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Billet de blog 10 août 2012

Sea, sex and silence

 La promesse de vacances dorées en Roumanie, impassible à la crise qui secoue l'Europe. Mais aurais-je pu vraiment me faire payer des vacances entouré de mannequins locaux sur les bords de la Mer Noire?  Et tout ça grâce au Parti Socialiste Européen (PSE)?Full text in English: Sea, sex and silence

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La promesse de vacances dorées en Roumanie, impassible à la crise qui secoue l'Europe. Mais aurais-je pu vraiment me faire payer des vacances entouré de mannequins locaux sur les bords de la Mer Noire?  Et tout ça grâce au Parti Socialiste Européen (PSE)?

Full text in English: Sea, sex and silence

Rappel du contexte

La crise politique qui s'est ouverte au début de l'été en Roumanie devait s'achever avec le référendum sur la destitution du Président de la République le 29 juillet dernier. Mais la Cour Constitutionnelle a finalement décidé de se donner tout le mois d'août pour déterminer si le quorum de 50% des inscrits a pu être atteint au cours du scrutin, sur fond de contestation des listes électorales et du dernier recensement (faire disparaitre a posteriori des Roumains abstentionnistes des listes électorales permettant, peut être, de valider le quorum).

Un long mois d'août en Roumanie,pendant lequel on ne sait plus qui des intérimaires ou des potentiellement destitués reviendra de la plage investi du pouvoir pour organiser les deux congrès européens du PSE et du PPE qui devraient avoir lieu à Bucarest au début de l'automne prochain à trois semaines d'intervalle... à moins qu'en rentrant de la plage...

Au lieu de partir en vacances, une cinquantaine d’universitaires européens ont rédigé début juillet une tribune d'alerte sur la crise en Roumanie. Après le refus d’un quotidien estimant que « cette bataille de chefs est insignifiante », cette tribune est parue dans l'édition du Monde du 24 juillet dernier : « cessons d’ignorer la crise démocratique en Roumanie ».

Info et/ou intox ?

Le soir même, une collègue de la Sorbonne m’a adressé personnellement (au moins à moi SamuelR) ce message à peine croyable:

Suite à la parution de votre tribune dans Le Monde, j’ai été contactée par une amie qui travaille chez APCO Worlwide, car le cabinet est entre autres chargé des relations publiques du Gouvernement social libéral de Victor Ponta en Roumanie. Celui-ci estimant que les positions prises par les experts, politiques, journalistes et universitaires européens paraissent soutenir l’opposition, APCO Worlwide envisage d’organiser un séjour de quelques jours en Roumanie pour des experts, politiques, journalistes et universitaires européens. Je me suis bien évidemment permise de dire qu’un séjour permettant de juger sur pièce et sur place serait intéressant et donnerait les moyens de se forger une opinion et d’étayer les positions. Pourriez-vous me dire au plus vite quels seraient les membres du collectif qui vous semblent susceptibles d’être contactés par APCO Worlwide pour effectuer un tel voyage?

Comment savoir si j’aurais vraiment pu me faire payer des vacances bien entouré au bord de la Mer Noire?

En faisant violence au naturel du chercheur, j’ai préféré ne pas savoir, ni envisager qui pouvaient être les « experts, politiques, journalistes et universitaires européens » qui auraient pu recevoir le même message. Nous sommes nombreux en Europe à avoir renoncé aux vacances pour essayer de diffuser en France comme à l’étranger des analyses régulières, débattues, approfondies, libres et gratuites. C’est une ligne de conduite et non un principe de précaution : ceux qui ont peut être décidé d’aller prendre des vacances sur les bords de la Mer Noire n’ont sans doute pas fini au goulag.

Le maire de Constanta, Radu Mazare, PSD sous son béret, sait très bien comment insuffler des pensées positives : lors du référendum du 29 juillet dernier, il s’est promené sur les plages avec des mannequins qui prenaient par le bras les baigneurs qui auraient oublié de voter pour les mener aux urnes.

En juillet, Le Monde a été accusé par le Gouvernement d'Union Sociale Libérale de Victor Ponta de recevoir des mallettes pour ses éditos et ses tribunes, El Pais a montré que certains politiques roumains mentaient à la barbe Bruxelles, et le Frankfurter Allgemeine Zeitung que les mêmes sont mêlés à plusieurs disparitions de magistrats. Puis en août, silence radio... 

Panique sur les listes electorales

Pourtant l’ancien ministre de l’Intérieur roumain Ioan Rus a confessé le samedi 4 août dans la soirée [des enregistrements clandestins ont été publiés le vendredi 10 août] : Je sais que c’est un geste politique important… mais nous avons tous les deux compté et recompté, et je ne signe pas [des listes électorales] avec une seule personne en moins [pour essayer de montrer que le quorum a bien été atteint lors du référendum du 29 juillet dernier]. D’accord, c’est important, mais je ne veux clairement pas passer mes vieux jours en prison [Il a donné sa démission lundi 6 août 2012 au matin].

Le Parquet Général de Roumanie a adressé vendredi 10 août une note au Parlement pour lui demander son avis sur l'ouverture d'une procédure pénale à l'encontre de l'ancien minsitre de l'Administration Victor Paul Dobre pour abus de pouvoir contre l'intérêt public sous forme aggravée pour avoir déclaré après le référendum que le Ministère ne pouvait pas vérifier l'exactitude des listes électorales [il n'a pas été renouvelé au cours du remaniement du lundi 6 août 2012 à midi].

La bataille sur les listes électorales est cruciale parce que la Cour constitutionnelle a reporté au 31 août 2012 sa décision de valider le référendum de destitution du Président de la République, en fonction du seuil minimum de participation (50% des inscrits). Et les mêmes listes ont été utilisées pour les élections municipales et locales de juin dernier, que l'Union Sociale Libérale au pouvoir a largement remporté.

A la télévision roumaine, les analyses de la presse française (en fait de ce blog sur Médiapart !!!) ont pourtant été présentées et répétées en insistant sur les enjeux européens de ce référendum, des listes électorales et des nombreux hommes politiques roumains aux prises avec la justice. Une exclu Médiapart, qui a donc été largement diffusée en Roumanie deux jours avant la démission de Ioan Rus et le remaniement du gouvernement par Victor Ponta le lundi 6 août 2012 à midi.

Pendant ce temps, en France les journalistes préfèrent la désinformation.

© 

Meanwhile, the UK journalists prefer 

misinformation

.

Inzwischen bevorzugen deutsche Journalisten Fehlinformationen.

Mientras tanto, los periodistas en España prefieren la desinformación.

Bronzez tranquilles ! En écoutant The Voice of Russia parler aux Roumains.

Full text in English: Sea, sex and silence

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