Rencontres de Gaza : La Café de Barri avec Samer Qatta

Pour cette première, de la série « Rencontres avec Gaza », mise en lumière sur Samer qui nous a livré il y a quelques jours, un regard nostalgique sur « Le Café de Barri », cet endroit qui pour beaucoup pourrait sembler banal, est bien plus qu’un café pour Samer Qatta et d’autres gazaouis.

« Rencontres avec Gaza »

Gaza continue de souffrir à la vue de tous, pourtant ni le silence de la communauté internationale ni les violations quotidiennes de leurs droits ne les découragent.La résilience est de mise et ils en demeurent les maîtres.

Le gazaoui, c’est ce résistant face à l’oppression sous toutes ces formes, force de création et d’imagination, le palestinien n’est jamais à cours d’inspiration.

Car le sentiment d’impuissance face à leur dure réalité ne doit pas être une fatalité, car toute mise en lumière ne peut que servir leur cause j’ai fait ce choix, certes  facile mais sans frontières, que celui d’écrire sur eux, car oui, les gazaouis m’inspirent profondément.

 J’ai donc choisi de vous  livrer une série « Rencontres avec Gaza » des portraits, des récits, des  présentations d’œuvres  et bien plus encore je l’espère.

 

A la rencontre de Samer Qatta et le Café Barri

Samer Qatta est un  jeune cinéaste de la ville de Gaza,il a notamment réalisé le film-documentaire en 2017 « Fishless Sea » pour mettre un coup de projecteur sur les pêcheurs de Gaza , il a également contribué à la production en 2010 du film palestinien  de Raed Andoni « Fix me ».

Samer nous a  livré il y a quelques jours, un regard nostalgique sur Le Café de Barri, cet endroit qui  pour beaucoup pourrait sembler banal, est bien plus qu’un café pour Samer Qatta et d’autres gazaouis.

Je lui ai posé pour vous, quelques questions avant de vous partager son texte (traduit de l’arabe).

-Pour quelles raisons avez-vous décidé d’écrire un hommage sur ce café de Gaza ?

Barri, était mon meilleur endroit pour écrire et rencontrer des amis car il se situait au centre de Gaza, il était proche de tout le monde,  j'avais des souvenirs dans cet endroit depuis que je suis enfant.

-Qui est ce Mr Barri ?   

 C’était un homme simple, drôle et génial dans le café, un serveur, cet endroit appartenait à quatre frères, mais ils ont dû le fermer car ils ne parvenaient pas à en vivre, la plupart des clients ont quitté le pays et les autres ne pouvaient plus s’y rendre à cause de la situation critique à Gaza.

-Quel est votre meilleur souvenir dans ce café ?

J’en ai plusieurs, si je pouvais me remémorer tous les souvenirs de cet endroit, j’en écrirai un livre ! J’en cite d’ailleurs un dans mon texte, celui de la découverte du café.

-Barri, est également une autre personne,n’est-ce pas ?

Oui, Barri est  un personnage du roman Lumière Bleue de l’écrivain palestinien Husseîn Al Barghouti, un vieil homme turque  vivant aux États-Unis qui n'avait pas de maison et avait un style de vie similaire à notre Barri de Gaza. Tout le monde avait donc  fini par appeler ce café, le « Café de Barri ».

 

Le Café de Barri par Samer Qatta(traduit de l’arabe)

 

Les lieux meurent avec la mort de ceux qui y travaillent.

Le café d'El Karawan, est le plus ancien de Gaza, il a gardé son style pendant plus de 50 ans, avec  ses tables en fer forgé, ses chaises en bois non confortables qui ont terni avec le temps et qui n'ont jamais été changées depuis l'ouverture.

Les habitués de ce café se connaissent tous très bien, se sont des groupes de personnes de genre différents. On trouve à l'intérieur toutes les classes sociales. Le médecin à côté du musicien à côté d'un officier…

Et il y a aussi un groupe de diplômés qui n'ont pas eu d'opportunité de travail depuis leur obtention de diplôme à cause des mauvaises conditions de vie à Gaza.

Et il y a aussi ces personnes assidues, des habitués  qui viennent tôt le matin jusqu'à ce que Barri commence à nettoyer le sol à la fin de la journée, ponctué par un : "Allons-nous en les gars" , ils boivent un verre de thé bien fort qui ne dépasse pas les 4 dollars et  jouent aux cartes tout en criant.

Barri a travaillé dans ce café pendant plus de 20 ans. Il deviendra très populaire grâce à sa simplicité et sa noblesse de cœur.

Le Café se faisait appeler par les clients « Le café de Barri » alors qu'il n'était qu'un simple travailleur.

Je l'ai connu pour la première fois, j'étais en primaire, je n'étais pas allé à l'école par crainte de la réaction de mon professeur de maths car je n'avais pas fait mon devoir. Un ami m’a emmené à ce café pour ses prix très abordables. Barri est venu prendre notre commande en rigolant puis il nous dit : " Vous avez séché les cours ! ".

Il demandait à ses amis fumeurs de lui donner des ciseaux, ils ont fini par prendre l'habitude de lui ramener des cigarettes avant même qu'il ne leur demande.

Barri rêvait comme tous les habitants d'une vie meilleure, que les circonstances s'améliorent et que le pays se libère, mais chaque nouvelle année leur apportait des déceptions sur ce simple rêve de pouvoir vivre en toute dignité.

Je ne sais pas pourquoi, il se faisait appeler  Barri mais c'était le surnom que tout le monde lui connaissait.Je ne sais pas si la personne lui ayant donné ce surnom a été touché par « Barri », le personnage  du roman de Hussaïn Al Barghouti,  La Lumière Bleue, en tout cas il y a une énorme ressemblance dans leur personnalité, l’austérité et  ce détachement de la vie quotidienne. 

L'année 2020 était la pire année pour les habitant de Gaza. Les propriétaires des cafés ne pouvaient plus continuer par manque de clientèle.
Barri a quitté le café et s'est dirigé vers l'inconnu comme la majorité des habitants de Gaza.

Barri est décédé au même moment où le propriétaire du café a décidé de fermer. Le café de Barri s’en est allé, reste tous ces souvenirs et détails. Comme si les lieux mourraient en même temps que ceux qui les faisaient vivre.

 

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