Omar, la jeunesse palestinienne aux deux visages

Après « Paradise Now » sorti en 2005, Hany Abu Assad revient avec « Omar », sélectionné et récompensé au festival de Cannes 2013 dans la section  « un certain regard ». Son nouveau film est un mélange de genres, proche du polar, qui puise son intrigue dans le conflit israélo-palestinien. En salle depuis le 16 octobre.

Après « Paradise Now » sorti en 2005, Hany Abu Assad revient avec « Omar », sélectionné et récompensé au festival de Cannes 2013 dans la section  « un certain regard ». Son nouveau film est un mélange de genres, proche du polar, qui puise son intrigue dans le conflit israélo-palestinien. En salle depuis le 16 octobre.

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Une fierté pour le réalisateur, Omar est le premier film financé à 95% par des fonds palestiniens. Dans un contexte politique aussi fermé, une jeune industrie cinématographique palestinienne voit le jour. Les acteurs et le staff technique sont presque exclusivement Palestiniens.

Le long-métrage est tourné en partie à Nazareth et à Jérusalem-est. Le scénario nous plonge au cœur de la société palestinienne des territoires occupés de Cisjordanie. La caméra pénètre les familles, échange au contact d’une jeunesse aux attentes inespérées et se perd dans les ruelles et sur les toits d’une ville dévastée. Le tout avec des images d’une grande beauté. 

Le portrait d’une jeunesse ordinaire

Autour d’Omar, toutes les histoires convergent – celle de l’amour, de l’amitié, de la trahison… Omar est un jeune palestinien. Boulanger de profession, il économise pour se marier et fonder une famille avec sa bien-aimée, Nadia. Celle avec laquelle il échange des lettres d’amour, n’est autre que la sœur de son ami d’enfance Tarek, engagé dans la résistance. En parallèle avec son histoire d’amour, se profile celle de son amitié avec Tarek et Amjad, amis depuis toujours. Le réalisateur joue même avec l’humour et l’intègre dans les répliques des personnages.

Une dignité bafouée

Mais d’humiliations en humiliations, les trois amis décident d’agir contre l’occupant. Ils élaborent à trois un plan de résistance qui réussit. Un soldat israélien est tué, mais Omar est arrêté et mis en prison où tortures physiques et morales s’en suivent.

Après l’attaque contre le soldat, le film prend une autre dimension faite de manipulations et de trahisons. On y retrouve soudain tous les rebondissements qui font le genre. Le film est bien un polar, mais l’histoire d’amour très constitutive de l’intrigue lui donne une dimension plus universelle, le rend plus accessible.

Au cœur de la prison, le réalisateur évoque le traitement subi par les prisonniers palestiniens où le supplice moral en est à son comble. L’intrigue se construit autour de la notion de trahison et  de confiance. Au final, les manipulations sont là où on ne s’y attend pas, aussi dans son propre camp.  Le climat est tendu, presque paranoïaque. Qui choisir ? La frontière peut paraitre floue, mais certains signes bien matériels ne trompent pas.

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Le réalisateur dresse, ici, le portrait de deux Palestine, de deux jeunesses. La première se surprend entrain de rêver - d’amour et de bonheur. La seconde n’en a pas les moyens. Aucun chemin ne s’offre à elle, hormis, celui de la résistance, peut être… Pour retrouver une dignité bafouée. La réalité du conflit israélien te poursuit, te rattrape !

Le réalisateur n’échappe pas à la règle. Lui-même s’attache à représenter dans ses films : la Palestine « pour permettre à un public palestinien, israélien, européen, à tout le monde de vivre, le temps d’un film, une vie qu’il ne connaîtra jamais en réalité » avait-il confié dans une interview à France 24.

Un mélange des genres réussi

Le film dénonce, avec nuance, sans la dialectique habituelle et des images fortes, implacables, rehaussent toute sa mise en scène. Certains messages n’ont guère besoin de paroles. Le mur de séparation qui ouvre la première scène est toujours présent et en dit long sur tout le reste.

Le final est imprévisible et brusque, avec des scènes d’une puissance rare, le spectateur est soudain tiré de la fiction, lui-même rattrapé par la réalité du conflit, inexorable. Le film est ainsi miroir de l’impasse politique qui paralyse les deux pays.

Un thriller, un long-métrage politique et presque une comédie, le mélange des genres est réussi. Les acteurs pour la plupart débutants, dont Adam Bakri dans le rôle d’Omar, ont fait de belles performances. Après sept ans d’absence, Hany Abu Assad revient avec un film mémorable et vrai.

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