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Billet de blog 23 mai 2022

Nouvelles des prémisses d’une sexualité hétéro (1/n)

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TW Violences sexistes et sexuelles:

Mes sentiments sont encore contradictoires et flous. Je ne me sens plus appartenir à moi-même. Mais j’ai besoin de témoigner de cette confusion. Si je comprends bien que je n’ai pas à me sentir coupable, je veux parler de tout ce qui s’entremêlent. Nos milieux de militantisme ne sont pas exempts de violences sexistes et sexuelles. Je pense qu’il faut en prendre la mesure et veiller chaque jour un peu plus à ce que ce genre de situation ne se reproduisent pas. Je vais tenter d’écrire (car c’est ce qui me fait du bien) ce qui me traverse et comment j’avance dans tout ça. Certains passages peuvent êtres très « crus ». Mes premières lignes sont ici:


Depuis plusieurs années, je milite dans des milieux dits de « gauche radicale ». Je côtoie chaque jour des personnes extraordinaires. J’ai de nombreuses personnes dans mon entourage que j’admire et que j’aime souvent bien plus que ce que je ne suis en mesure d’exprimer. Ce milieu, si je puis le qualifier ainsi, m’a beaucoup appris. Au fur et à mesure du temps, je me suis autorisée à lâcher du leste. Je me suis autorisée à être un peu plus moi même en pensant qu’il serait toujours temps de (re)définir mes limites.

J’ai longtemps été mal à l’aise avec moi-même qu’il s’agisse de mon corps ou de mes façons de fonctionner, je ne me suis jamais sentie confiante avec ce que je pouvais ressentir, percevoir ou faire. Pendant longtemps, après mon adolescence, j’ai esquivé les contacts physiques en tout genre. Je me considérais comme une personne non-tactile. Je gardais mes distances avec mes proches même avec celleux que j’aurais aimé prendre dans mes bras pour leur témoigner mon affection. Longtemps, j’ai eu du mal à comprendre où je devais poser mes limites. Il y avait pour moi une zone grise indéfinissable qui ne me permettait pas de m’autoriser à être totalement moi-même. Souvent, j’ai eu la sensation qu’il existait des normes et des conventions sociales que je ne comprenais pas puisque je ne m’y retrouvais pas complètement. J’ai souvent beaucoup fonctionné par mimétisme, c’est comme ça que j’ai appris à interagir avec mon entourage, avec mes proches et avec le monde. J’ai toujours eu la sensation d’être finalement, un peu faible et vide de personnalité. Néanmoins, le mimétisme me permettait et me permet encore aujourd’hui, de mieux appartenir au monde, de mieux communiquer et de ne pas être totalement extérieur.

Ces différents questionnements ont sans doute retardé mon entrée dans la sexualité. Il y a des choses dont on ne m’a jamais parlé, qu’on ne m’a pas expliqué. Si les réseaux en tout genre et notamment ceux du numérique permettent aujourd’hui d’apprendre beaucoup de chose, la variété d’informations, qui m’a souvent semblé contradictoire ne me permettait pas d’avancer. J’ai toujours été étonné de voir comment les choses se déroulaient pour mes proches ami·es ou dans les films et séries télévisées. Si des codes me semblaient souvent communs, j’avais du mal à les voir se retranscrire dans ma réalité physique et quotidienne.

J’ai eu une première relation hétérosexuelle sur ce qu’on pourrait dire comme étant « le tard ». Ça m’a peu convaincue. Je me suis posé des questions sur mon orientation sexuelle sans jamais trouver de réponse convaincante ou définitive. Il y a toujours eu des dimensions des relations qui me plaisaient et me faisaient réellement du bien, et d’autres moins. J’ai cependant toujours eu l’impression que je devais faire ma part. Si la première personne que j’ai connue a été, ce que je considère comme « correct », mes dernières aventures se sont révélées différentes.

J’ai peut-être trop vite eu confiance en moi-même, en ma capacité à réagir ou à communiquer, j’ai laissé les choses advenir sans réelles émotions ou ressentis. Parfois, peut-être un peu de déception, chose qui a souvent communément fait partie de mon existence.

Il y a quelques semaines, j’ai passé une très bonne soirée avec un camarade de lutte. Nous avons finis par dormir et coucher ensemble. J’étais consentante. Je n’aime pas que l’on m’embrasse, mais je n’ai pas de problèmes particuliers (il me semble) avec d’autres dimensions de l’intimité partagé. Je n’ai pourtant jamais su où je pouvais poser mes limites. J’ai toujours ressenti un appel de la norme, et j’ai finalement souvent accepté qu’on m’embrasse sans que la sensation ne me plaise particulièrement. Je préfère ce qui se joue dans une dimension plus tactile, que je qualifierais de plus tendre, mais qui n’est peut-être pas la réalité. Pendant longtemps, j’ai refusé également tout pénétration orale, car je ne m’y sentais pas à l’aise, ça ne m’attirait pas particulièrement. J’essayais de jouer ma sexualité avec mes propres règles aussi étranges puissent-elles être perçues. Il me semble que ce premier camarade de lutte, a engendré un petit basculement dans l’histoire personnelle de ma sexualité. Alors que nous nous retrouvions dans l’intimité, ce dernier s’est mis à m’insulter ouvertement de « sale pute » et autres vocables du même registre, me demandant également de répéter que j’étais une « salope ». Un peu choquée du vocabulaire, je n’ai pas voulu rentrer dans son jeu, je lui ai dit que non, je ne dirais pas ça. Il m’a demandé à nouveau, je n’ai plus répondu et l’ai laissée m’insulter et être parfois un peu « brusque ». Notre intimité me décevait mais j’avais l’impression que c’était le « jeu ». Alors que j’avais ouvertement refusé la pénétration orale, plusieurs fois, fût un moment où il s’introduit, s’imposa, dans ma bouche à m’en couper la respiration. Je me souviens avoir eu la nausée et la sensation d’étouffer, de ne plus avoir pu bouger. Mes dents ont permis qu’il sorte rapidement car je ne pouvais pas même contrôler ma mâchoire. Nous avons continué cette soirée. Il a souvent mentionné mes fesses, jusqu’à me retourner pour me pénétrer à cet endroit alors que j’avais verbalisé le non. Je me souviens lui avoir dit que j’avais mal, plusieurs fois. Je me souviens de lui, avec son gel lubrifiant et ses doigts qui tentaient tant bien que mal de préparer son affaire alors que je tentais de le faire arrêter et de lui dire que je n’aimais pas. Son action s’est reproduite. Je me souviens l’avoir entendu dire qu’il aimait mes gémissements alors que j’essayais juste d’exprimer ma douleur. Je me suis dite, que j’avais mal compris les règles à nouveau, j’ai donc accepté de le revoir à deux reprises. Je me sentais presque reconnaissante qu’il accepte de mettre des capotes bien que j’ai dû lui rappeler systématiquement. Je ne savais pas vraiment si j’y trouvais mon compte, mais je me disais que j’étais de toute manière un peu bizarre. Puis je me souviens, de sa demande « Pourquoi tu ne veux pas me sucer, tu crois que c’est agréable de te lécher la chatte? » Je n’ai pas osé lui dire qu’aucune des deux situations ne me convenait vraiment et que j’avais tendance à mieux m’en sortir quand j’étais toute seule. J’ai fini par ne plus vouloir lui répondre, jusqu’à ce qu’il décide, lui, ironie de l’histoire, de me bloquer.

Je n’ai jamais eu vraiment de mal à parler de ces relations, de ces moments qui me posaient question. J’ai parfois du mal à saisir la limite de ce que l’on peut dire ou ne pas dire, de ce qui se discute ou ne se discute pas. Je peux ainsi parler très ouvertement de mes relations sexuelles, si le sujet vient sur la table, sans un brin d’émotions. Puisque certains témoignages m’ont manqué, j’essaie de parler de ces dimensions de nos existences, au moins avec mes proches ami·es.

Aujourd’hui, je me demande à nouveau ce que j’ai mal compris. Ce que je ne fais pas bien.

Hier soir j’ai accepté un ami à dormir chez moi comme nous nous étions récemment rapproché. Aux premières embrassades j’ai essayé de lui dire un peu bêtement que je n’aimais pas qu’on m’embrasse, j’ai rigolé (comme j’ai souvent l’habitude de faire quand je ne sais pas gérer une situation), puis caché mon visage. Ça ne m’a pas empêché de me blottir dans ses bras et de le laisser me toucher. Cet ami est aussi un camarade de lutte, c’est pour ça, notamment, que je m’étais autorisé à me laisser un peu plus aller. C’est quelqu’un que j’admire énormément, qui a toujours su se montrer prévenant et avec qui je me trouvais souvent raccord politiquement parlant. Lorsqu’il est venu dormir chez moi, je l’avais prévenu qu’un autre ami de passage serai là, dans la pièce à côté, sur le canapé. Je ne ferme pas les portes chez moi, car j’ai un chat qui aime se balader et qui sinon à tendance à s’acharner sur les portes fermées. Le soir, il a voulu donc que nous couchions ensemble, j’étais plus que fatiguée mais l’idée me plaisait plutôt. Néanmoins, me rendant vite compte que je tombais de fatigue, j’ai un peu stoppé nos affaires prématurément. Je me suis rhabillée et j’ai mis mes boule kies pour dormir. A un moment donné, il m’a semblé vaguement entendre une voix dans la nuit, je ne saurai dire à quel moment, je n’ai pas bougé, j’étais plutôt absente, je dormais plus ou moins. J’ai cru sentir ma culotte descendre mais je me suis dite que je rêvais puisque de toute façon je dormais sur le côté sans bouger. Puis je me souviens m’être réveillée, je n’ai pas voulu ouvrir les yeux, j’étais dans une sorte d’incompréhension paralysante. Je sentais son poids, et je le sentais en moi. J’ai senti mon corps le rejeter, et je me souviens le sentir insister avec ses mains, avec … J’ai finalement essayé de me remettre sur le côté sans succès. J’ai abandonné mon corps, mes membres et attendu que ça passe. Quand j’ai pu retrouver un peu de mouvement, je me suis mise sur le côté à nouveau, jambes pliées vers moi-même. Il a recommencé, je ne voulais pas réagir ou n’avait pas la force mentale de le faire. Je me suis dit que « c’était mon tour ». J’étais là sans être là, je n’ai rien voulu dire ou faire, je n’ai pas ouvert les yeux. Je me souviens le sentir remettre la couverture sur moi avant de se rendormir à mes côtés. J’ai pris soin d’attendre, ce qui m’a semblé une éternité avant de trouver le prétexte pour aller aux toilettes me rhabiller discrètement avant de me recoucher à ses côtés. Je ne crois pas m’être rendormi, je ne savais plus quoi faire, j’ai attendu le petit matin, les embrassades, le au-revoir, avant de m’octroyer une petite heure de sommeil.

Je ne déteste pas les garçons avec qui j’ai pu partager mon intimité. Je déteste nos modes de constructions sociales. Je déteste le fait qu’on ne puisse se sentir confortable à affirmer nos limites, que celles-ci soient peu entendues ou écoutées. Je déteste qu’une norme établisse nos façons de relationner. Je déteste devoir rappeler aux garçons de mettre une capote. Je déteste finalement, peut-être, les relations hétérosexuelles, au moins autant que je me déteste moi, de pouvoir être dans le même temps révoltée et complètement stoïque. Je me déteste car je peux raconter tout cela sans sourciller alors que j’exploserais de révolte si on me le racontait. Je déteste mon rire nerveux qui se dégage de ces moments autant que mon impassibilité à ces derniers événements. Je me déteste en étant capable de garder le sourire pour être certaine de ne pas trop déroger à la règle et aux normes qu’on m’a insidieusement inculquées. Je me déteste parce que je ne déteste pas ceux avec qui j’ai eu ces différents rapports. Je me déteste car je ne les confronterai sans doute pas. Je me déteste car je pourrais faire comme si de rien n’était si je me retrouvais à nouveau face à eux. Je me déteste parce que c’est finalement plus confortable.

https://www.youtube.com/watch?v=S-50iVx_yxU

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