La crise : vers la reprise ou vers l'effondrement économique ?

“Il devient toujours plus clair que le boom spectaculaire des marchés actions mondiaux depuis l’été dernier prenait en compte une reprise économique qui n’existe en fait pas. Le Fonds monétaire international a dû à nouveau revoir à la baisse ses prévisions de croissance mondiale. Nous sommes toujours pris au piège dans une dépression commerciale à l’ancienne, avec une surcapacité généralisée des unités de production et un taux d’épargne mondial record à 25% du PIB”. Ambrose Evans Pritchard, rédacteur d'affaires international du Daily Telegraph.

Alors que certains espèrent une reprise économique prochaine au vu de la bonne santé des indices boursiers, des statistiques économiques alarmistes semblent plaider en faveur d’un écart croissant entre l’économie des marchés financiers et l’économie réelle. D’un côté nous avons un Dow Jones qui est passé depuis le début de l’année d’environ 13500 points à 15100 points (il en va de même pour la plupart des indices boursiers des grandes places financières mondiales) et de l’autre nous avons des statistiques macroéconomiques de plus en plus problématiques notamment en Europe : augmentation croissante du chômage porté actuellement à 12%, déficit budgétaire record pour certains pays de la zone euro, croissance en berne, plan d’austérité semblant plonger indéfiniment les pays européens dans la crise. Certes des embellies ont été notées aux USA avec une baisse sensible du chômage et une économie plus compétitive semblant plaider en faveur d’une reprise, pourtant l’avenir économique est loin d’être radieux. L’économie états-unienne "se développe à un rythme inférieur à l’indicateur de “vitesse de décrochage” de la Fed elle-même, un demi-million de personnes sont sorties de la main-d’oeuvre en mars, les ventes de détail ont chuté le même mois, idem pour l’activité manufacturière". (Chronique Agora De la Chine aux Etats-Unis, les signes de dépression économique s’accumulent )

 Si la crise est devenue un prétexte pour les multinationales et grandes entreprises pour licencier à tour de bras, rogner les acquis sociaux et diminuer le coût du travail tout en engraissant les banques avec l’argent du contribuable - la diminution massive du coût du travail étant assortie d’une augmentation du capital dévolu aux actionnaires - il est évident que le système financier mondial est en proie à de grandes turbulences pour ne pas avoir su respecter ou mis suffisamment de freins à sa folie spéculative. Les Etats en choisissant de compenser les dettes colossales contractées par les banques se retrouvent grandement fragilisés. Certaines banques sont loin d’être sortie d’affaire. La nationalisation des pertes et la privatisation des gains voulus par la majorité des Etats capitalistes (hormis l’Islande) ont achevé de grevé les budgets nationaux et de peser lourdement sur les biens publics. Jusqu’ici ce système avait trouvé en apparence un équilibre précaire qui pouvait laisser présager que les politiques de rigueur permettraient de renflouer le navire et de l’emmener à bon port. Avec une dissymétrie évidente : planche à billets outre-atlantique et outre-manche et rigueur dans l'union européenne. Hors il semble que la crise soit encore plus profonde et que l’on ait perçu de sérieux tremblements dans les coulisses.

A présent, ce sont les politiques monétaires des banques centrales et du FMI qui sont mises en cause. Les places financières commencent de nouveau à douter. Cela a commencé par une spéculation sur les cours de l’or, métal susceptible de concurrencer le dollar dans le système monétaire international. La Fed aurait encouragé les fonds de pension à pousser les cours de l’or à la baisse créant un écart croissant entre l’or papier (en abondance) et l’or physique (en pénurie). Les cours de l’or ont chuté mais les réserves sur le marché ont considérablement diminué. Ainsi, le Hong Kong Mercantile Exchange a dû fermer ses portes pour pénurie : il n'était plus en mesure de livrer l'or physique correspondant aux commandes des clients asiatiques. L’ex sous-secrétaire du Trésor américain, Paul Craig, assure que les récentes interventions sur le marché de l’or réalisées par la Réserve Fédérale (Fed) sont un signal clair que quelque chose de grave est en train de se passer « derrière les coulisses ». (Zero Hedge $1 Billion of Gold Bars Taken Delivery Of By Pension Fund Due to Risk of COMEX Default and Shortages )
En clair ce mouvement baissier des métaux (or mais aussi argent) ne correspond pas à la réalité de la situation économique mondiale. Il semble que l’or — et les matières premières — ont été vendus parce que l’impression monétaire des banques centrales ne fonctionne plus…et que le monde s’enfonce plus encore dans une période de croissance lente et de dépression économique. Selon Bill Donner, l’or aura de nouveau son heure. (Chronique Agora De la Chine aux Etats-Unis, les signes de dépression économique s’accumulent ). D'autres considèrent qu'il s'agit d'une stratégie spéculative consistant en une opération conçue pour extorquer le plus d’or possible des ‘petits’ afin que les bullion banks -banques détentrices des lingots qu'elles n'ont plus puissent commencer à le recouvrir pour régler leur compte" Agora). En clair, la FED manipulerait les marché pour enrichir en priorité les brasseurs d’argent.

Plus généralement, c’est le système monétaire basé sur le dollar qui risque à terme de s’effondrer devant l’impuissance des stratégies politiques menées par la FED. En effet, la FED a dû continuer récemment à faire marcher la planche à billet à une ampleur jusqu’ici jamais atteinte, notamment en injectant plus de mille miliards de dollars dans le système bancaire international. Du jamais vu ! (Zero Hedge Thanks To QE Bernanke Has Injected Foreign Banks With Over $1 Trillion In Cash For First Time Ever ).
De même la Bank of Japan (à la demande de la Fed) avait dû faire de même en sortant sur le marché 1000 milliards de dollars. Soit sur les quinze derniers jours, plus de 2000 milliards de dollars de création de monnaie pour renflouer la finance et relancer l’économie, ce qui n’est pas sans contreparties inflationnistes sur les populations. « Helicopter Ben » alias Ben Bernanke, président de la banque centrale US Fed), avait annoncé il y a deux mois qu’il allait faire tourner la planche à billets pour redynamiser l’économie US mais l’on ne pensait pas que cela atteindrait de tels niveaux. Si les USA seront protégées à court terme par ces mesures alors que l’UE incapable de faire marcher la planche à billets sera la première touchée par ces mesures - l’UE étant devenue l’amortisseur des ajustements économiques états-uniens - il semble qu’à moyen terme ce système puisse avoir un impact plus négatif sur l’économie mondiale et en premier lieu aux USA. Jusqu’où peut-on faire marcher la planche à billets sans qu’il y ait de répercussions inflationnistes ? Jusqu’à quand l’UE pourra servir d’amortisseur ? Théoriquement, lorsque l'on créé plus de monnaie qu'il n'y a de bien produits, cela fait augmenter les prix. À terme, une telle politique peut conduire vers une dépression inflationniste (voire hyperinflationniste) et conduire au chaos monétaire. Jusqu’à quand la Fed pourra maintenir l’économie US sous perfusion sans effets délétères massifs sur sa propre économie ? Va-t-on vers un éclatement de la bulle financière ?

Des analystes financiers s’étonnent de plus en plus de la bonne santé des marchés malgré les signes évidents de dépression économique. La question reste de savoir si les méthodes utilisées par ces banques centrales et le FMI sont des remèdes à la crise financière ou bien de simples rustines en attendant le craquement du système.

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