Depuis maintenant plus de 30 ans que le mouvement free party existe, la répression n’a fait que s’intensifier : saisie quasi systématique des événements, dispositifs de forces de l’ordre démesurés, criminalisation des participant.e.s par le système d’amendes, arrêtés préfectoraux généralisés dans la plupart des départements.
Cette répression tue les petits événements, ce qui a pour conséquence évidente de pousser les organisateurs à se rassembler dans des fêtes de plus en plus grandes pour continuer d’exprimer leur passion.
Notre colère augmente à mesure que nos libertés se réduisent. Ce teknival en est sa manifestation.
L’Aude, l’Hérault, l’Aveyron étaient des cibles privilégiées de par leur politique empêchant jusqu’au simple transport du matériel de sonorisation tout au long de l’année. Ces préfectures comme d’autres en France se substituent au cadre de la loi en établissant une législation propre à leur territoire.
L’actualité récente et les nombreux incendies ravageurs nous ont poussé, à mettre de côté nos revendications et à se déplacer dans un département qui se trouvait en zone verte incendie.
La préfecture a mis en place un dispositif de forces de l’ordre défiant toute logique, pensant empêcher 10 000 festivalier.e.s venus de plusieurs pays d’Europe de rejoindre la fête : blocage des principaux chemins d’accès, utilisation de gaz lacrymogène et de grenades désencerclantes, tirs de LBD. Comme pour les manifestations en ville, les forces de l’ordre impriment les corps et les esprits afin d’effrayer et de décourager à long terme les teknivalier.e.s. Le dispositif poreux a laissé entrer presque toutes et tous les participant.e.s au site de la fête.
Nous insistons sur “presque toutes et tous”, car une personne manque à l’appel.
Cette politique de blocage des accès a fini par tuer une personne. L’avertissement avait été donné depuis des années sur le terrain, ou lors de réunions avec les ministères (les COPIL), de la dangerosité de cette pratique. A chaque fête les forces de l’ordre bloquent la plupart des accès, poussant le public à prendre tous les risques pour accéder au site de la fête : traverser des autoroutes à pied, des cours d’eau en pleine nuit, emprunter des chemins d’accès dangereux, etc.
Cela empêche également les personnes d’apporter sur site de l’eau et de la nourriture en quantité suffisante, importune les riverain.e.s car de nombreux véhicules sont garés dans les villages alentours, empêche une surveillance de toute la zone festive par les associations de Réduction des Risques et de lutte contre les VSSG.
Loin des arguments de sécurité et d’ordre public avancés par les préfectures, ces pratiques sont en réalité totalement contre productives.
Nous adressons nos condoléances à la famille et aux proches de la jeune victime, ainsi que notre soutien à l’autre personne qui a été blessée lors du même accident.
Mais la violence déployée n’était pas terminée. Dans la nuit de lundi 14 à mardi 15 juillet, alors qu’une file de véhicules tentait de sortir du site, cette dernière a été prise en embuscade sur un pont par un lourd dispositif policier. Sans sommation, les forces de l’ordre ont ouvert le feu. Le camion en tête a été ciblé : vitres brisées, gaz dans la cabine alors qu’un chien était piégé à l’intérieur. Les gendarmes sont sans matricules, caméra éteinte.
Les conducteurices, sous pression, se dispersent. Sur un chemin isolé, un véhicule aménagé s’est retrouvé seul, poursuivi par les gendarmes. Les vitres ont été fracassées, l’aménagement intérieur méthodiquement détruit. Le conducteur a été extirpé violemment, menotté et frappé.
Plus loin, à l’arrière, les véhicules et leurs occupant.e.s bloqué.e.s ont subi le même sort.
Un passager souffrant d’asthme a été laissé en détresse respiratoire, alors que les agents sur place disposaient de moyens de secours à portée.
Certaines femmes ont été fouillées de manière humiliante hors de tout cadre légal. Des personnes sont tenues en joue par des armes a feu. Un canon est pressé contre une tempe.
Les forces de l’ordre semblaient prendre plaisir à user de la violence, à faire souffrir et humilier des personnes qui n’opposaient aucune résistance ou essayaient de fuir.
Nous gardons à l’esprit Steve Maia Caniço mort le soir de la fête de la musique dans une charge policière, le teknival de Redon où une personne avait eu la main arrachée par une grenade de la gendarmerie, ainsi que tous les évènements de l’année passée qui ont subi un déchainement de violence inexplicable, considérant la nature de nos rassemblements.
Car ne l’oublions pas : nous sommes avant tout là pour faire la fête, s’amuser, écouter de la musique et danser, dans un cadre autogéré, où la bienveillance, l’entraide et le partage priment entre toutes les personnes présentes.
Les politiques répressives et discriminatoires envers les évènements techno doivent cesser.
Longue vie aux free parties et à la fête libre !
Les organisateur.ices du Teksud Volution