Enfant, la naïveté propre à cet âge donne du monde des adultes une représentation de l’histoire naturellement guidé par la raison, la justice et l'équité. C'est une vision bien romantique et chevaleresque, d'un monde fleurant bon les souvenirs d'enfance du jeune Marcel Pagnol : comme dans la salle de classe de son père; les conflits, les décisions se règlent sous l’auguste jugement paternel, acceptés docilement par tous convaincus du bien fondé cette décision.
Devenu adulte, la réalité complexe de la société rattrape le doux rêveur et la vision d'un monde plutôt comparable au frêle esquif qu’emprunte Ismaël dans Moby Dick, flottant au gré des courants contraires, sans réelle direction, dans un maelström d’influences, à la recherche effrénée du cachalot parabole efficace de la recherche de croissance de notre société, la course au profit.
La perte de prise sur le réel, doublée du sentiment ressentie d’impuissance à agir sur l’existence de nos contemporains, l’exclusion de tout projet politique d’un peuple spéctateur est aujourd'hui le problème central de l'action publique : « … Le politique ne peut pas tout … », dixit Jospin.
Cela renforcé par le lent glissement d’images noir et blanc des journaux d’actualités vers les livres d'histoires, de personnages comme De Gaulle, Roosvelt, Sartre, Churchill, Jean Moulin, Jean Monnet ... En comparaison, la stature des « acteurs » people-isés de notre actualité contemporaine, nous donnent plutôt l'impression de perdre collectivement ce poids que nous donnions aux capitaines politique et leaders d’opinions.
Cette perte de capacité d’agir n’est que le résultat du refus de raisonner ce capitalisme intégral mondialisé, qui s’impose aujourd’hui urbi et orbi comme dirait l’autre.
Lorsque ces acteurs refusent tout de go l’idée même d’établir clairement ce diagnostic des difficultés structurelles de la société, et que l’on se contente de slogans et préceptes dont la proximité évidente avec les cercles économiques n’est plus à faire ; cela conduit à réduire le champ de l’action politique à agir sur les facteurs marginal des problèmes en une sorte de loi de Pareto inversée.
Le vote du mariage pour tous, corrige la tâche inégalitaire et anti-progressiste de la position de la France vis-à-vis des couples homosexuels, mais quelle débauche d’énergie, de commentaires pour une loi qui s’inscrit naturellement dans la marche du monde, alors bien que nécessaire pour le pays, avec une droite dans les choux, l’urgence pour le pays aurait prévalue sur des questions sociales plutôt que sociétale, requinquant les activistes d’extrême droite du même coup.
La réforme de la justice et de la police dans le cadre de la RGPP par le précédent gouvernement, n’a en aucune manière contribué à améliorer le fonctionnement de la justice selon par exemple les conclusions issues de la commission parlementaire dite d’Outreau ; la réforme de la police n’a en aucune manière modifié et de façon profonde, le quotidien des cités dont il fallait par naguère nettoyer une partie de ses habitants au Kärcher.
L’introduction localement extrêmement controversé d’un ours Slovène dans les Pyrénées, n’a en aucune manière contribué ne serait-ce qu’à ébaucher un plan de lutte contre la disparition de la bio diversité ; sentiment brillamment résumé au micro de France-Inter par un papy gascon : « …. L’introduction de l’ours … moi c’que j’en pense … vous savez ma bonne dame, y a plus de Sitelle… y a plus de Coucou… y a plus de vanneau … y a même plus d’abeilles, ni de truites dans les rivières … alors un ours …. Pensez-donc…. »
Trois mesures qui in fine répondent au profil général d’un électorat afin de le contenter, soit conservateur ou progressiste selon l’épaisseur du trait, mais les réponses apportées ne sont que l’expression d’un effet de style, qui devient le sujet unique et principale de l’action d’un ministère ; et l’ensemble des médias est invité à relayer sans discourir cet état de fait, comblant les longueurs du temps d’antenne, d’un vide abyssal de commentaires : la petite phrase du jour, les états d’âmes d’untel, la tenue vestimentaire du troisième … tout ça « Pour exciter le peuple et les folliculaires », comme dirait l’oncle Georges.
Il est aujourd'hui à peu prés admis et cela sans contestation possible, qu'il faut mettre une limite à l'expansion démesurée de la libéralisation financière mondialisée. La prépondérance unilatérale de ses dogmes économique dans tous les domaines de l'activité humaine, en tout lieux, sans restrictions aucune, même sur le plan de la morale ou des choix collectifs de société; nuit à l'équilibre du monde, à la pacification de la société et aux fondements même de la civilisation.
Cette réalité est tellement brutale et prégnante dans notre monde contemporain, que le sens même de l'existence collective et de « société libre » s'en retrouve dévoyé : ce que décrit la violence symbolique du père Bourdieu.
Dans le monde des plus grandes entreprises, comme chez le dernier des plus petits artisan, une course au "just in time" conduit à dénaturer l'essence même du travail, à la qualité de ce dernier. L'important étant de finir vite et au moins cher.Les salariés dont la situation est la plus précaire finissent leur journée éreintés, brisés physiquement, sans avoir vu leurs enfants grandir ; les autres (ceux qui ont le "privilège" de bosser dans une grande boite), lorsqu'ils ne se flinguent pas, se posent des questions existentielles, et se reconvertissent dans l'éducation, l'hôtellerie où les gîtes à la ferme pour redonner un sens à leur travail, et par là même à leur vie. Malgré les indicateurs économiques d’accroissement des richesses produites sur la dernière quinzaine d’année, la situation du travail salarié se dégrade et les perspectives futures ne sont guère optimiste : accroissement de l’intensité et des contraintes, renégociation des conditions de retraites, progrès technologiques qui ne libèrent pas de la pénibilité mais créent de nouvelles servitudes (technologie de communication, informatiques, surveillance) …
Le refus politique et médiatique d’aborder clairement et calmement la remise en question du modèle de libre échange intégral, ne peut que nous conduire dans l’impasse d’un monde plus violent et inégalitaire.
Ecoutez à nouveaux la chanson de Bob Marley « War », tiré du discours d’Hailé Sélassié à la tribune de l’ONU à New York en 1963, elle illustre bien ce propos, c’est une connexion directe, une sorte de filiation même entre ce texte et le nihilisme destructeur des émeutes urbaines de l’automne 2005 en France comme l’expression amplifié du kaleïdoscope de frustration sociales des « quartiers ».
La question de changer le monde, ne se pose pas réellement de façon radicale, en un changement de modèle politique ou économique.
Mais la question de l'utilité du vote, de la représentation citoyenne se pose, dans notre pays et pour l’Europe, tant la distorsion entre les exigences de la marche du monde : enjeux démographiques, économiques et écologiques et la qualité et probité des élus sensés les porter mis à mal par le « système » qui les maintient en place.
L’histoire a donné dans ses circonvolutions des dirigeants parfois au comportement exemplaires qui ont su puiser en leur force intérieure, pour conduire le pays dans sans se perdre dans des circonstances et trajectoires personnelles, souvent dans des circonstances exceptionnelles et dramatiques.Notre pays, doit trouver les ressources nécessaires afin de porter aux responsabilités des élus qui malgré toutes les contingences d’un monde complexe puissent continuer à porter les aspirations du peuple qui les a élu. N’importe quel élu local peut être désigné comme un exemple de dévouement pour la chose publique, car son projet politique ( au sens noble du terme : les affaires de la cité ) inclus la vie même de ses citoyens comme projet politique, c’est un élu citoyen au cœur de sa cité.
Le non cumul des mandats, le statut d’élu salarié, la fin du pantouflage, des nominations aux postes obscurs et comités théodule pour combler les trous d’une carrière politique professionnelle permettrait sans nul doute de redonner ce lien entre l’élu et les aspirations du peuple diluant les tentations dans le contrôle citoyen, reste la seule voie démocratique pour corriger les travers de l'affaire "Cahuzac".
Cela sera long et difficile, mais le veut-on vraiment ?
Et si malgré les divers coups de semonce, le bateau continu à garder ce cap sans que la possibilité pour les citoyens d’exprimer au travers du vote un choix alternatif de société, ne soit offerte. Qu’un réel programme de gouvernement et de réforme qui pose les enjeux du monde, et met en perspective les espoirs attendus ; et bien comme « Le Pequod », le navire du capitaine Achab de Moby Dick, le bateau finira par sombrer en laissant le seul narrateur comme survivant, flottant sur un cercueil.