Le marché de l'emploi du PS Havrais...

C'est la crise, tout le monde connait la situation de l'emploi et le chômage vient encore d'augmenter, il atteint 12% au Havre. Tout le monde? Non, il existe un village d’irréductibles barons qui promet une carrière sereine, une sécurité de l’emploi et une rente de situation, il s’agit du  Parti Socialiste Havrais.

 Lors des dernières Municipales du Havre et du feuilleton à rebondissements des Primaires nous avions découvert, avec un certain nombre d'amis, la situation étonnante de ce petit monde. A l'époque le secrétaire de section, Matthieu Brasse, fait campagne pour Laurent Logiou, candidat historique (et souvent « malheureux ») soutenu par la toute nouvelle députée Catherine Troallic. Dans une ambiance délétère où les nouveaux adhérents du PS, intéressés par la Primaire Ouverte, se voient écartés, méprisés, injuriés parfois, les « anciens » font bloc contre le candidat qui ose affronter Laurent Logiou.

 Il m'a fallu du temps pour comprendre qu’en réalité les Primaires venaient bousculer une petite entreprise bien rôdée et que les cadres locaux n’avaient que faire des enjeux électoraux, des résultats (défaite après défaite) tant que leurs positions étaient assurées dans l’appareil, et leurs intérêts préservés. Quant à nous, nous étions des militants bénévoles, volontaristes mais trop naïfs. Par conviction, nous voulions bousculer la mairie sortante UMP, nous avons même, parfois, rêvé de gagner.

 Au départ, nous avons pensé divergences idéologiques, nous avons imaginé que le Parti résistait contre la Société Civile, que nous mettions en avant, ou contre la rénovation du Parti qui nous animait. Bref, nous nous sommes beaucoup interrogés face à ces réactions excessives, ce repli mortifère, cette lutte incessante où les débats d’idées n’avaient pas leur place, où les contenus n’étaient jamais l’enjeu, contrairement à la place de certains militants sur la liste.

 Nous avons été choqués par l’inégalité de traitement entre les deux candidats. Le candidat Laurent Logiou, également vice-président de la région Haute Normandie, président du groupe PS dans cette même collectivité, avait à son service Matthieu Brasse (secrétaire de section avec les moyens dont il disposait à ce titre, mais aussi permanent du groupe PS de la CREA, l'agglomération rouennaise, après avoir été permanent de la région, collectivité qu'il retrouvera bien vite les élections municipales passées) ainsi que deux autres militants havrais, toujours rémunérés par le Groupe. Ces trois personnes étaient très disponibles et faisaient campagne, tous les jours, pour un candidat à la Primaire. Dans une impunité totale, postant sur les réseaux sociaux, leurs preuves de travail accompli jour après jour. Visiblement donc ces trois employés disposaient d’un statut particulier qui leur permettaient de ne pas effectuer des tâches pour lesquels ils étaient censés être payés puisqu’on ne voyait pas bien en quoi la candidature de Laurent Logiou, au Havre, aidait en quoi que ce soit l’activité du groupe des élus socialistes à la région Haute-Normandie.

 Nous avons naturellement alerté les présidents des collectivités, sans que rien ne bouge, le premier fédéral de Seine Maritime, Christophe Bouillon, qui bien qu’ému, n’a pu trouver de solution à notre problème d’égalité de traitement, allant jusqu’à nous assurer que les attachés de groupe étaient en théorie tous en congés durant des semaines de campagne (ça fait rêver non ?). Nous avons alors menacé d’attirer la vigilance de la Haute Autorité missionnée à l’époque par Solférino, menace peu dissuasive puisque cette haute instance était affairée à traquer les moindres faits et gestes des marseillais. Une instance fédérale a donc été créée dans la précipitation, avec à sa tête un avocat indépendant, une personnalité incontestable de neutralité…il deviendra quelques mois plus tard directeur de cabinet du président du département de Seine Maritime.

 Nous avons demandé que les élus  du département, de la région, restent neutres durant la campagne des Primaires, nous en avons eu l’assurance. Cela n’a pas empêché Catherine Troallic, nouvelle députée du Havre de prendre fait et cause, de publier soutien et consigne de vote à l’endroit de Laurent Logiou. Catherine Troallic qui bénéficiait avant son élection d'un emploi à la Maison du Département, sans responsabilités particulières, du temps de la Présidence exercée par Didier Marie. C'était d'ailleurs aussi le cas d’Aurélie Hoyez, la compagne de Laurent Logiou qui deviendra dès 2012 attachée parlementaire de...la député Catherine Troallic. Laurent Logiou, quant à lui, en plus de son mandat de vice président de la région est directeur de l’IDS de Canteleu, organisme chargé de la formation des travailleurs sociaux, un centre de formation sous responsabilité régionale et donc de son président Alain le Vern. Quelle belle famille politique…

 Ces cadres du parti socialiste havrais sont ainsi rémunérés, employés par des groupes politiques, des agences, des collectivités dirigées par Alain le Vern alors président de la région,  et Didier Marie, président du département à l’époque, tout cela sous le regard bienveillant de Christophe Bouillon, premier fédéral. Il s’agit en réalité, d’une construction de contrats « aidés » (comprenez « aidant à la carrière ») d’individus placés à la tête d'une section de la première ville, en nombre d'habitants, de la Seine-Maritime. Il s'agissait bien d'un système élaboré, qui ne dit pas son nom, et ce système  lutte pour sa survie.

  Lorsque les élections sénatoriales de septembre dernier se sont profilées, la question des grands électeurs, ceux qui ont le droit de voter pour ces élections, s'est posée. Et une liste de grands électeurs concoctée par la « famille » socialiste Havraise a été proposée aux membres du groupe municipal « la Mairie pour tous ». On retrouvait dans cette liste encore et toujours : le secrétaire de section mais aussi sa femme, ainsi que la compagne de Laurent Logiou bien entendu, sans oublier l'assistant parlementaire de Catherine Troallic et le tout sans qu'aucune discussion ne soit possible avec les élus socialistes de l’opposition municipale, qu’elle est belle la démocratie du PS Havrais !Il est vrai que l’enjeu était de taille, Didier Marie allait être tête de liste aux Sénatoriales, le contexte national et local étaient difficiles pour lui et il fallait faire le plein de voix : c'est à dire s'assurer de la loyauté absolue de celles et ceux qui allaient voter pour conserver les 2 sièges de sénateurs au PS. Un enjeu d’autant plus grand que la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique publiait en juillet sur son site la déclaration d'intérêts de Didier Marie(1). Ce fût un choc. Président du Conseil général entre autres, Didier Marie percevait d’une association du Parti socialiste de Seine-Maritime une rémunération de 3.200€ par mois, en supplément de son indemnité de Président, et ce pour un contrat de seulement 14 heures par semaine ! Les adhérents socialistes de Seine-Maritime apprécieront…

 La PME havraise devenait une filiale de  la grande entreprise seino-marine. Je comprenais mieux alors l’ardeur des soutiens à la famille socialiste havraise..

Il est apparu un système opaque, organisé, gérant des carrières et des salaires, ayant pour fonction de permettre à des individus, sélectionnés selon certains critères, d'exercer une activité politique à plein temps sans aucune autre obligation que celle de la dette, jouant sans doute à un moment ou à un autre, dans un jeu de pouvoir et d’alliances au sein du Parti. Parce qu'on ne peut pas dire qu'un tel système au Havre ait été particulièrement efficace en termes de résultats politiques (13% aux Municipales de 2008, législatives perdues par Laurent Logiou en pleine vague rose de 2012, et 10% aux dernières européennes).

 Aujourd’hui mes camarades de la liste municipale « La Mairie Pour Tous » qui ont quitté le Parti Socialiste, l’ont fait pour des raisons idéologiques mais également en raison d’un rejet total des pratiques de ces barons locaux. Nous nous étions engagés pour des idées, nous, militants bénévoles qui jonglions avec nos contraintes professionnelles et familiales pour faire campagne, bien normalement en somme !

 Pour beaucoup aujourd’hui à Nouvelle Donne, parce que l’idée de faire de la « politique autrement » continue de les animer,  que les longs mois de campagne sont autant de rencontres avec les havrais et qu’ils continuent de croire que l’engagement politique est utile malgré ce qu’ils ont pu voir au sein du PS local et qui aurait pu les dégouter définitivement de la politique. Pour d’autres, simplement redevenus ce qu’ils regrettaient d’avoir quitté: des militants de Gauche de la société civile, responsables associatifs. La petite entreprise socialiste havraise devrait se réjouir : nous leur avons laissé le Parti dans l’état dans lequel nous l’avions trouvé. Néanmoins, ils s’inquiètent, ils s’agitent, et s’époumonent, prêtant aux uns et aux autres de vagues ambitions politiques. Mais ils devraient comprendre que ceux qui ont « quitté le navire PS » ne souhaitaient tout naturellement plus cautionner cette façon de faire de la politique que tant de Havrais rejettent en s’abstenant massivement aux dernières élections. Par ailleurs, c'est un écran de fumée pour cacher la véritable nature de leur crainte : la transparence sur leurs pratiques, sur leur système fondé sur des intérêts réciproques bien loin des intérêts des havrais.

 Il n'y a ni hasard, ni improvisation, tout cela est coordonné avec anticipation et dirigé, sans que la plupart des militants socialistes eux-mêmes, j'en suis convaincu, j'en ai fait partie, ne sachent exactement ce qui se passe, et ce que l'on commet en leur nom. J’ai pour ces militants du respect, parfois de l’amitié, je leur demande d’ouvrir les yeux. Camarades, vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas !

Vous pouvez sincèrement espérer changer les choses de l’intérieur mais le système est suffisamment gangréné pour que vos efforts soient vains. Nous construisons ailleurs et autrement une alternative, de Gauche, Citoyenne,  où l’action militante est un engagement dénué d’intérêts et où la démocratie a toute sa place. Cela change tout, je vous l’assure.

 Il n’est pas trop tard pour Reprendre la Main !

 

Sami FOUADH

 

(1)   Source : http://www.76actu.fr/document-argent-ce-que-declarent-les-elus-de-seine-maritime_86386/

 

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