La lutte contre le racisme en marche au Maroc

Sur les réseaux sociaux, des photos de pancartes ahurissantes circulent depuis quelques jours. Affichées dans les rues de Casablanca à l’entrée de certains immeubles, entre autres dans le quartier résidentiel de Farrah Essalam, elles stipulent « interdiction de louer des appartements aux Africains ». Une anecdote révélatrice d’un climat social, qu'associations et collectifs s'engagent à changer.

Sur les réseaux sociaux, des photos de pancartes ahurissantes circulent depuis quelques jours. Affichées dans les rues de Casablanca à l’entrée de certains immeubles, entre autres dans le quartier résidentiel de Farrah Essalam, elles stipulent « interdiction de louer des appartements aux Africains ». Une anecdote révélatrice d’un climat social, qu'associations et collectifs s'engagent à changer.


Inscrit en arabe, interdiction de louer des appartements aux personnes et étudiants africains.

Cette stigmatisation des populations subsahariennes en Afrique du Nord n’est pas un cas isolé. Étudiants, travailleurs ou réfugiés, les migrants africains sont quotidiennement victimes de violences symboliques et parfois physiques en raison de leur couleur de peau. Certains cas ont été très médiatisés au Maroc ou en Tunisie. Dans tous les pays d’Afrique du Nord, ce racisme « ordinaire » est banalisé. L’État se doit d’ouvrir le débat public malgré les tabous.

La population subsaharienne en Afrique du Nord est surtout présente au Maroc, qui attire avant tout les étudiants des pays francophones. Ils sont environ 8 000 à être inscrits dans les établissements d’enseignement supérieur au Maroc. Une coopération essentielle pour le pays qui la finance en partie (bourse de l’Etat, couverture médicale…), afin d’améliorer sa position politique sur le continent. Le Maroc se place même en 10ème position, comme pays de destination des étudiants africains. De plus, une population de migrants en transit est également présente au Maroc, parmi eux, ceux vivant dans la clandestinité, au nombre de 10 000 selon des sources associatives et policières. 

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La discrimination tout à fait illégale se manifeste dans l’espace publique. Insultes, et noms en tout genre sont attribués aux étrangers noirs, comme « âabid », qui signifie en arabe esclave. Délit de faciès,  harcèlements policiers ou agressions gratuites, la presse y avait même ajouté son grain de sel. En novembre 2012, Maroc Hebdo titre en une du magazine « le péril noir » , un dossier fourni de plusieurs articles : « Des milliers de Subsahariens clandestins au Maroc. Ils vivent de mendicité, s’adonnent au trafic de drogue et à la prostitution. Ils font l’objet de racisme et de xénophobie. Ils posent un problème humain et sécuritaire pour le pays… ».

Pourtant, tous les migrants subsahariens ne vivent pas ce rejet. Christian, ivoirien, a résidé neuf ans au Maroc et dit ne pas vouloir « généraliser, même si certains nous stigmatisent ». Il n’a pas ressenti le racisme dans le pays, pour lui, les Marocains sont des gens très accueillantset, il a eu la chance d’avoir de très bons rapports avec ses collègues à l’université et au travail. « Je pense que ce qu’on appelle racisme à la marocaine, est en fait un sentiment de non appartenance à l’africanité, ils se réclament avant tout maghrébins et sont contraints de faire partie de l’Afrique » confie-t-il.

Une société civile active

Mais les populations noires invisibles au départ ont depuis peu investi la place publique pour défendre leurs droits. Ils se sont organisés en syndicats et collectifs, accompagnés d’associations locales et étrangères.

En Tunisie, les étudiants subsahariens ont organisé le 22 juillet une séance de travail au siège de la Maison du droit et des migrations à Tunis, autour des discriminations racistes qu’ils subissent dans la rue, au travail et à l’université, auxquelles s’ajoutent l’inefficacité et indifférence des autorités face à leurs problèmes. En mai, ils avaient manifesté dans les rues à Tunis et à Rabat.

C’est parce que les populations noires commencent à s’installer au Maroc que le racisme se fait plus virulent et le besoin de défense des droits des étrangers subsahariens nécessaire. Le souci d’intégration est évident. La Maroc est un carrefour, mais aussi un pays d’immigration et la place des étrangers et de leur droit, plus que jamais une question essentielle.

Légiférer pour changer les mentalités

Les associations tunisiennes luttent pour l’inscription dans la loi et notamment dans la future Constitution du principe de protection des minorités. Au Maroc, le PAM, parti Authenticité et Modernité a justement déposé le 15 juillet un projet de loi à la première Chambre qui vise à sanctionner toute forme de racisme, anti-noir surtout. La définition de la discrimination est large et inclut tout rejet en raison de la provenance géographique, sociale, nationale, de la couleur de peau ou du genre. La notion d’égalité des chances y est même évoquée. Le projet de loi prévoit de sanctionner d’une peine de 3 mois à 2 ans de prison et/ou d’une amende de 10 000 à 100 000 DH et de réprimer le délit de faciès.

Le texte ambitieux pourrait ouvrir le débat, améliorer non seulement la situation des migrants, mais aussi porter les revendications amazighes1 ou jouer un rôle essentiel pour le droits des femmes. Mais avant toute application, susciter des réactions. L’association marocaine des Droits Humains et le Conseil national des Droits de l’Homme ont déjà demandé à apporter des amendements au contenu de cette loi dans le cadre d’une journée de travail. Surpasser les tabous et parler du racisme sur la place publique, un défi pour enfin affirmer l’identité d’un Maghreb cosmopolite, arabe, amazigh et noir.


« 50 contre 1 », un web-documentaire de Lamine Ammar-Khodja de la série "un été à Alger". Une Etudiante subsaharienne confie ses impressions et son vécu des discriminations raciales en Algérie . Une leçon d'humanité.

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berbères.

 

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