Carnet de confinent - Jour 31 : Plus fort que les enfants qui racontent les guerres

Répéter qu'il nous faut regarder et écouter, constamment, n'est pas vain - "Au delà de ces mains ouvertes ou fermées - Qui se tendent en vain ou qui sont poing levé" - Jacques Brel.

Jour 31 : trente et un, ce "un" se sent bien seul, il ne le restera pas longtemps. Les jours filent filent filent, enfilade de matins, d'heures et de petites joies toutes simples. Une pluie franche et soudaine est venue perturber cette immobilité générale. Dehors, nous avons regardé ce qu'il y a de beau, mais nous n'oublierons pas d'écouter la colère des hommes qui ont peur.

"Derrière la saleté s'étalant devant nous
Derrière les yeux plissés et les visages mous
Au delà de ces mains ouvertes ou fermées
Qui se tendent en vain ou qui sont poing levé
Plus loin que les frontières qui sont de barbelés
Plus loin que la misère il nous faut regarder

Il nous faut regarder ce qu'il y a de beau
Le ciel gris ou bleuté, les filles au bord de l'eau
L'ami qu'on sait fidèle, le soleil de demain
Le vol d'une hirondelle, le bateau qui revient
L'ami qu'on sait fidèle, le soleil de demain
Le vol d'une hirondelle, le bateau qui revient

Par delà le concert des sanglots et des pleurs
Et des cris de colère des hommes qui ont peur
Par delà le vacarme des rues et des chantiers
Des sirènes d'alarme, des jurons de charretier
Plus fort que les enfants qui racontent les guerres
Et plus fort que les grands qui nous les ont fait faire

Il nous faut écouter l'oiseau au fond des bois
Le murmure de l'été le sang qui monte en soi
La berceuse des mères, la prière enfants
Et le bruit de la terre qui s'endort doucement
La berceuse des mères, la prière des enfants
Et le bruit de la terre qui s'endort doucement

Il nous faut écouter

Il nous faut regarder"

Jacques Brel

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