Greenpeace met le feu aux poudres. Et l’indignation fait diversion

12 octobre 5h30 Greenpeace allume un feu d’artifice dans une centrale nucléaire. Le clou spectaculaire d’un audit sécurité de 18 mois. EDF s’insurge «c'est irresponsable». À chaque opération d'activistes, la question du « politiquement incorrect » semble plus importante que le fond. Diversion... C’est à se demander si nous ne préférons pas tout ignorer. Notre sécurité nous importe-t-elle si peu ?

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 Briser l’omerta sur un sujet qui nous concerne tous. Le droit de savoir a un prix.

Des activistes sont entrés dans la centrale nucléaire de Cattenom en Moselle, sans armes, ni violence, pour démontrer la vulnérabilité de nos centrales . Le spectaculaire pour dévoiler les risques que nous encourons. Quelques jours auparavant Greenpeace publiait un rapport sur les failles de nos centrales. Une version light est envoyée aux journaux. La responsabilité est complexe : alerter l'opinion et les pouvoirs publics pour réclamer la sécurité, mais sans donner de détails pour des personnes mal intentionnées. Sept experts de nationalités différentes ont enquêté. 18 mois à « imaginer le pire pour éviter qu'il ne survienne ». Le rapport complet alarmant a été remis à quelques hauts fonctionnaires en charge des questions de défense et sécurité.

Quel effet aurait eu ce rapport seul ? Quelle chance ont les chiffres et les croquis face à une info avide de news rapides ou sensationnelles ? Un audit même s’il parle de drame national potentiel peut-il ébranler la stratégie nucléaire et la certitude que jamais l’Etat ne nous ferait prendre de tels risques ? Non. Mais un feu d’artifice au petit matin déclenché par des citoyens pacifistes, et l’image est marquante. On peut imaginer des personnes ayant la volonté de nuire, une explosion, la radioactivité sur des centaines de kilomètres. Cette épée de Damoclès prend corps.

Le 12 octobre 8h BFM en parle, 10h le ministre du Luxembourg interpelle la France sur les risques encourus par ses ressortissants. 13h c’est le feu aux poudres. Premiers effets. La responsabilité de Greenpeace devrait s’arrêter là : alerter sur les risques et influencer les décisions. La démonstration a été faite. Qu’en est il de la responsabilité de ceux qui gèrent ces centrales ? S’ils ne font rien de ces risques jusqu’où Greenpeace devra-t-elle aller ? Pour une grande partie de l’opinion c’est allé déjà trop loin, une intrusion c’est « politiquement incorrect ». Mais s’interroge-t-on sur les responsables de ces centrales, sont-ils allés trop loin ? Jusqu’où peuvent-ils nous mettre en danger ?

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La seule question c'est : contribuent-ils à nous protéger ? Dans quel état serait le monde sans les activistes ?

Tout le monde n’a pas le tempérament d’un activiste mais nous devrions respecter ceux qui défendent un monde plus juste et plus écologique. Il n’y a qu’à repenser à ces 300 Suffragettes devant le parlement britannique qui défendaient le droit de vote des femmes tandis que les autres femmes leur crachaient dessus. Les suffragettes « mal vues » levaient l’omerta sur une tyrannie librement consentie. Ce n’est pas leur but, pourtant les désobéissants dérangent leurs contemporains. Ils dérangent mais sans eux ni droit de vote, ni sécurité sociale, ni fin de l’esclavage, ni alerte sur les pesticides, la déforestation, ni vérité sur le sida et ses traitements…

Nous remercions les désobéissants d’hier, essayons d’être clairvoyants aujourd’hui, moins prompts à s'offusquer et reconnaissants par anticipation. L’histoire d’Act up démontre que les actions spectaculaires peuvent être une nécessité vitale. Greenpeace vient de faire un coup d’éclat. Que peut-on vraiment leur reprocher ? Un audit sécurité de 18 mois gratuit pour l’Etat (protecteur de la nation) et EDF (responsable de ses sites). Bientôt ce sera la COP23, des citoyens du monde entier essayeront une nouvelle fois de faire entendre leurs inquiétudes de manière joyeuse mais déterminée. Regardons-les différemment. Un homme qui vient en aide à des réfugiés en est à sa 6ème garde à vue, tandis que Christine Lagarde reconnue coupable de négligence dans un détournement de 400 millions n’en a pas fait une seule.

Reposons-nous la question du politiquement correct : de ce qui est profondément juste, même si cela nous dérange, et de ce qui ne l’est pas, même si c’est établi.

Pour telle ou telle cause d’intérêt général des citoyens ordinaires tentent de sensibiliser, donnent de leur temps, de leur réputation et de leur confort. Jusqu’à quand vont ils défendre ces combats qu’on leur annonce perdus d’avance ? Comment, face au mépris et l’inaction, arrivent-ils à rester du côté du courage et de la non-violence… À ignorer ceux qui disent : « la violence il n’y a qu’avec ça qu’ils comprennent. » Chaque jour le démontre : les voies légales et politiques sont vaines. Les armes non conventionnelles deviennent nécessaires. La limite sacrée de la non-violence est mise à mal, fragile. Il en faut de la foi en l’humanité pour rester pacifiste et ne pas abandonner. L’abandon… l’autre option, largement répandue, celle qui fait consensus et nourrit l’illusion que tout va bien.

L’unanimité passive est confortable. Le confort et l’harmonie priment sur la légitimité, la santé, la sécurité. Et là est notre responsabilité de spectateur. Celle que les autorités surveillent pour agir ou non. Savoir et faire savoir. Propage-t-on cette action de Greenpeace sur nos réseaux ? Il est difficile de soutenir l’activisme. Parce qu’il est question de désobéissance et cela déclenche de violentes réactions. La démocratie fonctionne sur l’obéissance. Et puis cela réveille des peurs, ça sonne la fin des illusions. Rien de très confortable. L’activisme c’est comme un affront fait par une minorité. Affront qui lézarde notre ciment social.

Mais si nous ne changeons pas de regard sur les désobéissants, si nous ne les soutenons pas, nous les pousserons vers leurs limites. Et c’est un risque bien compris par ceux qui veulent que rien ne change. Que les désobéissants passent à la violence par dépit, cela les discréditera. Et nous les perdrons. Or nous ne pouvons pas nous permettre de perdre les activistes et les lanceurs d’alerte. Ce sont eux qui défendent l’humanité. Vu les enjeux qui sont les nôtres, sans eux nous sommes perdus.

Changeons de regard. L’activisme est un humanisme à défendre.

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