L’autre soir, j’avais le moral dans les chaussettes. Trop de choses accumulées ces derniers temps se sont transformées en une belle déprime. Il devait être autour de 22 h30, j’ai décidé de sortir prendre l’air.
À un croisement, je suis tombé sur un sans-abri assis sur une chaise que venait de lui apporter le 115. Je me suis arrêté et nous avons discuté là un moment. Drôle de tableau : lui, d’un côté, me racontant son parcours terrible (trente années de galère, son fils qu’il ne voit plus,…) et moi de l’autre, parvenant mal à masquer mon spleen. Après avoir évoqué son histoire, il m'a dit : « et toi ? ça n’a pas l’air d’aller fort, je le vois sur ton visage… ». Je lui ai avoué que je n’avais pas trop le moral... « Attends, je vais te faire marrer » m'a-t-il lancé, puis il m’a raconté une anecdote. Un jour, alors qu’il dormait sur un banc, on lui a volé ses chaussures. Se retrouvant pieds nus au petit matin, il est passé dans un magasin où on lui en a donné une paire, mais avec deux chaussures gauche. Nous avons ri... Il m’a expliqué comment tout le monde, dans le quartier, l'a chambré pendant un moment suite à cela. Cette péripétie lui a valu le surnom de Brandao (attaquant de l’OM dont la maladresse fait dire aux mauvaises langues qu'il est doté de deux pieds gauche).
Depuis cela, quand j'ai un coup de moins bien, je repense à « Brandao », à sa force et son courage. Les leçons de vie se cachent parfois sur un bout de trottoir, là où on ne les attend pas forcément...