Viktor (Orban) contre Victor (Ponta) ?

7,4 millions de Roumains se sont rendus dimanche aux urnes pour approuver la destitution du Président de la République. Mais la participation n’a pas été suffisante pour valider le référendum. Le Gouvernement « d’union sociale libérale » accuse la minorité hongroise et les expatriés d’être responsables de cet échec.

Viktor_Orban_Victor_Ponta.jpg7,4 millions de Roumains se sont rendus dimanche aux urnes pour approuver la destitution du Président de la République. Mais la participation n’a pas été suffisante pour valider le référendum. Le Gouvernement « d’union sociale libérale » accuse la minorité hongroise et les expatriés d’être responsables de cet échec.

Les résultats complets du référendum ne devraient être connus que dans la journée de mercredi. Mais les résultats partiels publiés aujourd’hui par le Bureau Electoral Central donnent un taux de participation de 46,25% (pour 99,97% des bureaux de vote). Les votants ont approuvé à plus de 87,5% la destitution du chef de l’Etat, mais la participation semble être restée sous le seuil des 50% fixé par la loi. Le parti du Président déstitué avait appelé au refus du scrutin.

Carte_participation_referendum_29juillet2012.png

Viktor Orban, le ministre-président hongrois, s’est impliqué de façon assez surprenante à la veille du scrutin en appelant la minorité hongroise (qui a la citoyenneté roumaine) à ne pas participer au scrutin. Dimanche soir, à l'annonce des résultats, le Président par intérim, le libéral Crin Antonescu, a donc pu facilement accuser la minorité hongroise, mais aussi les expatriés, bref les « ennemis » intérieurs et extérieurs, d’avoir confisqué le scrutin et d'être responsables de l'échec du référendum. Lundi, le Premier Ministre social démocrate Victor Ponta a déclaré en conférence de presse que le Président destitué de centre droit ne représente plus que lui-même et son « ami » Viktor Orban. La Voix de la Russie (radio officielle) à déclaré : « la Roumanie est gouvernée depuis Budapest ». Et Jurnalul National annonce dans un éditorial glaçant qu’une « race supérieure décide pour une race inférieure ». 

Carte_minorite_hongroise_2011.png

Une comparaison du taux de participation avec les données ethniques (auto déclaration légale en Roumanie) du recensement d’octobre 2011 semble indiquer que ce sont les départements accueillant une forte minorité hongroise qui ont le moins pris part au vote. En revanche, le rôle des expatriés ne peut pas être décemment commenté puisque le nombre précis de votes à l’étranger n’est toujours pas connu.

Graphique_hongrois_referendum.png

 En fait, ce discours nationaliste cherchant à désigner des « ennemis de l’intérieur » comme les principaux responsables de l’échec du référendum s’appuie sur une corrélation statistique trompeuse :

  1.  il ne repose que sur deux départements du centre du pays où le taux de participation a été très faible : Harghita (11,5% de participation selon les résultats partiels) et Covasna (20,6%)
  2. dans les autres départements ayant une minorité hongroise, le taux de participation est inférieur à la moyenne nationale (46%). Or il se trouve que  c’est aussi le cas de départements n’accueillant pas de minorité hongroise (Tulcea au bord dela Mer Noire, Suceava proche de la frontière Ukrainienne, ou Iasi par exemple). Mis à part les deux cas extrêmes (Harghita et Covasna dans le centre du pays, l’ancien Pays des Sicules de langue hongroise, qui a fait partie de l’empire austro-hongrois), la proportion de la minorité hongroise n’explique pas l’ampleur de l’abstention
  3. il existe plusieurs tendances au sein de la minorité hongroise qui sont représentées par trois partis (Union des Démocrates Magyars de Roumanie,  Parti Civique Magyar et Parti Populaire Magyar de Transylvanie). Lors des élections locales de juin 2012, les électeurs roumains n’avaient pas suivi les consignes de vote de Viktor Orban, qui s’était engagé à l’époque en faveur du Parti Civique Magyar (10% des voix à Covasna et 13% à Harghita en juin 2012)
  4. ceux deux départements (Covasna et Harghita) font partie des 5 seuls départements (sur 42) où « l’Union Sociale Libérale », à l’origine du référendum sur la destitution du chef de l’Etat, n’a pas obtenu la majorité absolue aux élections locales de juin dernier
  5. lors du référendum, il n'a été fait aucune différence entre les électeurs inscrits sur les listes électorales et les électeurs de passage (dont le numéro de carte d’identité a été relevé), il est donc difficile de faire des interprétations territoriales : la minorité hongroise, tout comme les jeunes, ou les fonctionnaires, les protestants, etc. ont très bien pu voter sur leur lieu de vacances (au bord de la mer, à la montagne, à l’étranger, etc.)

Ce mode de scrutin très ouvert semble donner des résultats surprenants dans les trois départements avec un taux de participation supérieur à 70% (Teleorman, Mehedinti, Olt), soit à chaque fois 10 à 15% de plus qu’aux dernières élections (juin 2012). Ils ont une composition démographique et sociale proche des départements voisins qui ont des taux de participation bien plus faibles. Par ailleurs, des villages de ces trois départements auraient des taux de participation supérieurs à 120% (mais le détail des résultats locaux n’est pas encore connu). Ce qui témoignerait d’un très fort afflux de population dimanche dernier alors que ce ne sont pas des zones touristiques.

Hormis ces cas extrêmes, le taux de participation au référendum reflète bien la géographie électorale de la Roumanie depuis le années 1990, avec une opposition entre la plaine du Danube, au Sud, traditionnellement favorable aux sociaux démocrates, et qui s'est bien mobilisée, et le reste du pays.

Il faut de toute façon attendre la publication des résultats définitifs, sans doute mercredi 1er août 2012, puis l’avis dela Cour Constitutionnelle et ensuite celui du Parlement, pour tirer les leçons de ce référendum.

 

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