Cinq monarchies pétrolières lancent leur monnaie unique en 2010

Cinq voire six Etats du Golfe s’apprêtent à partager la même devise: le karam (générosité). Un impact à la hausse sur les prix de l’essence n’est pas exclu.

 

Après plusieurs années d’hésitation, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis (Dubaï, Abou Dabi, Ajman, Charjah, Ras el Khaïmah, Fujaïrah, et Oumm al Qaïwaïn), le Koweït, le Qatar et Bahrein paraissent décidés à lancer leur monnaie unique. Au moins sous une forme scripturale (comme l’euro à partir de 1999), la nouvelle devise devrait voir le jour en 2010.

 

L’an dernier ce projet semblait définitivement voué à l’échec. «La création de l’union monétaire arabe est prématurée. Limiter le déficit public à 3% du budget de l’Etat réduit notre liberté de prise de décision», annonçait le ministre de l’économie du Sultanat d’Oman, Ahmed Mekki, le 8 janvier 2007.

 

En dépit de ce forfait douloureux, les chefs des cinq autres banques centrales concernées viennent d’approuver le projet. Selon différentes sources, la future monnaie s’appellera probablement le karam (générosité) ou khalidji dinar (denier du Golfe). Des difficultés financières et juridiques risquent toutefois de retarder son entrée en vigueur jusqu’en 2015. Des établissements financiers estiment que ce report permettrait de réintégrer Oman dans le projet.

 

Quel impact sur le prix de l’essence doit-on dès lors craindre, si, un jour, environ un cinquième des ventes d’or noir n’est plus libellé en dollars mais dans une monnaie forte? «Nous devons certes nous attendre à une sensible hausse des coûts du trading et ensuite des tarifs à la pompe», prévient un spécialiste du négoce basé à Lausanne.


Une monnaie flottante

 

Patricia Marie, porte-parole du groupe Total à Paris, ne croit pas à un tel effet domino: «Dans les stations-service, les prix sont avant tout influencés par l’évolution de la demande de brut dans le monde et les différents régimes de taxation dans chaque pays.»

Les monarchies pétrolières n’élaborent d’ailleurs pas un projet de monnaie unique dans l’intention d’améliorer leurs recettes. Elles veulent avant tout lutter contre l’inflation générée par l’effondrement du dollar. Les devises de cinq des six états membres du Conseil de coopération du Golfe sont en effet ancrées sur le dollar (le Koweït s’est libéré du taux fixe en mai dernier).

 

Le système du peg (taux fixe par rapport à une devise) devrait toutefois être maintenu. «Des voix s’élèvent déjà pour défendre l’indexation de la future monnaie à un panier de devises convertibles, indique le directeur d’ACM (Advanced Currency Markets, leader mondial du courtage en ligne de devises et métaux précieux) à Dubaï, Iskandar Al Najjar. Et, à long terme, la monnaie commune du Golfe deviendra une devise flottante à laquelle d’autres pays indexeront la leur.»

 

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Source: http://www.lexpansion.com

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