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Billet de blog 12 juin 2022

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La médecine ne doit pas être pratiquée comme un commerce.

Une vision bien subjective et probablement fausse des rapports soignés-soignants.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Étudiant, j’avais fixé le tarif de mes leçons de math à 3600 francs (anciens!) de l’heure. Ce 1 franc par seconde, je l’imaginais tomber bruyamment dans une soucoupe quand je répondais à mon élève angoissé « prenez votre temps ». Et je pensais « gling, gling » …

Plus tard, comme enseignant, j’expliquais sans rire à mes étudiants de première année (donc un peu naïfs) que j’allais diviser l’amphi en deux ; une partie privée (payante), l’autre gratuite. Bien sûr, le jour de l’examen, ma conscience professionnelle m’interdirait de privilégier les uns ou les autres. A ceux qui ne voulaient pas me croire je leur demandais pourquoi ce qui est couramment pratiqué pour la santé serait inadmissible pour l’enseignement ? L’enseignement serait-il plus vital que la médecine ?

Le boucher, quand il vous vend sa viande pense aussi « gling, gling ». Ce qui ne choque personne.

En fait, il faut, comme toujours, nuancer. Je voulais quand même que mon élève privé comprenne un peu de trigonométrie et soupçonne le boucher sincèrement heureux quand son roast-beef plaît au client. Ce qu’on appelle sens du commerce, c’est cette capacité du vendeur à faire oublier la sonorité du « gling, gling » pour ne faire passer que son empathie.

Quand je suis obligé de consulter un médecin privé, quelque soit sa conscience professionnelle, je ne peux oublier le « gling, gling ». L’entend-t-il, lui ? Je n’ai jamais cette sensation à l’hôpital . Pour moi cette différence est capitale : j’ai le sentiment d’y être soigné parce que je suis malade. Ce qui établit des rapports très différents avec le médecin. Et ce qui est plus sympathique pour moi devrait l’être aussi pour lui. Un médecin qui vous soigne « gratuitement » inspire plus naturellement confiance et respect.

Une remarque : il paraît qu’il faut payer le psy pour que ça marche. C’est évident pour le psy. Ça l’est moins pour le patient-client qui n’a pas lu Lacan.

Un peu de vocabulaire pour terminer:

Le patient est celui qui souffre.
Pour Le Robert , le client est « celui qui requiert des services moyennant rétribution » ; il se trouve que c’est le même nom dont on affuble celui qui pratique l’amour tarifé. La comparaison est évidemment oiseuse.

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