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Le Club de Mediapart lun. 26 sept. 2016 26/9/2016 Édition de la mi-journée

Attention, billet périmé ! Du temps où je croyais à la lutte des classes.

Au départ, je pensais écrire quelque chose en rapport avec le triomphe, au Royaume-Uni, de la stratégie de stigmatisation des pauvres. Un phénomène qui me semblait illustrer parfaitement la phrase de l’homme d’affaires Warren Buffet : « la lutte des classes existe, et c'est la mienne, celle des riches, qui la mène et qui est en train de la gagner. » 

Au départ, je pensais écrire quelque chose en rapport avec le triomphe, au Royaume-Uni, de la stratégie de stigmatisation des pauvres. Un phénomène qui me semblait illustrer parfaitement la phrase de l’homme d’affaires Warren Buffet : « la lutte des classes existe, et c'est la mienne, celle des riches, qui la mène et qui est en train de la gagner. »

 © Faujour © Faujour
 

Un article effarant de Rue 89 m’apprenait qu’en janvier 2012, d’après une étude, près de 3/4 des Britanniques plébiscitaient une réduction des allocations versées aux sans-emplois. Plus de 3/5 estimaient que celles-ci avaient créé une « culture de la dépendance ». Bref, du pain béni pour les conservateurs au pouvoir qui multiplient depuis quelques temps les propositions de lois plus régressives les unes que les autres.

On se souvient qu’en 2011 avait été lancée outre-Manche une expérience très innovante : imposer un travail obligatoire à ceux qui souhaitaient conserver leurs allocations de recherche d’emploi (un job payé 65 euros par semaine, et pouvant durer jusqu’à 30 heures hebdomadaires pendant un mois). Ce n’était qu’un début. Face à la crise, il faut faire preuve d’imagination et le gouvernement britannique n’en manque pas. Ainsi, dans un pays où plus d’1/3 des sans abris auraient entre 16 et 24 ans (d’après l’organisme caritatif Crisis), il propose maintenant de supprimer les allocations au logement des moins de 25 ans. Le ministre des Finances explique cela par le fait qu'il juge anormal que « des jeunes puissent aller directement de l’école à une vie d’allocations au logement, sans d’abord trouver un travail ». Et, comme rien n’arrête ce gouvernement, il s’est fendu d’une dernière proposition (en date) : imposer aux « familles à problème » une carte avec laquelle les bénéficiaires ne pourraient acheter que des « biens prioritaires » (essence, nourriture, vêtements, soins médicaux,…) afin d’éviter que cet argent ne soit dépensé dans l’alcool, la drogue, etc. Cette carte permettrait aussi de s’assurer que les bénéficiaires en surpoids aillent faire du sport, activité qui serait rendue obligatoire pour les miséreux coupables d’obésité.

Au départ donc, je pensais écrire là-dessus et sur l’angoisse que cela provoquait en moi. Comment diable pouvait-on oublier son histoire et tomber aussi bas ?

Me revenait en mémoire un cours donné à une classe de seconde, durant l’entre deux tour de la dernière présidentielle. Alors que nous débattions de la campagne en cours, les élèves les plus intéressés, dynamiques et joyeusement bruyants formaient un petit groupe acquis – à ma grande surprise - à la cause de Sarkozy. Leur argument massue contre Hollande, répété à plusieurs reprises avec une moue méprisante, était qu’il représentait « l’assistanat ». Je me remémorais aussi cette fois où, avec une autre classe de seconde, fut abordée la question foncière en Amérique latine. Alors que j’évoquais les inégalités d’accès à la terre dans certaines régions, et la nécessité de réformes agraires permettant une redistribution plus équitable (au besoin, par une forme de réquisition), un élève avait levé la main pour m’interpeller : « mais, Monsieur, c’est injuste pour les riches ! » Je me souvenais enfin de la fois où un élève de première ES à qui je demandais s’il connaissait la signification du terme « État Providence » m’avait répondu, hésitant : « euh, c’est pas quand l’État assiste les gens ? » Et où je m’étais inquiété, dans le contexte d’alors, de l’utilisation du verbe « assister » plutôt que « protéger » ou « sécuriser » par exemple. Des mots prononcés par des enfants de bonne famille, presque tous très bons élèves.

Je pensais écrire sur tout ça. Essayer tant bien que mal de faire le lien entre l’exemple britannique et mes expériences personnelles pour montrer à quel point la solidarité, la cohésion nationale et les droits sociaux les plus élémentaires étaient précaires. Mais tout ça, désormais, c’est du passé. Mes angoisses ont brusquement disparu depuis lundi et l’intervention télévisée de notre ministre du Budget qui m’a permis d’ouvrir les yeux. La lutte des classes n’est plus (elle n’a d’ailleurs jamais été selon lui), alors à quoi bon s’inquiéter de tout cela ?

J’abandonne donc ce billet périmé, non sans avoir chaleureusement remercié M. Cahuzac. Depuis lundi, j’ai le cœur léger et je dors sur mes deux oreilles…

 

L'article de Rue 89 est ici : http://www.rue89.com/rue89-eco/2013/01/08/grande-bretagne-travail-loeil-et-sport-regulier-pour-garder-ses-allocs-238383

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Tous les commentaires

La lutte déclasse
http://www.lejournaldepersonne.com/2013/01/la-lutte-declasse/

Il a cru bon et utile de nous dire qu'il ne croit pas à la lutte des classes.
Il n'y croit pas... il n'y a jamais cru... à la lutte des classes... à la lutte de tous contre tous... à la lutte de quelques uns contre quelques autres...
à la lutte entre elle et lui.

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