Je crois que le billet de Marc Tertre rend le choses plus confuses. Puis-je citer ce que j'ai écrit à ce propos dans "La Terre, des mythes au savoir" dont Brézin a fait une recension dans Médiapart le 21 juillet ?
En fait, comme Alan Sokal dans "Impostures Intellectuelles" l'a bien exprimé, il y a confusion dans l'emploi du mot "science" . Il
peut désigner, au moins :
1- Outre la somme des connaissances acquises, la recherche rationnelle de lois permettant de comprendre (et d'agir sur) les processus de la
nature (voire de la société) et aboutissant à des résultats universels, c’est-à-dire indépendants de la personnalité de celui qui
les énonce (même s’il est en général, aujourd'hui, mâle, blanc, écrivant l'anglais et d’origine sociale plutôt favorisée) ; ces lois
sont donc en principe testables par toute fraction de la communauté humaine.
2- Les institutions publiques et privées censées l'organiser et la financer (avec le poids des intérêts sociaux et politiques correspondants).
3- L’ensemble des conséquences pratiques des recherches qui vont de l’invention du BCG à la bombe à neutrons en passant par le maïs
transgénique, bien souvent appelés technoscience.
Ces trois acceptions sont liées: la recherche (1) est le fait d’hommes vivant en société et aujourd’hui regroupés pour la plupart dans de
puissants organismes (2) qui doivent se justifier socialement (3). Le relativisme est tout à fait fondé s'il s'applique aux définitions (2)
et (3) de la science : mieux vaut effectivement ne pas confondre Recherche avec ministère de la Recherche (ou pire encore, ministre de
la Recherche !). Penserait-on à identifier Justice et ministère de la Justice ? Mais le relativisme peut déboucher sur un scepticisme
stérile, voire sur l’obscurantisme, quand il s’applique à l'acception (1) de la science. Russell classerait probablement la science au sens
(1) dans la catégorie des "connaissances" et celle des sens (2) et (3) dans celle du "pouvoir" . Ces catégories ne sont pas étanches :
l'effectivité du pouvoir s'appuie évidemment sur celle des connaissances. Mais les logiques de développement sont distinctes,
voire antagoniques. Il n'y a qu'à considérer le statut de la libre circulation des informations et la question des brevets ! Certes, la
définition (1) représente un idéal. La recherche scientifique au sens premier est le domaine de savants qui sont des hommes (plus rarement
des femmes) plus ou moins imprégnés des préjugés de leur époque. Un exemple atteint la caricature : quand le grand Cuvier parle des Noirs comme de "la race la plus dégénérée", c'est le pair de France de Louis-Philippe qui exprime les préjugés de sa caste ; les relativistes
en concluent qu'à la science "on peut faire dire n'importe quoi". Nous pensons qu'il est plus utile de faire l'effort de démontrer qu'avec
ces propos-là, Cuvier a purement et simplement quitté le terrain scientifique tel que défini en (1). Cuvier a déraillé. Encore que pour
parler de déraillement, on doive d'abord définir des rails...