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Billet de blog 6 mars 2013

Etre parent après l'inceste

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Après avoir vécu l’inceste, les victimes peuvent devenir « malades de la famille ». Comment dépasser les peurs et les angoisses qui ressurgissent à l’idée de devenir parent à son tour ?

Les facettes de l’inceste

L’inceste peut débuter dès la naissance d’un enfant et perdurer jusqu’à l’âge adulte.
Il se caractérise également par une emprise psychologique familiale très forte. Ce peut être un viol (tout acte de pénétration du corps) ou une agression sexuelle (consistant à imposer un toucher sur le corps de l’enfant avec son propre corps à des fins de satisfaction sexuelle).
Mais l’inceste peut aussi être “moral” : faire l’amour devant son enfant, parader nu, tenir des propos à caractères sexuels, visionner des films pornographiques avec son enfant... Dans le “nursing pathologique”, l’agresseur, sous couvert d’actes d’hygiène ou de soins, assouvit ses pulsions en pratiquant des toilettes vulvaires trop fréquentes, des décalottages à répétition, des prises de la température inutiles plusieurs fois par jour, des lavements et ce, jusqu’à un âge avancé de l’enfant.
Une mère ou une grand-mère est capable d’agresser sexuellement un enfant au même titre qu’un homme.
Plus insidieusement, l’inceste inverse les rôles : l’enfant devient le parent du parent, crée la peur et place la victime dans une constante insécurité.
L’acte en lui-même provoque une sidération et une dissociation : la victime « se coupe en deux », « sort d’elle-même » pour survivre à l’insupportable.
Neuf fois sur dix la famille incestueuse exclut la victime qui révèle l’inceste, au profit de la cohésion familiale. Rejetée, considérée comme une menteuse ou une folle, celle-ci préfère donc bien souvent au final se taire et tout faire pour « oublier ».

Devenir parent quand on a été victime

Attendre un enfant est en principe source de bonheur. Comment expliquer à son entourage, à son médecin, à soi-même que le fait d’avoir un petit être dans le ventre peut être une source de souffrance intense au point d’être plongée dans une panique totale ? Comment faire comprendre la sensation d’avoir été cristallisée au stade enfantin jusqu’à se sentir incapable de devenir mère, de s’occuper d’un enfant, de le protéger ? Toutes ces questions, ces peurs sont récurrentes chez les futurs mères ou pères, anciennes victimes.
Trois catégories d’angoisses ressortent presque systématiquement : celle de ne pas être “capable”, de ne pas savoir protéger son enfant des autres et, surtout, de reproduire l’inceste. Cette dernière peur est le reflet d’un message envoyé régulièrement à la victime par la société : « Qui a été violé violera. » Injuste et surtout sans aucun fondement scientifique, ce mythe provoque de véritables dégâts.
Avoir le projet de donner la vie en portant un enfant dans son corps réveille de nombreuses questions : faut-il ou non devenir mère, choisir un père pour le bébé ou le faire seule ?
Certaines victimes ont perdu leur identité sexuelle, ont été profondément maltraitées physiquement et psychologiquement, rabaissées, niées dans leur corps, dans leur existence propre, et sont en perpétuelle demande d’affection, d’amour et de protection.
Comment, avec ce bagage, devenir parent ? Reproduire ou ne surtout pas faire comme “eux” ? Rompre le lien familial définitivement, le réparer, le construire, le perpétuer ?

Les uns se lancent dans l’aventure, sans toujours le décider, quand les autres s’y refusent catégoriquement. Certaines victimes décident de faire un enfant car cela leur donne enfin une raison de vivre. Avoir un bébé permet aussi parfois d’entamer une thérapie car ces parents veulent plus que tout être de bons parents.
D’autres aimeraient bâtir leur propre famille et “effacer” celle qui leur a fait tant de mal.

Le sexe du futur bébé a une importance primordiale : une majorité ne veut surtout pas de fille car il leur paraît impossible de s’en occuper ; d’autres ayant un garçon revoient parfois leur agresseur face au sexe de l’enfant, en changeant sa couche ou en lui donnant le bain.
De multiples problèmes apparaissent à ce moment clé de la vie des victimes : fausses couches, interruptions volontaires de grossesse (parfois très nombreuses), dépressions, tentatives de suicide...

L’accouchement est souvent vécu dans la souffrance (parfois même comme un viol selon certaines victimes). Puis peuvent suivre l’impossibilité d’allaiter, le rejet du bébé, l’hypervigilance envers l’entourage, les difficultés d’exprimer de l’amour à son enfant, les dénis de grossesse, les accouchements sous X, les pensées d’infanticide...

Vers le chemin de la compréhension

Les victimes d’inceste, ces enfants violentés devenus parents, sont sujettes à de terribles angoisses qui les font culpabiliser. La honte, la peur de reproduire le même schéma ligotent les victimes dans le silence et les confortent parfois dans la certitude qu’elles sont ou seront de mauvais parents. Avoir conscience de ses propres angoisses est sain, même si cela est douloureux à vivre.
Le fait de se poser des questions signifie que l’on va pouvoir travailler sur ses comportements irrationnels, et aller vers le chemin de la compréhension, voire de la guérison.
Reste à offrir des formations solides aux professionnels de la santé afin d’aider la parole des victimes à se libérer pour tenter d’enrayer la douleur.

Sandrine Apers

Extrait de l'article parut dans la revue Vocation Sage-Femme n°77 (Elsevier Masson) 2009

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