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Billet de blog 20 mars 2011

POURQUOI SEGOLENE ROYAL ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

par Sandrine PIASKOWSKI

POURQUOI SEGOLENE ROYAL ?

Le ségolénisme,

un socialisme d’avenir pour le XXI ème siècle

Longtemps, et particulièrement depuis le congrès de Reims, nous fûmes taxés de supporters, adhérents idolâtres, ségolâtres, apôtres de la personnalisation.Or, rien n’est plus faux, je dirais plus inexact, car nous ne sommes pas dans l’échange d’imprécations ou la simplification des positions des uns et des autres. Nous ne sommes pas dans l’abrupte réduction à une nature, nous ne sommes ni dans la croyance, ni dans la consommation politique. Nous ne sommes pas que des colleurs d’affiches, petites mains dociles. En bref, nous pensons, il nous arrive aussi de réfléchir. En d’autres termes, la rue de Solférino n’a pas le monopole de la réflexion !

Pourquoi Ségolène Royal ? Non pas seulement en 2006, mais pourquoiaujourd’hui à l’aune des enjeux de l’élection présidentielle de 2012 ? J’ai voulu d’abord définir le « ségolénisme », terme qui peut lui-même susciter des interrogations. Il est clair qu’il offre tous les avantages de la commodité. Il permet en premier lieu d’évacuer l’appellation de « royalistes », qui somme toute poserait problème en République. Il permet en second lieu une identification rapide et a le mérite de la clarté. Ce terme commode est en fait sujet à discussion et gagnerait sans doute à être « remplacé » ou du moinsgagnerait-il plus à l’interchangeabilité.

Il est clair que le terme contient en lui-même le possible reproche de la « personnalisation ». Cependant, il n’est pas honteux de recourir à ce type de terme : gaullisme, mitterrandisme, etc … se sont succédés bien avant que l’on ne parlât de « sarkozysme ». La défiance possible vis-à-vis de ce genre d’appellation provient largement de la vacuité du « sarkozysme ». A nous de ne pas laisser comparer les modes d’expression de Ségolène Royal à l’agitation et à la communication désordonnée de l’actuel Président de la République. A nous de montrer que notre pensée est structurée, en bref de préciser nos principes directeurs - principes auxquels l’ensemble de nos propositions concrètes peuvent être rattachées.

Par ailleurs, l’aspect « bannière » de l’appellation n’est pas honteux. L’élection du Président de la République au suffrage universel direct induisit dès 1962 l’idée de la personnalisation, confirmée à partir de 1965. A moins d’y renoncer et de revenir à un système parlementaire strictement entendu, la référence à une personnalité charismatique est une donnée incontournable.Le charisme n’est pas synonyme de culte de la personnalité et de dépossession de notre faculté de jugement. Il serait intéressant de savoir pourquoi nous sommes présentés par nos adversaires comme membres ou fidèles d’une secte, et cela ferait l’objet d’un article spécifique ! Je dis ceci d’autant plus facilement que, si je fais partie des nouveaux adhérents socialistes de 2006, les « adhérents à 20 euros », je n’ai pas adhéré au PS pour soutenir Ségolène Royal. Je me situais alors dans le prolongement de mon vote - négatif – au référendum constitutionnel européen de 2005 et j’entendais soutenir le héraut du « non ». C’est à l’heure de la campagne, idée après idée, texte après texte, discours après discours, que s’est dessinée à mes yeux une profonde cohérence idéologique : une capacité à mettre en exergue les errements d’une gauche résignée, oublieuse de l’électorat populaire, la volonté de voir la gauche renouer avec la République, une force de renouvellement. Autant de concepts que j’estimais, depuis longtemps déjà, insuffisamment portés, peu défendus. En bref, je n’ai pas été la victime d’une « hallucination collective [1]». Je ne suis pas non plus dans l’adhésion à une personne.

Le suffixe « - isme » apposé au nom d’une personne laisse toutefois subsister des pré-supposés, et peut faire craindre des injonctions idéologiques. Or, nous sommes très loin d’une doctrine directive ou d’une politique de la verticalité. Ségolène Royal a compris que le siècle naissant ne se pouvait concevoir sans espaces d’expression, d’écoute et de considération des personnes – ces personnes fussent-elles des militants socialistes. « Pourquoi Ségolène Royal », car ce choix ne peut se faire qu’en dehors de toute contrainte d’appareil, ne peut être que libre et réfléchi. « Pourquoi Ségolène Royal », car il importe de comprendre aussi pourquoi « soutenir » Ségolène Royal, même à la modeste échelle de la petite section locale du PS à laquellej’appartiens, a pu être vécu comme un «crime de lèse majesté»[2]. Le mépris pour le « petit peuple » existe même à gauche, comme je l’ai vu sur les bancs de Sciences-Po pour qui ne flattait pas les connivences sociales et politiques, pour qui n’habitait pas le 7ème, le 6ème, « à la rigueur le 5ème » arrondissement de Paris (vivre dans l’Essonne relevant de l’exotisme). Il m’a semblé que la percée politique de Ségolène Royal ne correspondait pas à l’attrait d’une nouveauté passagère, car ce n’est pas à un renouvellement fictif et de confort qu’elle appelait ; elle affirma aussitôt une volonté de remise en cause des évidences et des dogmes. Une telle position a traduit sans doute l’aspiration de citoyens libres et autonomes d’une poliscontemporaine.

Nous nous situons dans la réflexion, l’argumentation, la démonstration, la proposition. Nous entendons garder intacte notre indépendance d’esprit et ne pas nous voir imposer une pensée « caporalisée ». Alors, quels sont les fondements de cette réflexion, que défendons-nous ?

Il apparaît dès à présent que ce charisme dont fait preuve Ségolène Royal, ce contact qu’elle établit avec le « peuple » inquiète les autres prétendants à la magistrature suprême. C’est pourquoi nous pouvons nous voir opposer l’appellation de « populiste » quand c’est l’adjectif « populaire » qui conviendrait. C’est pourquoi j’ai suggéré l’ « interchangeabilité » des termes.A côté de « ségolénisme » un autre terme peut être proposé qui en serait la substance même. Un long travail pourrait être engagé sur ce point. Ce que dans nos réunions, nous désignons comme le « fond », le « contenu ». L’un ne va pas sans l’autre.

Il est clair que nous sommes à un moment charnière de l’histoire de nos démocraties : outre la difficulté des gauches à se redéfinir après l’effondrement du communisme soviétique, la social-démocratie est exsangue. Crise financière, récession, remise en cause des acquis sociaux, mondialisation impersonnelle, montée des nationalismes, émergence de préoccupations écologiques globales, abandon des catégories populaires dans une société de plus en plus clivée, constituée en réseaux élitaires, morale de l’intérêt en progression, etc … l’appel à la libre expression doit être entendu ; la soif est immense de réfléchir et de reconstruire. La soif est intense, dans et pour ce XXIème siècle qui commence, de repenser « la » gauche, de refonder le socialisme.

Nous sommes dans un système médiatique de plus en plus développé. Dès aujourd’hui, présentons les axes majeurs qui caractérisent la pensée politique de Ségolène Royal. Des travaux considérables ont déjà été entrepris, avant même la Présidentielle de 2007, qui n’ont cessé d’être enrichis. Les universités participatives ont vu le jour, Ségolène Royal rencontre les citoyens dans les territoires, les spécialistes des domaines les plus divers, analyse les expériences étrangères et n’a cessé de d’avancer des propositions. Travailler tant avec le concours de spécialistes de renom qu’avec la participation citoyenne n’est pas anodin ; la méthode est même particulièrement significative, indissociable d’ « une actualisation précieuse de l’inspiration du socialisme originel [3]». Il nous faut exposer un « référentiel »clairement identifiable par tous. Je présente ici ce qui selon moi est au fondement même de cette démarche. Il ne s’agit en aucun cas d’énumérer des mesures, de reprendre le programme de 2007 ou d’en anticiper un nouveau.En revanche, apparaissent des propositions concrètes, faites par Ségolène Royal : nous les re-situons par rapport aux principes directeurs, aux axes de réflexion qui nous semblent fondamentaux. C’est tout le corpus d’idées à l’oeuvre que nous souhaitons mettre en évidence, et illustrer au besoin. Nous y voyons un ensemble conceptuel construit et doté d’une véritable logique constitutive. Il importe de sortir des simplifications médiatiques ou télévisuelles, il est indispensable d’échapper aux visions parcellaires. Lacapacité d’invention dont elle a fait preuve ne saurait être réduite à cetteintuition qu’on lui reconnaît du bout des lèvres : nous ne sommes pas dans l’instinct ou la divination. Il ne s’agit pas de slogans artificiels, de juxtaposition d’éléments épars ou de propositions éphémères ; il y a pour nous une cohérence principielle et fondamentale. Un corpus structuré et novateur qui mérite d’échapper aux caricatures. Tous les concepts ici défendus prennent place dans une architecture solide et étayée. Chaque idée peut être reliée à des travaux théoriques et prend place dans toute une histoire de la pensée politique. Chaque idée avancée peut renouer tant avec un certain « idéalisme historique »[4] qu’avec l’idée républicaine, prônerun nouvel humanisme, réinterpréter le monde et refonder les concepts à la lumière de notre temps. Il se trouve que ces idées qui pour moi sont au cœur de ce que devrait être un engagement social et politique se trouvent aujourd’hui portées et âprement défendues par Ségolène Royal.

Je précise aussitôt que les ouvrages, journaux, articles que je suis amenée à citer au fil de ces pages sont de tous horizons, que leurs auteurs ne sont pasétiquetés « ségolénistes », et ont même pu depuis l’élection présidentielle de 2007 ou le congrès de Reims de 2008, choisir une autre voie ou tracer la leur propre ! Il importe en effet de ne se couper d’aucun apport théorique, loin des engagements partisans. Je ne parle pas ici stratégies, alliances, trajectoires personnelles, etc …

Je propose trois axes majeurs : dans un premier temps, nous nous attacherons à réfléchir à ce qu’est cette nouvelle manière de faire de la politique que nous appelons de nos vœux ; démocratie participative,renouveau de la parole citoyenne et respect de l’individu sont en effet au coeur d’une volonté de reconstruction de la vie sociale et politique afin quechacun ait les moyens de maîtriser sa propre vie. Ceci est évidemment indissociable des aspirations de justice sociale et de l’idée d’une citoyenneté économique, pour donner son plein sens à l’idée de « démocratie sociale ».C’est notre axe deuxième. Le fil conducteur est fondamentalement de retrouver le chemin de ces catégories populaires qui soit ne votent plus soit ne votent plus à gauche. C’est là que nous avons failli. Je crois que cette question est centrale dans la réflexion de Ségolène Royal. Notre troisième axetraite des valeurs républicaines, qu’il faut revivifier à travers notamment cette fraternité, consubstantielle aux deux premiers points, qu’elle mit en avant malgré les quolibets. En bref, ne plus admettre de voir le « peuple de gauche » se déliter, voire disparaître, ne plus se satisfaire d’un parti sclérosé, et à travers ces trois axes, engager une nouvelle recomposition.

[1] - Le Monde.fr, « La popularité de Ségolène Royal en 2006 était une "hallucination collective", selon DSK », 1er décembre 2010

[2] - cf. Julien Dray, France-Soir, 26 février 2011

[3] - cf. Philippe Chanial, La délicate essence du socialisme, l’association, l’individu et la République, Editions du Bord de l’eau, 2009 , page 29

[4] - ibid

TABLE DES MATIERES

POURQUOI SEGOLENE ROYAL ?

AXE PREMIER :

DEMOCRATIE PARTICIPATIVE ou UN NOUVEAU FONCTIONNEMENT POLITIQUE

A ) Participer ou l’émergence de nouvelle forces

1 ) Un élément de réponse à la crise démocratique, loin de tout discours démagogue

2) La démocratie participative entend donner la parole au citoyen , elle n’exclut pas pour autant le politique ou l’expertise

B) Le respect de la parole citoyenne ou « Reconstruire une vie sociale qui aitun certain contrôle de soi »

1) Vers l’ « empowerment » ?

a) Respect de l’individu et renaissance de l’action sociale

b) L’empowerment comme sentiment de contrôle sur sa vie

2) Démocratie participative et conséquences sur la gestion régionale en Poitou-Charentes

a) Budgets participatifs lycéens

b) Jurys citoyens

3 )Importance de la mobilisation des classes populaires

C ) La fraternité ou l’ agir ensemble

AXE DEUXIEME : CITOYENNETE ECONOMIQUE ET DEMOCRATIE SOCIALE

I) REDEFINIR UNE GAUCHE DE GOUVERNEMENT APTE A PORTER UNE VERITABLE « DEMOCRATIE SOCIALE »

A) Du « divorce » de 2002 à l’abstention de 2010 : ne plus se satisfaire d’élections « sans le peuple »

B) Reconstruire après la crise financière suppose de repenser une vision d’ensemble, au delà d’un constat partagé

C) QUELLES ETAPES POUR CETTE RECONSTRUCTION ?

1)La consécration de nombre d’idées émises par Ségolène Royal

2 ) Cependant, Ségolène Royal est porteuse d’un projet d’engagement plusradical

II) ETRE AU PLUS PRES DES ASPIRATIONS POPULAIRES DE JUSTICE SOCIALE

A) QUELQUES EXEMPLES ou la politique par la preuve : ECOLOGIE SOCIALE, ECONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE

1) Ecologie sociale

a) Taxe carbone

a) Ségolène Royal a posé les bases de ce que devrait être une fiscalité verte

c) Croissance verte : une politique applicable au territoire national

2) Economie sociale et solidaire

a) Une politique volontariste, un nouveau modèle économique …

b) … qui lie objectif de « durabilité » et réflexion sur le travail

B) REPENSER JUSTICE SOCIALE ET LUTTE CONTRE LES INEGALITES

1) Egalité, dignité et solidarité : « une conception exigeante de l’individu »

2) Justice sociale et dynamique d’action

a) Ne pas simplement nommer les inégalités

b) Une proposition concrète, une mise en oeuvre précoce : le pacte pour la jeunesse

c) Une politique « au service des couches populaires » : au-delà de la verticalité et de la démesure

3)Urgence d’une alternative de gauche à la mondialisation ultralibérale

a ) faire de l’efficacité économique et de la justice sociale un couple inséparable

b) une gauche de combat et non de compromission : pour de nouvelles synergies sociales et populaires

4) Protection des populations, répartition des efforts

a) Enseignements des crises récentes : Union européenne, FMI et justice sociale

b) Construire un territoire humain qui respecte et protège

- Une Europe qui protège

- Un territoire qui protège ou « l’espace comme élément fondamentalement social et politique »

c) Se battre « dos au mur »

C) QUELLE VISION D’ENSEMBLE ?

 

1) Au-delà du « care »

2) Le socialisme républicain

 

 

 

AXE TROISIEME :

 

 

LA DEFENSE DES VALEURS REPUBLICAINES ou LA REPUBLIQUE DE LA FRATERNITE

 

 

 

A) L’ORDRE JUSTE

 

1) L'ordre juste n’est pas l’ordre moral

2) La sécurité

a) La sécurité fait partie de la question sociale

b) Refuser les amalgames et la « pénalisation » de la République

c) Une « action de combat » plutôt qu’un « vocabulaire de combat »

d) Autorité et respect au cœur du pacte républicain


3) La République du respect


a) Corruption de l’esprit public et respect de valeurs éthiques


b) Institutions, confiance et responsabilité


c) Respect du peuple

 

 

B) SUR LA NATION : identité nationale et République

 

1) Une Nation « héritée des Lumières »

 

a) L’approche de Ségolène Royal à travers ses textes

 

- La Nation, parce que ni la Nation ni l’amour de la France ne sont le nationalisme - La Nation, parce que la France est une Nation solidaire qui a la passion de l’égalité

- La Nation , parce que la France est une Nation intégratrice et universaliste

- La Nation, car la France doit être fière de sa République et de sa laïcité

 

b) Reconquérir les symboles de la Nation

2) Une Nation qui a pour nom « République »

 

a) L’idée républicaine, quelques éléments

b) Une République indivisible, laïque et sociale.

3) Quelques mots sur la laïcité

 

a) Le principe de laïcité indissociable de l’égalité et la fraternité républicainesb) Promouvoir « tous les registres d'émancipation »


C) FRATERNITE CHOISIE ou l’UTOPIE REPENSÉE

 

1) Utopie, exigence morale et droits de l’individu

2) Utopie et action fraternelles

 

 

 

 

* * *


AXE PREMIER : DEMOCRATIE PARTICIPATIVE ou UN NOUVEAU FONCTIONNEMENT POLITIQUE

 

 

A ) Participer ou l’émergence de nouvelles forces

 

Quand nous évoquons de nouvelles pratiques politiques, nous pensons démocratie participative, rassemblement de forces et mouvements syndicaux, associatifs, etc… ce qui n’est somme toute que décliner la fraternité vue comme l’ « agir ensemble » . Il va sans dire que cela ne correspond pas à l'actuelle "rénovation" du PS , lequel prône un "vivre ensemble" qui en fait reste dans la "verticalité" ! « Ah, écrit Stéphane Alliès, dans un article de Médiapart[1] cette fameuse «démo-part» raillée à longueurs de tribunes et de discours par les amis et ennemis politiques de Royal durant la présidentielle de 2007 ? Six ans durant, ( à savoir : en Poitou Charentes, dès 2004) elle s’est pourtant appliquée, et pas seulement de façon superficielle et communicationnelle ». Les étapes de la démarche participative expérimentée notamment à Porto Alègre[2] sont connues : identification des problèmes à régler, établissement de la hiérarchie des urgences et des investissements, examen de leur compatibilité avec les ressources disponibles, quitte à augmenter ces dernières par des mesures fiscales redistribuant la richesse des plus privilégiés vers les plus démunis, transparence dans les modes d’élection, etc … Certes dans un Etat tel que la France, il ne s’agit pas de jeter la démocratie représentative aux oubliettes. La « démocratie participative » peut se conjuguer harmonieusement avec un approfondissement de la démocratie représentative. Il s’agit en fait de conciliation, de faire en sorte qu’à un stade donné, chacun se sente réellement représenté, car il aura pu apporter sa pierre à l’édifice, aura été écouté et respecté.

1 ) Un élément de réponse à la crise démocratique, loin de tout discours démagogue

Ségolène Royal avait été particulièrement attaquée lors de la campagne présidentielle de 2007 sur sa proposition de « jury citoyens » , aussitôt assimilée aux tribunaux populaires de l’ère Mao ! Nous verrons que nous en sommes loin.

Il ne s’agit pas de développer la démagogie du « n’importe qui peut prendre une décision»,qu’on nous opposera facilement, dès lors que nous parlons de démocratie participative(l’expression soulignée est de J.C. Milner, précisément ancien Maoïste [3]): La démocratie participative ne correspond pas à un tel discours idéologique lequel « n’est en vérité que l’ombre portée du capitalisme financier » , pour reprendre les termes mêmes de Milner dans un entretien, accordé à Marianne[4], En bref, nous devons refuser de nous laisser ranger parmi certains de ces « idéologues actuels de la démocratie » qui prônent ce discoursdu « n’importe qui peut prendre une décision » . Il importe de dire que nous n’en sommes pas ! Milner ajoute en effet que la plupart des anglo-saxons en admettant l’horizon, du « n’importe qui » pensent qu’il faut revenir à un dispositif de multiplication de règles prises de manière autonome . Or, c’est l’esprit même du slogan de Nicolas Sarkozy avec son slogan du « tout est possible » ! Il convient de rappeler que Hannah Arendt voit le « tout est possible » comme la croyance fondamentale du totalitarisme. Et Ségolène Royal a eu raison, lors du débat télévisé du 2 mai 2007 de dire à N. Sarkozy : « avec vous, tout est possible, même le pire ». Car le slogan choisi laisse entrevoir la totalité des possibles, qui ne sont pas même imaginables en des « circonstances normales ».

 

Un autre point de vue, un autre « modèle », considère que nous ne reviendrons pas, après la crise, à la situation antérieure et qu’il faut repenser totalement le modèle de la régulation ; dès lors ce n’est pas « n’importe qui » qui édicte les règles. C’est ici que se pose la balance entre « limité » et « illimité ». La question de « qui décide, qui détermine les règles» est de nouveau posée ; or, Milner nous dit en fait que pendant la seconde guerre mondiale, non seulement il a été admis que cela pouvait être n’importe qui, mais également que ce « n’importe qui» a pu être Hitler [5]. L’écueil apparaît dès lors clairement : puisque cela ne doit pas être « n’importe qui», comment arrive-t-on à faire que cela ne soit pas « n’importe qui » sans passer par des procédures d’exclusion, de mise à l’écart, d’enfermement, d’emprisonnement ? La pensée politique classique a posé comme énonciateur des règles le peuple constitué en instance légitime, par exemple en contrat social. La conclusion de Milner au regard de la crise actuelle est dès lors qu’il faut repenser non seulement la régulation, mais également la notion même d’institution. C’est là que peut se greffer une réflexion novatrice sur la démocratie participative, laquelle n’est pas la règle du tout est possible ou du tout est permis. Mais elle passe par le respect des libertés et la considération de l’être humain .

 

2) La démocratie participative entend donner la parole au citoyen , elle n’exclut pas pour autant le politique ou l’expertise

Se pose en fait la question du rôle du politique eu égard tant à l’expert qu’au citoyen. Le politique peut se reposer sur l’expertise, il peut aussi s’en affranchir. Milner, dans le même entretien[6] avance que la tendance de l’expert est de dire : telle situation est improbable, ou a pour le moins une probabilité très faible de se produire. Et ils s’adressent aux politiques en disant : puisque c’est peu probable, vous pouvez considérer cela comme marginal et n’en pas tenir compte. Or, c’est que précisément à ce moment que le politique aurait dû dire : mon rôle de politique est d’intégrer dans le champ du possible ce que vous dites être le plus improbable ».

En bref, le politique et le citoyen sont à un point d’évolution de notre société secouéepar la crise financière, de vouloir remettre la main sur l’action politique. Les forts taux d’abstention , les votes en faveur de l’extrême droite , laissent penser que le peuple ne croit plus en l’action politique. Nicolas Sarkozy était parvenu à le séduire en arguant de son volontarisme politique. La déception de ces mêmes votants est grande aujourd’hui. La démocrate participative, la considération de ces personnes en tant que citoyens, êtres pensants et reconnus comme tels est le moyen de réintégrer les électeurs des catégories populaires dansl’action et le choix politique.

 

La démocratie participative suppose que le politique admette le partage du pouvoir , non qu’il l’abandonne ou se défausse. Les jurys citoyens proposés par Ségolène Royal dès la campagneprésidentielle ont été caricaturés comme de nouveaux tribunaux révolutionnaires ! La région Poitou-Charentes a fait le choix, pour évaluer l'efficacité des politiques mises en œuvre, d'associer des citoyens tirés au sort, lors d'ateliers et jurys citoyens. Comme elle s'y est engagée, la Région indique les suites données aux propositions du Jury citoyen. Il faut bien garder à l’esprit que, dans ce cadre, les élus gardent leur pouvoir de décision. Le jury délibère et émet des recommandations, il remet un avis. Les élus doivent répondre avec précision aux recommandations et critiques. Si une proposition n’est pas suivie, les élus en expliqueront la raison[7]. L’idée est donc fondamentalement de permettre aux élus de mieux exercer leur pouvoir, sur des questions ayant un enjeu concret, bien loin des conseils de quartier de nos villes ! « Pour rétablir la confiance, il faut que les citoyens perçoivent qu’on a bien identifié avec eux ce qu’ils vivent. Le meilleur moyen, c’est encore de leur demander ce qu’ils en pensent » , résumait Ségolène Royal en 2006 »[8] mettant en avant le terme alors mal comprisd’ « expertise citoyenne ». Pour elle[9], les citoyens « sont de bons connaisseurs de ce qu'ils vivent, ils ont une vraie capacité d'expertise de leurs difficultés et des résultats des politiques publiques ». Autant « les expertises, scientifiques ou techniques, l'arbitrage politique au nom de l'intérêt général », restent pleinement nécessaires , autant la prise des décisions adéquates suppose de prendre corps avec la réalité. La parole citoyenne est indispensable pour « vérifier que l'action publique atteint bien ses objectifs ».

 

La délibération des citoyens assemblés peut en fait compléter efficacement les institutions représentatives. William Keith[10] a montré qu’un « paradigme de la discussion » a émergé aux Etats-Unis au début du XXème siècle … sous l’influence notamment des écrits de philosophie pragmatique de John Dewey. Il a ensuite décrit comment les idéaux de la discussion en sont venus à prendre forme dans les années 1920 et 1930 dans diverses formes de « forums publics », lieux d’éducation civique. Il ne faut pas confondre toutefois « nouvel esprit de la démocratie»[11] et rhétorique de la proximité. A la tribune de l’Assemblée nationale, en novembre 2002[12], Ségolène Royal avait déjà critiqué la «démocratie de proximité» défendue par Jean-Pierre Raffarin, lors du débat sur la nouvelle loi de décentralisation. C’est pourquoi les conseils de quartier ne relèvent pas de la démocratie participative ; nous parlerons de démocratie participative dès lors qu’y aura un enjeu concret « à la clef ».

 

On ne peut éluder cependant le fait que la nouvelle demande de participation qui émerge dans nos démocraties (cf. blogs, forums, journaux participatifs, concertations, etc … exprime une insatisfaction à l’égard de la démocratie représentative et de ses processus habituels de médiation. Il ne s’agit pas de diriger en fonction de l’opinion du moment. Stéphane Alliès dans son article du 8 mars 2010 pré-cité (Médiapart.fr) indique n’avoir pu s’empêcher de soumettre un cas d’école à Sophie Bouchet-Petersen, conseillère de Ségolène Royal, : «Si vous aviez soumis la décision d’entrée au capital d’Heuliez à l’évaluation du jury et qu’il avait voté massivement contre, la région se serait-elle désengagée ?» La réponse fut la suivante : «Je pense qu’on n’aurait pas reculé. D’abord parce que, contrairement aux budgets participatifs lycéens, nous ne sommes pas liés aux décisions des jurés, ensuite parce qu’il faut parfois assumer d’être minoritaire. Comme on assume un leadership avant-gardiste.». Ségolène royal résumait ainsi le dilemme : « Cela ne signifie nullement qu’on écoute sans décider, mais au contraire qu’on décide, enrichi d’une intelligence collective».

 

B) Le respect de la parole citoyenne ou « Reconstruire une vie sociale qui ait un certain contrôle de soi »

1) Vers l’ « empowerment » ?

L’empowerment se définit comme l’appropriation – ou la réapproriation – par chacun de son pouvoir ou d’un certain contrôle sur sa vie.

a) Respect de l’individu et renaissance de l’action sociale.

J’évoquerai d’abord ici les analyses d’Alain Touraine telles qu’il les a présentées lors d’une conférence tenue en février 2010[13]. La crise a mis en évidence le fait que nous sommesdans une situation où l’économie n’appartient plus à la société . Parler d’économico-social il y a cinquante ou cent ans apparaissait comme un progrès, or cet « économico-social » n’est plus et nous assistons à la séparation de l’économique et du social. Et si l’on admet que le social était fait pour contrôler, organiser, , orienter l’ action économique dans des buts choisis par la majorité de la société, nous pouvons dire avec Alain Touraine, que les institutions sociales n’étant plus capables d’orienter, de contrôler, de réguler la vie économique, ces institutions sont en décomposition. C’est pourquoi il est possible de parler de crises au pluriel : crise de la ville,crise de l’Etat, crise de la démocratie, crise de la famille, crise de l’école, crise de la justice.

 

Nous en sommes au stade où il faut reconstruire une société, recomposer un système social. En bref, quelle est la valeur, la force ou l’objectif social qui peut s’opposer à un système financier axé sur la recherche du profit, auto-suffisant et sans aucune fonction sociale ? Ceci dans le double cadre défini par A. Touraine (séparation dorénavant complète de l’économie et du social, et un social en ruines). Pour lui, la sensibilité d’aujourd’hui est culturelle – en ce sens qu’elle porte sur les fondements mêmes des orientations culturelles de notre vie personnelle et collective.

Ainsi, les forces sociales aujourd’hui passent par des mouvements participatifs : les mouvements de femmes, les mouvements de l’écologie politique, les groupes de défense desminorités « intelligemment définis », etc … Dès lors Touraine fonde son raisonnement sur une nouvelle alternative : si nous avons d’un côté l’économie, de l’autre se trouve le sujet , à savoirla volonté des individus et des groupes d’êtres maîtres de leur propre avenir, de se commander eux-mêmes en fonction de ce qui le mérite, à savoir de leurs droits. Le « droit d’avoir des droits » (spécificité de l’espèce humaine, selon Hannah Arendt) lui apparaît comme le facteur de mobilisation des individus. On pourra opposer ici un risque de dérive consumériste ; Touraine défend pour sa part une approche fondée sur le respect. Les forces les plus profondes pour la renaissance d’une action sociale reposent en effet sur la volonté d’être respecté, de ne plus être humilié.

A. Touraine évoque deux montagnes qui entourent le vide social. Entre les deux, dans la plaine, se trouve ce qu’il appelle le bourbier – le marais dans lequel se débattent des individus désocialisés, dans lequel se développent la violence, la perte d’activité et d’énergie, etc… Toute la question est désormais de « recréer un système d’irrigation de valeurs » ou de « forces économiques brutes » qui « redonnent de la vie, et réaniment ce qui a été la société ». Il s’agit dès lors d’être capable de dire ce que sont nos « orientations valoratives » (par exemple : ce que doit être l’école) . En bref réanimer le vide social actuel à partir de l’économie d’une part et du sujet humain d’autre part.

 

Il ne considère pas que le sociologue contredit l’économiste (lequel va simplement chercher à réparer la machine en panne), il avance simplement que le sociologue s’appuie sur les profondeurs de l’humain. C’est à partir du plus loin de l’économie, de la capacité de recréer des éléments qui orientent l’action sociale et la vie personnelle , donc à partir d’une nouvelle transformation qu’il faut agir. Pour lui, de la même façon que la société industrielle a succédé à la société politique –laquelle avait succédé à la société religieuse, nous avons besoin d’avoir une vision complètement novatrice – ce qui suppose des arrachements dont nous ne sommes pas toujours capables. Il appelle à mettre l’accent sur ce qui est le plus loin des pratiques ordinaires, sur ce qui est porteur de sens afin de finalement redonner de la vie aux pratiques,aux relations, aux institutions qui forment notre vie personnelle et collective.

 

b) L’empowerment peut d’abord se définir comme un sentiment de réel contrôle sur sa vie ; il s’agit de reconsidérer ici expérience individuelle et activité dans un groupe ou une organisation. D’une intention abstraite, il est possible de passer à un objectif explicite et concret.L'empowerment comporte quatre composantes essentielles : la participation, la compétence, l'estime de soi et la conscience critique (conscience individuelle, collective, sociale et politique). Lorsque ces quatre composantes sont en interaction, un processus d'empowerment est alors enclenché. Ce processus est centré sur les forces, les droits et les compétences des individus et du groupe. Il faut interaction entre la coopération, la synergie, la transparence et la circulation de l'information. Le processus d’empowerment est alors le résultat de la participation à des actions politiques et collectives et suppose la participation active des personnes. Dans uneperspective politique, l'empowerment est le résultat qui permet de changer les structures actuelles et les relations de pouvoir entre les diverses instances, les intervenants et les individus. L'expérience a démontré que les programmes qui associent la population à leur gestion ont souvent mieux réussi que d'autres. Accéder à une réelle capacité politique, définir besoins, difficultés et attentes, être acteur de la vie publique et co-auteur des réponses à apporter, en bref, l’exercice d’une citoyenneté active, sont autant d’éléments de reconquête d’une dignité pleine et reconnue.Cet appel à l’empowerment , s’il suppose un renouvellement de notre culture politique, se nourrit utilementde ce qui fait la substance même de l’égalité républicaine (voir notre axe deuxième). Un champ très large de participation civique ne se conçoit pas en effet sans égale citoyenneté.

L’appropriation individuelle des décisions - la capacité à s’approprier une décision – peut être un facteur de recomposition institutionnelle, qui loin d’opposer participation citoyenne et démocratie représentative peut par l’une enrichir l’autre. Pour Ségolène Royal, la démocratie participative est un élément-clef de cette « République du respect » qu’elle entend construire avec les citoyens. Une république dans laquelle « l’Etat fonctionne bien, efficace et adapté aux risques d’aujourd’hui ». Une République « qui conduira de vraies réformes parce qu’elles seront justes et élaborées démocratiquement [14]”. Autant de choses qu’elle a d’ores et déjà expérimentées dans la région dont elle est Présidente.

 

 

2) Démocratie participative et conséquences sur la gestion régionale en Poitou-Charentes

 

 

 

Pour le sociologue Yves Sintomer[15], spécialiste de la démocratie participative, la principale innovation du Poitou-Charentes réside dans les moyens humains et financiers mis en œuvre[16] : «Une équipe de plusieurs personnes, convaincues, motivées et sérieuses intellectuellement, ça c’est original ! D’habitude, les politiques convaincus ne sont pas en position de pouvoir et, quand ils le sont, ils relèguent la démocratie participative à la marge de leur action, qui se résume généralement à des conseils de quartier sans grand pouvoir. Ici, c’est au centre de l’administration et il y a une pratique réelle sur l’action locale».

 

Ségolène Royal notait le 21mai 2010 que « pour vaincre le scepticisme de ceux à qui on ne demande jamais leur avis, de ceux qui ont plus l'habitude de subir que de peser, de ceux qui se méfient d'une demande émanant d'une institution, de ceux qui soupçonnent les politiques d'intentions toujours manipulatrices, il faut un enjeu réel qui justifie l'appel fait aux citoyens et le temps qui leur est demandé. L'enjeu[17], c'est soit un pouvoir de décision direct (comme dans les Budgets Participatifs) soit un vrai pouvoir d'inflexion de la décision publique(comme dans les Jurys Citoyens), ce qui suppose que les propositions retenues (pas forcément toutes) soient vraiment appliquées ».

 

a) Budgets participatifs lycéens

 

Le Budget participatif des lycées repose sur «deux principes intangibles de la démocratie participative, détaille Sophie Bouchet-Petersen, conseillère spéciale de Ségolène Royal : «1) S’engager à ce que le conseil régional soit lié par les décisions issues des votes, sinon ces votes n’ont aucun sens. 2) Débloquer un budget conséquent, … pour impliquer les gens et les convaincre que venir débattre a de l’intérêt.». C’est environ 10% du budget lycée de la région qui est délégué aux usagers (élèves, professeurs, personnel). soit un peu plus de 10 millions d’euros[18]. Les lycées font remonter des projets classés par ordre de priorité. Pour Yves Sintomer, il s’agit de la «première expérience digne de ce nom en Europe» … «cette expérience a démontré qu’en y mettant du budget et en réorganisant l’administration en fonction de la démocratie participative, elle peut influer sur le service de la vie lycéenne en profondeur».

 

b) Jurys citoyens

 

« Les s deux règles intangibles de départ sont[19] le tirage au sort et l’indemnisation de son travail d’expertise citoyenne. Le tirage au sort permet la participation de différentes catégories de citoyens. C’est un point fondamental ; nous avons dit déjà que la « proximité » n’était pas un critère suffisant ; les « châtelains » ne sont-ils pas souvent « proches » de leurs gens ? En général, ont tendance à l’investissement de proximité ceux qui ont le temps et ne craignent pas de parler en public. Le tirage au sort est réalisé en fonction de quotas (diversité sociale et géographique, parité jeunes/vieux et hommes/femmes), aboutissant à un listing de 500 noms issus des listes téléphoniques. Pour Sophie Bouchet-Petersen, « on est en train d’inventer un service public de la démocratie participative ».

Après avoir accepté de siéger, le juré reçoit de la documentation sur l’action régionale (rédigée par les services de la région) qu’il est chargé d’évaluer, moyennant une indemnité de 150 euros[20] . Parmi les outils mis à disposition : dossier pédagogique et audition d’experts à points de vue contradictoires. Une méthodologie d’animation permet que tout le monde prenne la parole. Le consensus n’est pas obligatoire. Mais les représentants de l’institution ne participent pas aux délibérations.

A titre d’exemple, un Jury citoyen sur les politiques régionales de lutte contre le changement climatique a remis son avis au Conseil régional. « Parmi les évaluations …, les réorientations …et les préconisations … permises : le cap fixé vers «l’autonomie énergétique des petites communes» , la suppression d’un critère d’âge pour les bourses Désirs d’entreprendre ou la mise en place d’une carte famille nombreuse pour les TER. En bref, le processus est enclenché.Pour Sophie Bouchet-Pétersen, «les élus réagissent comme si cela allait affaiblir leur leadership … (mais) les jurys doivent être vus comme un outil de correction permanente de nos politiques.»

 

3) Importance de la mobilisation des classes populaires

Nous avons d’emblée abordé cette question à propos du tirage au sort mis en place pour les jurys citoyens. Les 6èmes rencontres Europe-Amériques organisées le 21 mai 2010 à la Maison de la région Poitou-Charentes portaient justement sur le thème « Démocratie participative :Raisons et conditions de la mobilisation », autour de la question « Qui participe ? Qui ne participe pas ? Et pourquoi ? ». Dans son discours d’ouverture, Ségolène Royal revenait sur cette question[21] des conditions à réunir pour tenir la « promesse d'un égal accès de tous à la parole, à la délibération et à la décision », afin « qu'un Budget Participatif ou un Jury Citoyen ne reproduisent pas ce « biais sociologique » abondamment décrit par les chercheurs, qui relègue aux marges de l'espace public ceux qui ne s'y sentent pas à leur place et ne possèdent pas les codes habituellement exigés pour y être reconnus ? ». Elle faisait bien le constat d’unecarence de la démocratie électorale [22] : Il s’agit, en bref, de parvenir à « d'unedémocratie authentiquement participative et non de ce que, trop souvent, on baptise du même nom : une fade « démocratie de proximité » sans enjeux ou ce que les chercheurs appellent « écoute sélective », simples consultations sans règles du jeu claires, frustrantes, décevantes et lassantes pour ceux qui y prennent part ».

Edgar Morin, ardent défenseur de la démocratie participative ne la présente pas pour autant comme « une solution magique »[23]. Le risque, nous dit-il, « est que les populations les plus concernées en soit absentes, les vieux, les femmes, les jeunes, les immigrés. … Il y a aussi le risque que ces assemblées soient noyautées par des partis » . Souvent aussi, ce sont lesmêmes « qui jouent les rôles les plus importants et beaucoup se taisent. Il y a toute une éducation à faire sur la démocratie participative ». Pour lui, « si on amorce la pompe au renouveau citoyen, les choses peuvent se développer. …. Comme il y a un dessèchement de la démocratie, la régénération de la démocratie compte » .

 

Ségolène Royal notait la décision, lors de la création des budgets participatifs lycéens, de « mobiliser à égalité les lycéens de toutes les filières d'enseignement (générale, technologique, professionnelle, agricole). Y compris l'enseignement adapté qu'on … conseillait (à la région) de laisser de côté parce que ce sont souvent des enfants en grande souffrance et qui se vivent comme en marge du système scolaire ». Nous rappellerons l’extension du dispositif « aux Maisons Familiales et Rurales qui forment des jeunes souvent issus de familles d'agriculteurs, aux ressources généralement modestes » -l’idée étant de « toucher les élèves de tous les milieux et de garantir à tous une même égalité de traitement ».

Pour les Jurys Citoyens, l’objectif est de « garantir la diversité du recrutement et l'égalité devant la parole » et de veiller à « refléter aussi bien que possible la diversité sociale, générationnelle et territoriale de la région ». L'indemnisation de la participation de chacun a sans doute, pour les plus démunis, facilité la décision de participer. Les 3 Jurys réunis en 2008 et 2009 avec, chacun, sa trentaine de participants, présentaient des profils très divers[24].

 

En Poitou-Charentes, une réelle attention a été portée à l’égalité d'expression [25] . Ségolène Royal sait à quel point « tout repose, à ce stade, sur la qualité de l'animation[26] … confiée à une équipe expérimentée qui a veillé : à l'appropriation collective, pas à pas, de la documentation fournie, de sorte que ceux peu familiers de la lecture ne soient pas pénalisés ; à la préparation également collective des auditions ; à ce que nul, enfin, ne monopolise la parole ». L’objectif restait bien celui d’une participation populaire.

C ) La fraternité ou l’ agir ensemble

L’expérience des jurys citoyens n’entend pas opposer démocratie participative et démocratie associative. Selon le candidat d’Europe-Ecologie, Serge Morin, «la mise à l’écart de la sphère associative dans le procédé de consultation constitue une limite inhérente à la démarche. Un point de vue que partage mais nuance Yves Sintomer : «C’est vrai que démocraties associative et participative peuvent entrer en tension, mais il ne faut pas se mentir non plus : la « crise du représentatif » actuelle touche aussi les associations qui sont en partenariat privilégié avec les collectivités locales, qui se sont souvent perdues dans la cooptation clientéliste » Selon lui, «l’intérêt essentiel des jurys citoyens est qu’ils permettent de toucher des gens qui ne seraient pas concernés sinon».

On nous dira aussi que nous prêtons le flanc au « refrain favori des zélotes de la jungle néo-libérale » selon les mots de Philippe Chanial dans son ouvrage sur « la délicate essence du socialisme »[27] : la « société civile contre l’Etat » ; or, l’ « associationnisme » fut au contraire « la première manifestation de résistance, dès la naissance de l’industrialisation moderne, à la société de marché » et présente, à l’heure même de la crise de la sociale-démocratie , une nouvelle voie médiane entre le « tout marché » et le « tout Etat ». La « révolution démocratique » proposée par Ségolène Royal[28] ne suppose-t-elle pas de retrouver l’esprit de l’Association – « avec un grand A » comme matrice des utopies de réforme sociale et horizon des revendications et expérimentations[29] ? Philippe Chanial évoque un impératif de socialisation davantage synonyme d’association que de collectivisme ou d’étatisation, un impératif qui suppose l’extension de l’espace public, pris en charge par une pluralité d’associations financées et coordonnées - si nécessaire - par l’Etat, les régions et les communes.

Dès lors qu’il s’agit de réaliser conjointement le socialisme et la démocratie, toute la difficulté aujourd’hui est de concilier un héritage de la pensée sociale-démocrate ( critique d’unsocialisme identifié à l’Etat centralisé et bureaucratique) et l’opposition à la résurgence de l’idéologie libérale par la perspective d’une citoyenneté active. C’est ici que la lucidité impose la question suivante : s’agit-il là seulement de réformer la sociale-démocratie afin d’en revitaliser les projets et les formes de régulation - en mobilisant plus systématiquement les énergies associatives - ou s’agit-il d’ouvrir résolument la perspective d’un ordre politique, social et économique alternatif ? [30]

Deux écueils sont à éviter :l’écueil utilitariste (associations fondées sur le modèle de groupes d’intérêt) et l’écueil communautariste (associations particularistes). Quant au premier point, le socialisme associationniste peut s’identifier à la démocratisation des entreprises et des institutions politiques et repose avant tout sur la lutte contre toutes les formes de pouvoir autocratiques, de domination ou de centralisation qui écartent la participation citoyenne. Sur le deuxième point, il importe de ne pas rompre avec l’inspiration républicaine[31] de l’associationnisme originel , afin de ne pas fragiliser le sentiment d’appartenance à une communauté politique partagée [32]. Pour Philippe Chanial, l’associationnisme proposé autourde la démocratie participative et de l’économie solidaire (voir notre axe deuxième ) refuse de dissoudre l’association dans le marché ou les communautés. Il privilégie avant tout « la contribution des associations à l’ordre démocratique : renforcement, de la souveraineté populaire, de l’égalité politique, de la conscience civique et de l’engagement citoyen » . En fait, « l’autonomie sociale » doit permettre aux hommes de se lier autrement que par des relations d’intérêt ou de pouvoir.

Philippe Chanial note que, pour Eugène Fournière déjà, la Révolution démocratique du XIXème siècle ne se pouvait réduire aux droits de l’homme ou au régime représentatif. En fait, la pénétration croissante du domaine public par les associations, par les individus librement associés, traduisent un réveil du civisme, de l’esprit social en même temps qu’elles attestent de la vigueur de l’individualisme moderne. Or cette révolution peu visible « constitue aujourd’hui un ressort et un levier essentiel pour le socialisme s’il sait voir ce qui s’y joue et y prend sa part »[33] : un socialisme de liberté et d’activité peut inclure une forme d’appropriation collective ( associative) des fonctions publiques A noter que la pratique associative moderne, laïque et volontaire, se situe très loin de l’association d’ancien régime, « corps privilégié au sein d’une société de corps hiérarchisés » et constitue une critique explicite d’une telle société d’ordres[34]. Nous sommes plutôt face à un « idéal de réorganisation générale de lasociété ». Sans nostalgie aucune de ces formes contraintes, le mouvement ouvrier et socialiste naissant fut[35] le laboratoire des utopies et pratiques associatives , inventant des formes nouvelles et une voie alternative. L’idée d’Association[36] aura été en fait une réponse à la question sociale (voir axe deuxième) et, pour Marcel Gauchet[37], un « principe d’existence collective complet, porteuse d’un nouvel être-en-société ». La Nation est définie, selon la pensée de Siéyès, comme un « corps d’associés » quand l’Etat est compris lui-même comme une « association politique [38]» entre « des citoyens libres et égaux unis par des liens de fraternité ». Jean Jaurès dans son Discours à la jeunesse de 1903 interroge : « qu’est-ce doncque la République ? » si ce n’est « un grand acte de confiance » … proclamant « que des millions d’hommes sauront tracer eux-mêmes la règle commune de leur action » ? A nous d’être de nouveau inventifs, en ces années qui constituent bien un moment charnière.

 

Nous pouvons avancer l’idée d’une nécessaire humanisation de la politique et de la vie sociale. La liberté et l’égalité se trouvent grandies de la référence à la fraternité. La fraternité est ainsi selon Jean Daniel, « un thème camusien » : « Camus a critiqué très puissamment le capitalisme, la déshumanisation de toute politique à droite comme à gauche. La justice sans la liberté, c'est la dictature ; la liberté sans la justice, c'est la loi du plus fort : il voulait la justice et la liberté ». Il se trouve que Régis Debray a remercié Ségolène Royal (Assemblée générale désirs d’avenir , 28 mars 2009) pour avoir remis au goût du jour le mot « fraternité »[39] , insistantsur le fait que les trois notions de liberté, d’égalité et de fraternité doivent se pondérer l’une l’autre pour faire « République » ! Il voit trois choses dans toute fraternité vivante : un refus de l’ordre existant (le combat) ; un projet (le programme) ; et enfin une organisation et un réseau(l’agir ensemble) - sa conclusion étant que Désirs d’avenir a pris de l’avance !!!

 

Selon Rémi Lefebvre[40], le PS est un parti d’élus ou d’aspirants à l’élection, où le militantisme (…) adopte un fonctionnement autocentré ». C’est ce qu’il appelle « l’entre soi socialiste », un parti replié sur lui- même, et qui n’est pas cette liaison avec la société et les groupes sociaux qu’il est supposé défendre ». C’est précisément ce que Ségolène Royal entend développer : la liaison avec les groupes sociaux et la société ! Rémi Lefebvre avait avancé l’idée[41] que les dirigeants socialistes en pensant la société comme individualiste, contribuent eux-mêmes à la dévaluation de l’idée de classe. Selon lui, en parlant d’individualisation du militantisme, le PS ne fait qu’entériner une réalité à laquelle il participe. La stratégie d’alliance engagée par Ségolène Royal à l’occasion des élections régionales en Poitou-Charentes de mars 2010 passe par unlarge rassemblement qui dépasse tant le PS que la gauche plurielle des années Jospin. Elle a su réunir auprès d’elle dès le premier tour plusieurs élus sortants écologistes, un ex- communiste, des centristes humanistes ex-Modem, des dirigeants syndicaux s'étant illustrés lors de conflits sociaux ( Heuliez , New Fabris, à Châtellerault). Réunir des syndicalistes ou des militants associatifs suppose le dépassement des clivages traditionnels. A l’image de ce que Europe Ecologie a pu apporter aux Verts alors auto-repliés… Ce que Julien Dray a appelé une« dialectique du rassemblement »[42] ou ce « grand rassemblement populaire », que Jacques Julliard appelle de ses voeux[43] , « ouvert à toutes les forces hostiles au néocapitalisme, du centrisme à l’extrême gauche, (et surtout) décidé à installer un nouveau rapport de forces au sein de la société ».

Ce que Ségolène Royal a voulu développer par la démocratie participative dépasse l’héritage d’une « deuxième gauche » compromise avant même d’être abattue par la crise. Une société adulte se choisit un destin, nous dit Jacques Julliard[44] – ce que Cornelius Castoriadisappelait « l’institution imaginaire de la société », la capacité d’une société à s’imaginer elle-même un destin. C’est là qu’il faut aller chercher l’inspiration, précise-t-il, dans « cette déclaration d’autonomie intellectuelle et politique des citoyens par rapport à toutes les autorités instituées ». On peut soutenir également que les faits (macro) sociaux ne sont pas simplement donnés, mais émergent de pratiques routinières de la vie de tous les jours[45]. Si on relie cette donnée au « lancinant désir de justice » qui, s’il n’anime plus guère de socialistes d’aujourd’hui[46] , taraude des couches populaires avides d’égalité et de revitalisation du pacte républicain, on comprend mieux ce qui fait l’essence même de toute une démarche politique.

 

Ségolène Royal a pris acte, par la création de Désirs d’avenir, de cette attente d’engagement collectif que le PS n’assure plus. L’innovation la plus profonde dans cette démarche est de considérer tant le respect de l’individu et de sa parole de citoyen que l’action collective et l’agir ensemble - toutes choses que le PS a négligées dans son triste accueil fait aux adhérents dits « à 20 euros » , toutes choses que la rénovation factice enclenchée au lendemain du congrès de Reims n’a pu intégrer et assumer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] - Stéphane Alliès, Jury citoyen, budget participatif : Ségolène Royal au pays de la «démo-part»Médiapart..fr, 11 mars 2010

 

 

[2] - « référence à LA référence en matière d’invention de procédés démocratiques innovants » , Stéphane Alliès, dans le même article

 

 

[3] - Marianne.fr, 6 mars 2010

 

 

[4] -ibid, extraits ci-après

 

 

[5] « repenser la notion d’institution, c’est pratiquement, non pas une révolution, mais un retour à une réflexion qui a été ravagée par ce qui est arrivée en Europe au XXe siècle. La Shoah permet de mesurer que la question de la balance entre limité et illimité, la question de « qui décide, qui détermine les règles» est de nouveau posée. Si c’est « n’importe qui », pourquoi pas Hitler ? Si ce n’est pas « n’importe qui», le premier axiome devrait être « cela ne doit pas être Hitler ».

 

 

[6] - selon lui, « Ce que l’on appelle l’expertise de manière générale, que ce soit l’expertise économique, l’expertise médicale, l’expertise en matière d’environnement etc., est toujours fondée en dernier ressort sur un calcul de probabilité »

 

 

[7] - Ségolène Royal, le 18 janvier 2010 (séance du conseil régional) : « Nous avons pris l'engagement, comme nous l'avons fait précédemment, d'examiner chacune de vos remarques et de vos recommandations : celles que nous retenons et celles que nous ne retenons pas, puisque au bout du compte … c'est la démocratie représentative qui prend la décision après l'expertise des spécialistes, ou l'expertise citoyenne que vous représentez. Les avis que vous nous remettez aujourd'hui, seront rendus publics. Bien évidemment, ils seront accessibles à tous sur le site internet de la région. Et les réponses que la région vous apportera aussi, seront également rendues publiques ». Et d’ajouter n’être « pas du tout intervenue dans (les) travaux parce que je ne voulais pas que vous pensiez que c'était instrumentalisé ».

 

 

[8] - Le Nouvel Observateur, 6 avril 2006

 

 

[9] - cf.Maintenant, Ségolène Royal répond à Marie-Françoise Colombani, Hachette Littératures, 2007

 

 

[10] - Democracy as Discussion: The American Forum Movement and Civic Education, Rowman and Littlefield, Lexington Books, 2007.

 

 

[11] - Loïc Blondiaux , Le nouvel esprit de la démocratie. Actualité de la démocratie participative, Seuil, coll. « La République des idées », 2008

 

 

[12] - «Lors de son intervention, elle dit déjà tout : jurys citoyens, budgets participatifs, référendum d’initiative populaire» , assure Sophie Bouchet-Petersen (Médiapart, 8 mars 2010)

 

 

 

[13] - Alain Touraine : « la double mort du social », fev . 2010, conférence ERNEST

 

 

[14] - France 2, Les 4 vérités, 2 juillet 2006

 

 

[15] - Le pouvoir au peuple. Jurys citoyens, tirage au sort et démocratie participative (La Découverte, 2007) ; avec Carsten Herzberg et Anja Röcke, Les budgets participatifs en Europe. Des services publics au service du public (La Découverte, 2008)

 

 

[16] - Mediapart, 8 mars 2010 : une dizaine de personnes suivent le dossier participatif à la maison de la région, avec des relais dans chaque service, et il est demandé à chaque élu de la majorité d’accompagner les procédures

 

 

[17] - « La qualité de l'expérience vécue en commun par les citoyens, la satisfaction d'être reconnus comme capables d'expertise et force de proposition, l'engagement dont ils font preuve pour être à la hauteur de leur tâche, le sentiment qu'ils en retirent d'un monde politique moins éloigné de leurs préoccupations, tout cela peut très vite se retourner en violente déception si la parole donnée n'est pas tenue et si leur travail, au bout du compte, ne débouche sur rien de palpable. Car les citoyens ne s'y trompent pas. Ils savent distinguer une mise en scène participative d'une participation vraie ».

 

 

[18] - Mediapart, 8 mars 2010 : Si les réticences, notamment de la part du corps enseignant, ont été nombreuses au début, le dispositif a progressivement été étendu à la moitié des lycées publics (général, professionnel, adapté) de la région (la première année), puis la totalité la deuxième année, avant d’être même adapté aux lycées privés et aux «Maisons familles rurales». A chaque fois, le principe est le même : réunis dans la cour, le préau ou le hall de l’établissement, les usagers portent leur projet (parfois épaulé par l’animateur culturel, un poste que la région a créé dans chaque lycée) et l’ensemble des présents votent, selon le principe d’un homme égale une voix et selon un système de points. En l’espace de six ans, parmi 1.500 délibérations adoptées, ce sont des salles de musculation, des réfections de douches d’internat, des voyages linguistiques, des achats de minibus ou de studios radio qui ont été votés, puis inaugurés dans toute la région

 

 

[19] - source : Mediapart, 8 mars 2010

 

 

[20] - («C’est un boulot, et ça doit être payé !» ). La région établit également une lettre de justification d’absence pour les deux jours de délibérations en semaine, paie le gîte et le repas, et prend en charge les éventuels frais de garde.

 

 

[21] - « Sont-ils bien là, dans nos différentes déclinaisons de la démocratie participative, avec tous les autres et pas moins légitimes, ceux dont on entend si peu la voix ? Ceux qu'on ne sollicite pas pour qu'ils disent ce qu'ils savent des situations qu'ils vivent ? Ceux dont on veut le bulletin mais pas plus et qui, en retour, ne se préoccupent plus de peser quand on ne leur renvoie que l'image de leur disqualification et que tout pouvoir d'influer leur est dénié ? Ceux qui perçoivent souvent les institutions comme plus humiliantes que protectrices ? Et le vote, ce droit chèrement conquis, comme une injonction qui ne fait plus sens ? C'est, pour la démocratie participative, une question-clef ».

 

 

[22] - « A fortiori quand, sur fond d'insécurisation sociale, de chômage de masse et de précarisation croissante … sur fond aussi de globalisation subie et de cours erratique des affaires du monde, progresse un sentiment d'impuissance qui a pour corollaire un indifférentisme électoral seulement entamé, à titre exceptionnel, par la campagne présidentielle de 2007. Ainsi se répand l'impression que «là-haut », classe politique incluse et toutes étiquettes confondues, tout se vaut et s'équivaut dans un monde lointain régi par l'entre-soi. »

 

 

[23] - Rue 89, 23 janvier 2011

 

 

[24] - « Des hommes et des femmes de tous âges, des actifs, des chômeurs, des retraités, des mères au foyer, des ouvriers, des cadres, des artisans, professions libérales, des salariés du public et du privé, des femmes de ménage, une jeune caissière de supermarché mère célibataire... »

 

 

[25] - « Nous savions qu'un problème majeur était celui de l'égalité devant la somme d'informations à assimiler et la prise de parole, c'est à dire la capacité à interroger les intervenants auditionnés et à prendre une part égale à la délibération collective. Certains nous ont confié, à l'issue de leur Jury, qu'ils n'avaient jamais autant lu depuis 10 ou 15 ans et que s'y remettre à haute dose avait requis de leur part un gros effort. Vous verrez dans le petit film qui sera projeté tout à l'heure, qu'un juré, ouvrier dans une usine de produits surgelés, appréhendait de se retrouver dans un groupe où les différences sociales et culturelles risquaient de le mettre en position d'infériorité. Je vous laisse découvrir ce qu'il en dit ».

 

 

[26] - l'animation a été évaluée par les jurés en fin de session

 

 

[27] - Philippe Chanial, La délicate essence du socialisme, l’association, l’individu et la République, Editions du Bord de l’eau, 2009, page 101

 

 

[28] - cf. Fête de la Rose de Frangy en Bresse, 20 août 2006 ; Contribution « combattte et proposer », 2008, …

 

 

[29] - cf. Philippe Chanial, La délicate essence du socialisme, op.cit., page 103

 

 

[30] - ibid, page 114

 

 

[31] - Sans nier un paradoxe de l’associationnisme révolutionnaire, et rappelant au contraire la loi Le Chapelier, P.Chanial note que les pratiques associatives pré-révolutionnaires, puis révolutionnaires expriment déjà la trinité républicaine (ibid, page105). La réalisation de la République exige de redéfinir les liens économiques et politiques comme des liens de réciprocité, basés sur la coopération libre et volontaire (dans la lignée de Proudhon). L’égalité permet l’autonomie publique et la liberté politiques. L’égalité est la condition d’une citoyenneté active et implique un champ d’application très large de participation civique, qu’il s’agisse de l’Etat ou de la sphère économique( ibid, page 246)

 

 

[32] - ibid, page 116

 

 

[33] - ibid, page 157

 

 

[34] -Sont visés, comme l’explique fort bien Chanial, des formes de regroupements volontaires, non hiérarchisés

 

 

[35] - ibid, page 106

 

 

[36] - ibid, page 107

 

 

[37] - L’avènement de la démocratie II, la crise du libéralisme, Gallimard, 2007, page 91, cité par P.Chanial,op.cit., page 107

 

 

[38] - cf.article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789

 

 

[39] - Madame Royal n’a jamais prétendu avoir inventé le concept de fraternité ou en être propriétaire ! cf . Guillaume Mazeau , Laurence De Cock : « Non, Madame Royal, la « Fête de la fraternité » n’est pas votre propriété », Mediapart, 5 avril 2010. Les « fêtes de la Fraternité » eussent elles été inventées pendant la Révolution française dans le cadre de la déchristianisation de l'an II (1793-1794), Ségolène Royal a tout simplement tenu à revivifier les principes républicains. Ainsi a-t-elle pu revitaliser, dirions-nous, le concept de la fraternité en organisant des Fêtes de la fraternité, aujourd’hui régulières.

 

 

[40] - Entretiens de Solférino du 8 avril 2009 avec Rémi Lefebvre : les transformations des pratiques militantes

 

 

[41] - avec Frédéric Sawicki, La Société des socialistes, Editions du Croquant, Bellecombe-en-Bauges, 2006.

 

 

[42] - Son blog, 11 décembre 2009, http://juliendray.blogspot.com/2009/12/dialectique-du-rassemblement.html

 

 

[43] - Vingt thèses pour repartir du pied gauche, Libération, 18 janvier 2010

 

 

[44] - Jacques Julliard, « Ma gauche ! », éditorial, Marianne, 4-10 décembre 2010.

 

 

[45] - le macro-social , au sens de descriptions résumées, hors contexte, normalisées et typifiées, est (alors) un produit typique des procédures interactives et organisationnelles qui transforment les micro- événements en structures macro-sociales Aaron V. Cicourel : "Micro-processus et macro-structures - Notes sur l'articulation des différents niveaux d'analyse" (traduction française par Alain Accardo et Francis Chateauraynaud, révisée par Philippe Corcuff, SociologieS, rubrique "Découvertes/Redécouvertes", 29 octobre 2008, http://sociologies.revues.org/document2432.html

 

 

[46] - devenus des gestionnaires résignés, orléanistes de gauche, selon Julliard , in : Marianne, op.cit

 

 

 

 

 


 

 

 

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Sandrine Piaskowski, 10 mars 2011

Animatrice DA 91

Docteur en droit

 

Diplômée de l'IEP de Paris

Responsable de la chronique "Actes concertés" de l'Annuaire du droit de la mer

Formatrice auprès des collectivités territoriales

 

 

 

 

 

 

 

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