, Sarah enfante à son tour. Passons sur le miracle d'une vigueur si tardive. Hadjira est alors reléguée comme servante et, avec sa descendance, barrée du « Testament ».  Le nœud de la discorde est là : Dieu, qu’Abraham a vu sans témoin, lui aurait données, pour sa descendance juive, des terres, aux contours changeants et extensibles à loisirs. Les sionistes et les évangélistes vivent de ces fables et les tiennent pour vraies. Ils font de ces mensonges, la feuille de route de leurs guerres de conquête et de rapine. En vérité, ce n’est pas la terre qui vous est promise mais vous qui êtes promis à la terre. Vous rêvez de la posséder mais elle vous avalera. Vous avez quitté son giron mais, tôt ou tard, vous y retournerez. C’est la haine et la malédiction d’une descendance fratricide dont vous héritez. Pour votre malheur, vous vous disputerez cet héritage.

L’héritage! quel héritage ? Voyez, comme le bigame a chassé dans le désert sa seconde épouse, et son enfant, sur l’instigation de la première. Depuis lors, et suivant son exemple, des crétins par milliers se donne le droit de répudier impunément leur épouse d’une simple parole : « Tu es répudiée ! »  Est-ce que c’est digne d’un homme que de surcroit vous vénérez?

La terre est vaste, seul le cœur des hommes est étroit. Quel bonheur, pour qui veut habiter la terre, qui n’est à personne, et avoir au réveil, pour valet fidèle et ami le soleil ! Quelle félicité, le soir, d’avoir, pour servante et gardienne, la nuit et ses rivières d’étoiles dans les yeux et la tête!

Salam.

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