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Billet de blog 22 févr. 2015

L'an 01 de la démocratie participative à Saillans.

Un an après les élections, « le village où tout le monde est élu » poursuit sa révolution. Des membres de l’équipe municipale de Saillans proposent ici et là un bilan d’étape où ils exposent leurs méthodes et évoquent les réussites et difficultés qu’ils rencontrent. Passionnant !

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 « Le village où tout le monde est élu fait sa révolution. » Il y a près d’un an, le magazine du Monde évoquait les bouleversements à l’œuvre dans un village drômois de 1 200 habitants, Saillans. Une liste collégiale venait d’y remporter les élections municipales sur la base d’un projet de démocratie participative qui promettait de mettre fin à la traditionnelle structure pyramidale coiffée par l’ancien maire.

À l'origine du projet, un constat simple avait été fait par une partie des habitants : ils en avaient assez d’une gestion municipale obscurantiste où les projets « tombaient du ciel » sans concertation ni transparence (implantation d’un supermarché à la sortie du village, abattage d’arbres centenaires, etc). Des objectifs ont donc été clairement définis au préalable pour mettre en œuvre une « gouvernance alternative » : transparence, collégialité et participation des habitants (le projet a lui-même été co-construit avec les habitants volontaires).

À l’époque, les médias s’en étaient assez largement fait échos, évoquant ces « 1 199 habitants élus au premier tour », des « habitants au pouvoir » ou une « révolution participative. » Qu’en est-il un an après ? Les membres de l’équipe municipale ont proposé récemment (voire ici et ) un bilan d’étape où ils présentent leurs outils, leurs méthodes, et témoignent des réussites et difficultés qu’ils rencontrent.

Le premier constat qui vient à l’esprit lorsqu’on les écoute est que l’on est loin du portrait de marginaux ou de doux rêveurs incompétents dessiné par certains de leurs opposants. La question des outils et des méthodes pour rendre efficace et possible leur projet semble avoir été largement réfléchie et travaillée en amont. Et leurs explications sont riches en enseignements…

Collégialité dans la prise de décisions.

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La « gouvernance alternative » mise en œuvre depuis un an à Saillans s’articule autour de trois grands axes : collégialité, transparence et démocratie participative.

Le premier axe est la collégialité. Il s’agit ici de mieux répartir les compétences municipales entre l’ensemble des élus et éviter ainsi que seuls quelques conseillers ne travaillent effectivement sur les dossiers. Pour cela, plusieurs outils ont été mis en place : tout le monde travaille en binôme ou en trinôme, y compris le maire (avec sa première adjointe) ; les conseils d’adjoints sont remplacés par des comités de pilotage ouverts à tous les élus (2 à 3 fois par mois) et au public. Des outils informatiques ont aussi été mis en place pour faciliter le travail collaboratif entre élus. Enfin, les dossiers ne sont pas préparés dans de classiques commissions municipales (ne regroupant que des élus et des experts) mais dans des commissions participatives et des groupes action-projet auxquels participent les habitants volontaires. Il s’agit là du volet participatif.

Transparence dans la gouvernance.

Condition sine qua non de la participation effective des habitants, l’information à destination de tous est l’objet d’un soin particulier. Celle-ci passe par différents canaux : la création d’un site Internet, le traditionnel bulletin communal, l’affichage public,… Elle passe aussi par l’ouverture de toutes les réunions aux habitants, ainsi que l’édition et la mise à disposition rapide de comptes rendus systématiques de celles-ci.

Démocratie participative.

© 

Cette nouvelle gouvernance repose enfin sur une participation effective des habitants à tous les stades de la décision (impulsion des projets, étude et suivi puis mise en œuvre). Pour cela, plusieurs organes ont été créés.

Dans un premier temps, des commissions participatives sont chargées de l’impulsion des projets. Réunies une à deux fois par an autour d’un thème général (aménagements-travaux, social, enfance-jeunesse, environnement,…), elles accueillent le plus grand nombre d’habitants pour décider des grandes orientations et hiérarchiser les priorités.

Dans un second temps, entrent en jeu les groupes action-projet créés par ces commissions participatives. Plus réduits, réunis sur une durée plus courte, ils ont en charge la mise en œuvre effective du projet. Peuvent alors y participer les habitants les plus intéressés et/ou compétents sur le sujet.

Toutes ces réunions sont animées avec des outils et méthodes issues de l’éducation populaire dont le but est de permettre une réelle interaction. Un habitant bénévole compétent a ainsi formé 24 autres habitants bénévoles devenus animateurs. Non-élus, ils sont chargés, en alternance selon les sujets traités, d’animer de façon neutre les différentes réunions. S'ils n’interviennent jamais sur le fond du sujet traité, ils sont les garants de la forme des débats : l’objectif posé en début de réunion doit être atteint à la fin grâce à une feuille de route précise, le temps de parole doit être équitablement réparti, etc.

Enfin, un "conseil des sages" est chargé de l’accompagnement et de la veille sur la démocratie participative. N’intervenant jamais sur le fond des dossiers, il est vigilant sur la question de la démocratie participative (le « développement du pouvoir d’agir des habitants » dit l’un de ses membres). Si une décision a été prise trop vite, il peut interpeller les élus et leur proposer des méthodes pour une meilleure interaction. 

À Saillans, l’imagination est en marche…

L’ambition et l’aspect novateur du projet ne va pas sans rencontrer quelques difficultés (lire par exemple cet article de Rue 89). Mais, à écouter l’équipe municipale, l’expérimentation ne cesse d’avancer et semble, pour l’instant, être une vraie réussite. 18 groupes action-projet sont actuellement au travail et ont des résultats concrets (par exemple, sur la réforme des rythmes scolaires). 230 personnes (soit 24 % de la population majeure) participent aux commissions et aux GAP. 

Surtout, il semble régner à Saillans une véritable effervescence participative. Les habitants ont des idées (création de jardins partagés, réhabilitation du composte communal, extinction de l’éclairage public la nuit,…) et leur volonté de participer est surprenante. Une femme retraitée propose ainsi de garder les enfants de ceux qui participent aux réunions publiques. Le garagiste du village, qui n'a pas le temps d'assister aux réunions, a proposé de prêter sa pelle mécanique à la mairie en cas de besoin. Des dizaines de personnes relisent et corrigent bénévolement les très nombreux documents écrits produits par cette nouvelle forme de gouvernance... Il arrive même, parfois, que des habitants volontaires prennent de vitesse l’équipe municipale en se lançant dans la rénovation d’un "abri du besoin", créant ainsi du patrimoine communal avant même que les aspects juridiques n’aient été abordés...  

Sur le site de la mairie, les élus préviennent : "La démarche des habitants et des élus de Saillans est pragmatique et concrète (...) Il n'est pas question de "partis politiques" mais bien de "politique" comme art de conduire les affaires publiques. Cette démarche procède par apprentissage et par expérimentation au quotidien. On se permet d'essayer et de se tromper, de recommencer, mais en transparence et en confiance entre élus et habitants."

Depuis un an à Saillans, l’imagination collective est au pouvoir… On attend la suite avec impatience !



À lire, entre autres articles : 

A Saillans, les 1 199 habitants ont tous été élus au premier tour (Rue 89, mars 2014)

A Saillans, les habitants au pouvoir (M le magazine du Monde, avril 2014)

Dans un village de la drôme, la révolution participative est en marche (Bastamag, septembre 2014)

À écouter : 

Deux membres de l'équipe municipale expliquent de manière très concrète la méthodologie, les réussites et les difficultés de cette "révolution participative" sur l'antenne d'une radio locale (Rdwa). C'est passionnant et c'est en écoute ici : Saillans autrement : au bout d'un an.

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