Halte au permis de violer !

L’utilisation systématique de l’échographie endovaginale n’a fait que remplacer le toucher vaginal systématique enseigné dans toutes les écoles d’obstétrique françaises pendant des années et actuellement abandonné car considéré comme de la mauvaise médecine par la littérature scientifique anglo-saxonne.

Dès mes premières années en situation de responsabilité (chef de clinique), j’étais gêné par cet examen que je devais pratiquer chez toutes patientes dans le cadre de leur suivi obstétrical mensuel pour le dépistage du risque d’accouchement prématuré, ce d’autant que les anglo-saxons avaient le même taux de prématurité sans jamais pratiquer cet examen qui étaient réservé aux sages-femmes pendant la parturition.

J’ai donc décidé en arrivant à Périgueux en 1998 de ne plus pratiquer cet examen tout en expliquant mes motivations et de proposer une échographie endovaginale en cas d’inquiétude pour mesurer la longueur cervicale, qui si supérieure à 25 mm, est associée à un risque d’accouchement prématuré quasi-nul. Etonnant le souhait de changer de praticien exprimé par certaines patientes au motif que je n’étais pas un bon professionnel… rapidement remplacé par des patientes qui sont venues, entre autres, pour cette raison ! J’ai bien sûr essuyé de nombreuses remarques plus ou moins ironiques de mes collègues, mais l’absence d’évènements indésirables liés à ma pratique spécifique a confirmé mes choix qui ont depuis été validés scientifiquement au niveau national.

Ces constatations ont induit un changement de pratiques chez les obstétricien.nes qui font moins de touchers vaginaux, mais l’ont remplacé par de plus en plus d’échographies endovaginales systématiques (toujours pour la prévention de la prématurité).

Depuis, dans mon service comme ailleurs, l’échographie pour raisons gynéco-obstétricales, qui se pratique essentiellement par voie abdominale est complété presque systématiquement par le même examen par voie endovaginale. Le chef de service, ainsi que la quasi-totalité de ses collègues, exigeaient des internes, lors de consultations d’urgence, qu’iels pratiquent cet examen avant qu’iels (les séniors) viennent (ou pas) pour confirmer le diagnostic, et en cas de déplacement pour pratiquer une nouvelle fois cet examen intrusif, sans demander l’autorisation de la patiente. Certain.es internes, dont une majorité de femmes, ont participé à mon dénigrement car j’avais exigé pendant mes permanences de soins, qu’aucune échographie endovaginale ne soit pratiquée en dehors de ma présence et après avoir demandé le consentement de la patiente qui n’est jamais implicite.

J'ai assisté il y a 2 ans, lors d'un congrès d'obstétrique, à une intervention hallucinante. Était abordé le problème des violences gynécologiques et obstétricales, et une psychiatre expliquait que les gynécologues ont été formé à pratiquer des touchers vaginaux mais que les patientes étaient mécontentes car on ne leur avait pas demandé leur avis...J'ai levé la main et demandé à l'assemblée comment s'appelait une pénétration non consentie...

C’est un viol !

Cette médecine de domination est issue du patriarcat, et comme les viols en temps de guerre, l’examen vaginal systématique, que ce soit avec des doigts ou une sonde d’échographie, permet de contrôler aisément la moitié (la deuxième bien sûr) de la population.

Halte au permis de violer !

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