Big Brother et le contrôle du web

Dans le contexte de crises multiformes : morales, politiques et économiques, nombreuses sont les "démocraties" qui ont décidé d'anticiper l'avenir en exerçant un contrôle accru sur les populations en surveillant libertés individuelles et collectives. Dans ce contexte, les nouvelles technologies (internet, les réseaux mobiles...) sont devenus les nouveaux médias à réguler et à surveiller pour éviter les futurs débordements, le terrorisme ou bien les contestations populaires. On l'a vu dans le cadre des printemps arabes ou des appels à manifestation, le net est devenu un outil de communication puissant qu'il devient urgent de contrôler.

Dès cet été, les écoutes autorisées par la justice vont être centralisées au sein de la plate-forme nationale des interceptions  © L'Express Dès cet été, les écoutes autorisées par la justice vont être centralisées au sein de la plate-forme nationale des interceptions © L'Express


  Des USA à la France, le contrôle du web est devenu un enjeu majeur pour les gouvernements.  Ainsi aux USA, la National Security Agency sous l'administration Obama a décidé d'entamer un gigantesque travail sous-terrain de collecte des données téléphoniques concernant des millions de citoyens US.
"The Obama administration is engaged in a secret and illegal dragnet to accumulate detailed phone records of tens and perhaps hundreds of millions of US residents in a program organized by the National Security Agency (NSA)." (WSWS 7 juin 2013 Obama administration collecting phone records of tens of millions of Americans ). La NSA,la CIA, le FBI ont désormais accès directement aux données collectées par Google, FaceBook, Apple, Yahoo, Microsoft ainsi que les géants US d'internet. Le programme secret de la NSA ferait parti d'un projet nommé PRISM selon The Guardian. Il permettrait au gouvernement de collecter le contenu des courriels, les fichiers téléchargés, des photos, le contenu des chats... (The Guardian 7 juin 2013NSA Prism program taps in to user data of Apple, Google and others ). Dans le Washington Post,le programme PRISM ne s'appliquerait qu'aux cibles étrangères pour éviter les cyberattacks et le cyberterrorisme (Washington Post 7 juin 2013 U.S., British intelligence mining data from nine U.S. Internet companies in broad secret program) mais l'opacité qui l'entoure laisse présager tous les excès possibles en matière d'atteinte aux libertés individuelles. Selon Glenn Greenwald , blogueur pour The Guardian, nous serions entrés dans l'ère de Big Brother et des "Etats de surveillance massive". 
 
Le gouvernement français ne serait pas en reste et compterait organiser la surveillance du réseau français via une société de défense nommée Thalès. (L'Express 7 juin 2013Internet, SMS : comment Thales va mettre les réseaux français sur écoute). Ce contrôle du web ne se ferait qu'après autorisation judiciaire. "La France va se doter d'un système centralisé d'interception des données téléphoniques et internet." On apprend que les futures oreilles de l'Etat ont été voulues par l'ancien président Sarkozy et avalisé par l'actuel en place. Conversations téléphoniques, SMS, MMS, Internet... dès cet été, l'ensemble des communications mises sur écoute passera par ces grandes oreilles de l'Etat. Les opérateurs privés ont déja signé : Orange, Bouygues, Free, SFR...Le projet de Big Brother à la française aurait pour objectif de "permettre de centraliser en un seul point plus de 5 millions de réquisitions judiciaires (liste des appels téléphoniques, identité d'un abonné derrière un numéro...) et près de 40 000 écoutes autorisées par les juges dans le cadre de leurs enquêtes." Selon l'Express ce système pourrait s'avérer très onéreux en dizaines de millions d'euros et de plus il comporterait de nombreux risque notamment  " sur la sécurité des données, appel d'offres biaisé, dépassement de budget, coûts cachés et conflits d'intérêts avec le groupe Thales, lui-même sous le coup de plusieurs enquêtes". Plus grave, selon L'Express, les prérogatives de l'Etat en matière de surveillance du web "sont désormais tombées entre les mains d'une société privée (même si "l'Etat est actionnaire")".

Retour vers 1984 ?

Sources :
- The Guardian 7 juin 2013NSA Prism program taps in to user data of Apple, Google and others
- Washington Post 7 juin 2013 U.S., British intelligence mining data from nine U.S. Internet companies in broad secret program
- WSWS 7 juin 2013 Obama administration collecting phone records of tens of millions of Americans
- L'Express 7 juin 2013Internet, SMS : comment Thales va mettre les réseaux français sur écoute

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