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Billet de blog 30 oct. 2010

SÉGOLÈNE ROYAL ET LA SÉCURITÉ

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ParSandrine Piaskowski

SégolèneRoyal a eu le courage de mettre le thème de la sécurité au cœur de sa campagne de 2007. Elle avait su comprendre que les premièresvictimes de l’insécurité étaient les habitants des banlieues défavorisées eux-mêmes . Ségolène Royal n’a pas renoncé. Pourelle, « le droit à la vie, à la liberté, à la sûreté de lapersonne humaine, comme c’est inscrit dans la déclaration universelle des droits de l'Homme, est unrôle fondamental que l'Etat doit assurer » . Elle aura en effet appelé ses camarades du PS à reprendre sespropositions sur la sécurité durable et l'ordre juste[1].

a) La sécuritéfait partie de la question sociale

- La sécurité n’est pas un thème de droite

Selon Ségolène Royal, «la politique deNicolas Sarkozy n'est en rien sécuritaire. Au contraire, elle produit de laviolence[2]». Elle ne manque pas de noter, dans le contexte de l’été 2010fortement marqué par les thèmes « sécuritaires », que les agressionssur les personnes ont massivement augmenté depuis huit ans. Mais, ajoute-t-elle dans Marianne , le27 août 2010, « le paradoxe n’en est pas moins évident : dénoncer la «politique sécuritaire »[3]demeure parfaitement contre-productif. Car, dans « sécuritaire », il y a «sécurité ». Or, elle a saisi laprofondeur de l’aspiration à lasécurité dans les catégories populaires. Aussi appelle-t-elle à « sortir de l’aveuglementthéorique de l’élite politique – y compris d’une certaine élite politique degauche ».

Ainsi le PS aurait-ilgagné à ne pas se limiter après 2007 à « la dénonciation de la suppression de la police deproximité », et à « celle de la suppression denombreux postes de policiers [4]». «C'est unefaute de penser que le thème de la sécurité est de droite», affirme-t-elle dansle journal Libération le jour même de l’ouverture de l’Université d’été du PS àLa Rochelle[5] .

Pour Philippe Bilger[6], Ségolène Royal, en reprenant « un discours de fermeté et de rigueur quiavait fait le fond, pour certains surprenant, de sa campagneprésidentielle » de 2007, met clairement l' « angélisme »… « au rancart ».Il faut noter en effet qu’elle a pris le risque d’évoquer l’existence d’une« ligne laxiste » au PS - ligne qu’elle ne souhaite pas voirl’emporter[7]. Et « la socialiste qu'elle est ne se contente pas, commela plupart de ses amis du parti, de dénoncer par exemple "la politiquegesticulatoire" de Nicolas Sarkozy s'il faut en croire Laurent Fabius (LeMonde) ». Elle aura égalementaffirmé lors de la fête de la fraternité d’Arcueil, le 18 septembre 2010,que l’anti-sarkozysme ne suffit pas ; c’est bien par le biais d’actions et de propositionsconcrètes qu’elle invite à œuvrer, loin de promesses abstraites ou de simples artifices de langage.

Ségolène Royal refusedepuis longtemps de laisser de côté ces questions majeures dans le cadre del’élaboration d’un projet socialiste. En effet, laquestion de la sécurité de tous est fondamentale, il n’est plus possibled’éluder ce qui est une desfonctions de l’Etat.

- L’insécurité, un problème global

Ségolène Royal réaffirmeque « les Français ont besoin de sécurité, notamment au moment où ils sontdurement frappés par la précarité économique[8] ». Alors que « certains à gauche continuent à dire que seule laquestion sociale est centrale »[9], « quetout le reste est diversion »[10] , elle pense que le défi est à lafois social et sécuritaire. Elle propose dès lors (Libération, 27 août 2010) de dire que « la sécuritéfait partie de la question sociale». Elle dira même quela question de la sécurité est une question sociale.Elle ajoutera ( Marianne, 27 août 2010)qu’il : « il est grand tempsde comprendre que l’insécurité est un problème global, indissociable de laquestion sociale en général, cette précarité au quotidien que vivent desmillions de familles hantées par la peur de l’avenir pour leurs enfants ». Elle insiste sur le fait que« dans le nouveau contexte global d’insécurité sociale et morale, lesFrançais issus des catégories populaires et de la classe moyenne se sententmenacés par le « descenseur » social. « Ceuxqui souffrent de l’insécurité au quotidien - dans les quartiers, dans lestransports, à l’école – sont ceux aussi qui souffrent de la précaritééconomique et sociale », elle en a pris acte. Philippe Bilger note que « l'insécurité, d'autantplus vivement ressentie qu'elle est une fille naturelle de la crise, occupetout l'espace » et qu’ « à l'évidence cette prédominance socialedemeurera ». Ségolène Royal,fidèle à sa ligne directrice, « persiste et signe », et ce faisant, anticipe.

Si nous admettons avec Rémi Lefebvre[11]que « l’aspiration à l’ordre s’accroît au rythme de la déstabilisationprovoquée par le libéralisme économique » , il importe de comprendrecomment la droite a pu détourner cette « aspiration à plus de protection et d’ordre sur le terraindes valeurs ». Il note que« l’insécurité économique provoquée par le nouveau capitalisme a conduitune partie du prolétariat et des classes moyennes à rechercher la sécuritéailleurs, dans un univers « moral ». A nous de reconstruire le« pacte républicain » et de prendre en compte ces nouvelles formesprises par les inégalités. C’est ainsi que je crois pouvoir lire le pari deSégolène Royal : « Si on veut que la France reste le pays desLumières, il faut empêcher qu’elle ne tombe dans l’obscurantisme, qu’elle nedevienne la proie de l’insécurité sociale ».

Alors qu’en 2007, nombrede socialistes raillaient : l’«ordre juste », c’est « juste l’ordre »…, elleentend montrer aux Français qu’iln’y a pas de fatalité à ce que nos sociétés deviennent de plus en plusviolentes. En conclusion : «Lajustice sociale doit englober l'ordre juste » . L’ordre juste ici entendu suppose la réalisation des deuxtermes l’un par l’autre ; c’est ainsi qu’il faut comprendre sa critique deceux qui « à gauche,continuent à dire que seule la questionsociale est centrale » : il s’agit « aumême titre que (dans) la lutte contre les injustices », d’ « être sur une ligne non laxiste » et « ferme sur les causes dela délinquance ».

b) Refuser les amalgames et la « pénalisation » de la République

- L’inacceptable[12]amalgame immigration – délinquance

Enjuillet 2010, des violences éclatent dans le quartier de la Villeneuve à Grenoble, et dans une commune du Loir-et-Cher, Saint-Aignan. Devaient s’ensuivre le désormais « célèbre »discours de Grenoble et une opération sans précédent de caractérisationethnique de la délinquance. Le discours duPrésident Sarkozy, le 30 juillet 2010 [13], a-priori consacré à la délinquance, se trouvede fait centré sur l’immigration et le retrait de nationalité, quelques joursseulement après l’organisationd’ une réunion sur les gens du voyage et sur les Roms (le 28 juillet 2010, sans y convier aucun de leurs représentants !). En effet, « en un communiqué et deux phrases, Nicolas Sarkozy (vient defaire) un amalgame entre l’insécurité, les gens du voyage, les Roms, avant deparler d’expulsion. Le tout en partant d’un fait divers »[14].

Parun discours de type essentialiste, par la création du concept de« délinquance roumaine », le rétablissement de plusieurs catégoriesde Français (voir infra), ladésignation de boucs-émissaires,par l’homogénéisation de groupes sur une base ethnique[15], laprésentation de groupes sociaux comme"dangereux[16], la confusion volontairement entretenueentre l’évacuation de campementsillégaux et l’expulsion du territoire frarçais, « le sarkozysme[17]ronge et détruit le pacte républicain », pour reprendre les mots deSégolène Royal. "L'intervention (...) duPrésident Sarkozy marque une nouvelle étape dangereuse et indigne,dans une surenchère populiste et xénophobe. Cette fuite en avant sécuritairesymbolise l'échec de celui qui, hier comme ministre de l'Intérieur etaujourd'hui comme chef de l'Etat, n'a cessé de stigmatiser des territoires etdes populations, sans jamais apporter de réponses concrètes à leursécurité", avait-elle alors indiqué dans un communiqué. Concernantles expulsions de Roms, notant à quel point Nicolas Sarkozy dégrade l’image internationale de la France, elledéplorera (Libération, Marianne,27 août 2010) "la mise en scèneindigne des migrations de la misère" qui "vise à camoufler l'échecéconomique et sécuritaire du pouvoir".

- L’inacceptable amalgame jeunesse- délinquance

Le Président Sarkozy, lors de son discours de Grenoble du30 juillet 2010, a fait la liste des mesures[18] destinées à combattre la délinquance :celles déjà prises (loi antibandes, suspension des allocations familiales) etcelles à mener (extension des peines planchers aux auteurs de violencesaggravées, réforme du droit pénal pour les mineurs). C’est dans ce cadrequ’interviennent les mesures visant les immigrés et leurs enfants[19].

En2006 déjà, Ségolène Royal s’adressait aux jeunes desquartiers pour leur dire « qu’il est intolérable qu’un ministre del’intérieur fasse toujours l’amalgame entre la délinquance et lesquartiers »[20].Le18 septembre 2010, lors de la fête de la Fraternité organisée à Arcueil, elle asouhaité s’adresser toutparticulièrement à la jeunesse desquartiers populaires … « qui aujourd’hui se retrouve à l’abandon d’unpouvoir qui n’a pas tenu sa promesse ». Elle constate « qu’après les émeutes de 2005, rien n’a été fait pour arrimerplus solidement les quartiers populaires à une République de plus en plusindifférente[21]. Ainsi en 2006, évoquait-elle même « une politique de mépris »[22] à l’égard des jeunes. Elle propose unevéritable politique de civilisation pour les villes. Elle insiste sur l’éducationdes jeunes[23] : Mais l’originalité de son discours apparaît plusspécifiquement quand elleappelle les jeunes à laresponsabilité qui est la leur. Loin de tout discours « angélique »ou démagogue, elle entend refuser « la facilité desdiscours politiques ». Elle tient à rompre le cercle des promessesvertueuses et ose évoquer l’existence de devoirs comme pendant des droits,renouer avec des valeurs telles que le travail et l’effort, qui loind’appartenir à la droite, sont au fondement même de l’école républicaine.

« Certes, je veux que voussoyez respectés, et accompagnés dans l’éducation et vers l’emploi, je veux quecesse toute discrimination, et que la république considère à égalité tous sesenfants d’où qu’ils viennent, ceux d’ici et ceux venus d’ailleurs. Mais vousaussi, les jeunes, vous avez une responsabilité à prendre. Oui, je vous demande de prendrevos responsabilités, et vous aussi de vous comporter avec respect, car iln’y a pas de droits sans devoirs »[24]. C’est là une nouvelledéclinaison de l’ « ordre juste » et de l’équilibre consubstantiel de ses deux termes.

L’idée majeure , mesemble-t-il est de refuser l’idée même d’une « générationsacrifiée ». Nous avonsparlé déjà de la volonté de Ségolène Royal de faire du chômage des jeunes une grande cause nationale. La« cause » des jeuneselle-même est multifactorielle. PhilippePetit dans un article de Marianneparu après les événements de Grenoble[25]mettait en lumière le désespoir d’acteurs locaux,responsable associatif ou élu municipal, « partisan de faire voler les tabous de la gauche française : sur l’autorité des adultes; sur l’éducation aurespect … » ou constatant sa propre impuissance « à faire quelquechose pour cette génération-là ». Et Philippe Petit d’ajouter : les caïds méritent une punition sévère, mais unegénération, si c’est le cas, ne mérite pas d’être sacrifiée. Ou bien, nousrisquons de perdre la démocratie, au motif de la défendre[26] ».Il appelle à ne plus à opposer le discours de la répression et le discours de la prévention. « Il nous incombe de ne pasreconduire le couple infernal de la sécurité et de la liberté ». Comme« l’inflation pénale » a fait « la preuve de son impuissance », nous pensons avec luique les analyses du juristeAntoine Garapon relatives à lajustice « néo-libérale » sont ici pertinentes.

- Refuserla justice « néo-libérale »

Dès 1996, Antoine Garapon et DenisSalas, évoquaient dans leur livre « la République pénalisée » les trois figures de l’insécurité aujourd’hui, à savoir : l’adolescent invulnérable, l’étranger indésirable, le pervers inguérissable[27]. Antoine Garapon notait dans la Revue Esprit, en novembre 2008[28] quele néolibéralisme, qui consiste enune extension du paradigme économique à tous les domaines de la société et dela vie individuelle , n’avait pasépargné le secteur juridique (cf. l’introduction du plea bargaining à la française, les peines planchers, la rétention de sûreté, le jugementdes malades mentaux, etc … )

Si laproposition de « formes deresponsabilisation de l’ensembledes acteurs sociaux », d’ « une réhabilitation effective dudroit » et d’ « une philosophie pénale humaniste » nous sembleparticulièrement intéressante, nous n’y voyons pas un dépassement de la logiquerépublicaine[29]. Nous comprenons le refus del’ « alternative restauration de la souverainetérépublicaine/individualisme juridique » , mais nous comprenons différemment la République dès lorsque nous la lisons comme « République de la fraternité ». C’est le traitement des méfaits du libéralisme par un recours massif à la prison[30]que nous devons refuser, comme ce « développementinterne à la société démocratique qui, face àl'insécurité, accentue l'individualisme peureux », quand nous prônons pour notre part uneRépublique de la fraternité qui conçoit l’individu dans l’émancipation et larelation et non dans la réduction de l’homme à la quêtede son propre intérêt. Cette République de la fraternité ne relève pas d’une« nostalgie républicaine » qu’on opposerait à une rationalitépolitique qui se défait ; elle propose également des régulations démocratiques perfectibles,parce qu’en perpétuelle recomposition.

c) Une« action de combat » plutôt qu’un « vocabulaire de combat »

La spécificité de Ségolène Royal est de proposer une politique concrète.« Chaque foisqu’on dénonce la politique sécuritaire sans faire de propositions, on faitfausse route, affirme-t-elle », refusant le manichéisme[31] . Elle soulignait le 20 avril 2010sur France Info : « on abesoin, non pas d’un vocabulaire de combat, mais d’une action decombat contre la délinquance». Enbref, la gravité de la situation exige un Etat quine se gargarise pas seulement de mots mais soit à la hauteur dans l’action ! Disons que le combat s’entend ici comme uneaction vigoureuse à mener sans répit et ne se doit pas confondre avec la« guerre nationale » déclarée aux « nouveaux voyous »par le Président de la République - les banlieues ne constituant pas un champ d’opérations extérieur. L’échec répété de la droite dans ledomaine de la sécurité faitapparaître de plus en plus crûment que la gauche peut et doit être ici une force de proposition.

Enjuin 2006, lors de la campagneinterne pour la candidature à la Présidence de la République, Ségolène Royal propose de "retirer des collèges les gamins qui y fontla loi" et même des "systèmes d’encadrement à dimensionmilitaire" pour les délinquants mineurs de plus de 16 ans. Ses adversairesrépliquent immédiatement. Jean-Christophe Cambadélis, soutien de Dominique Strauss-Kahn, luirépond : « A courir après Nicolas Sarkozy, on ne le combat pas, on lelégitime ». Certes,ici comme ailleurs, elle est rejointe par d’autres. Claude Bartolone, à la têtedu Conseil général de la Seine Saint-Denis, tient aujourd’hui sur ce thème despropos qu’il eût naguère qualifiés de réactionnaires dans la bouche de SégolèneRoyal . Comme le note le blogueur Juan (les coulisses deSarkofrance) : « si Valls avait parlé, il aurait dit qu’il faut êtreferme contre les jeunes délinquants et que l’absentéisme scolaire en banlieueest un vrai problème. Si Hollande avait parlé, il aurait dit que NicolasSarkozy agite la sécurité comme un vacarme … Si Moscovici avait parlé, il aurait pointé vers le projet socialiste et ses grandesvaleurs ».

Dès le 20 avril 2010, Ségolène Royal pose les bases d’une politique desécurité de gauche[32].Elle entend distinguer trois types d’insécurité : les actes d’incivilité, la délinquance et la grande criminalité, qui supposent chacun trois types de réponses, alliant prévention, répression et réinsertion. Il s’agit de garantir la dimensionhumaine et volontaire d’une politique de sécurité résolument tournée vers l’avenir - en permettant à chacun de trouver sa place dans la société.

- Pourles actes d’incivilité causés par « souvent de très jeunes enfants, deplus en plus jeunes aujourd'hui », Ségolène Royal veut instaurer« une articulation plus forte entre les adultes des quartiers, les adultesde l’école et les parents » et prône une réponse immédiate à chaque acte d’incivilité.

- Quant à ladélinquance, elle met en exergue les promesses non tenues deNicolas Sarkozy : les centres d'éducation renforcés promis ne sonttoujours pas construits, ce qui mène au découragement de policiers voyant lesdélinquants arrêtés immédiatement relâchés En effet, « ni la police,ni la justice n’ont les moyens d’agir ». Elle insiste à nouveau sur laprévention : « renforcer l'éducation, l'encadrement des jeunes, aiderles parents et notamment les mères seules à éduquer les adolescents, et luttercontre une des causes majeures de la délinquance des jeunes qui est lechômage » . Ilest essentiel de leur « redonner le sens de leur utilité dans la société,parce que c'est vrai que sur la délinquance, la prison n'est pas lasolution »

- S’agissant de la grande criminalité, Ségolène Royalinsiste sur le manque de moyens : « Il y a eu sur trois ans, sur lesannées budgétaires 2008, 2009, 2010, 9000 suppressions d'emplois de policierset de gendarmes. Sur le seul département de la Seine-St-Denis où le Présidentde la République vient de se rendre, il y a une demande réitérée de 400policiers qui manquent dans ce département. ». Il faut à la fois lancer unplan de recrutement de policiers et de gendarmes, et de formation de policierset de gendarmes adaptés à la lutte contre la grande criminalité.

Dans le débat sur l’absentéisme scolaire, elle revient surla question de la suspension des allocations familiales , qui « ne règleabsolument pas la gravité de la situation de l’insécurité en France ».Pénaliser les jeunes frères et soeurs des adolescents délinquants, souvent élevés d’ailleurs par des mèresseules, n’est pas la bonnesolution. Elle a en revanche suggéré de confier, en cas d’absentéismescolaire, la gestion desallocations aux établissements scolaires concernés . Ceci afinde garantir leur utilisation dans l’intérêt des enfants. Ainsi , « face à la montée de la violence et à la dégradationcontinue de la sécurité qui mine l’Ecole », Ségolène Royal a-t-elle, surle site désirs d’avenir, « souhaité donner en priorité la parole aux enseignants etrecueillir leurs témoignages, eux qui quotidiennement sont confrontés à cesproblèmes : agressivité, incivilité, dégradations, perturbations et jusqu’auxagressions physiques ». Dominique Bertinotti, maire du 4èmearrondissement de Paris, notait sur son blog que si la diminution drastique des moyensfinanciers accordés à l’Education Nationale était bien un problème majeur, on ne pouvait se contenter d’un discours fondéuniquement sur les moyens . Elle ajoutait que Ségolène Royal nous appelait àune lucidité radicale. C’est bien au désir d’un nouveau discours de gauche sur l’école qu’il fautrépondre.

Ségolène Royal a notamment reparlé en août 2010 de l'encadrement militaire des jeunesdélinquants qui avait faitpolémique en 2007 : « C’est une nécessité car les jeunes qui sont misen prison ressortent plus enragés que quand ils s’y sont rentrés. Il y a eu entrois ans plus de 50 000 condamnations par les tribunaux qui n’ont pas pu êtreappliquées, faute de structures adaptées. Au lieu de fermer les régiments comme le gouvernement le faitactuellement, il faut repenser l’utilisation de ces lieux d’éducation etd’encadrement pour permettre aux jeunes de se remettre sur les rails ». Elle revient[33]sur ces grands axes préconisésdepuis plusieurs années déjà : la nécessité de prévention, avecl’encadrement scolaire des jeunes, l’importance de donner des moyens à lapolice et la justice pour agir contre le grand banditisme et enfin le besoind’une alternative à la prison pour les mineurs délinquants.

d) Autorité et respect au cœur du pacte républicain

Pour Ségolène Royal[34],« un Etat qui se respecte est un Etat respecté, producteur desécurités individuelles et collectives ». Elle distingue « autoritéet autoritarisme » : « L’autoritarisme,fait de coercitions sur fond d’injustices, n’est pas l’autorité car ilcrée des révoltes donc des désordres. L’autorité vraie “ oblige ”, ausens le plus noble d’une obligation librement consentie, sans avoir besoin des’imposer par la force. L’autorité vraie suppose un pouvoir légitime et reconnucomme tel ». Il ne faut pas négliger le fait que « l'absenced'autorité et de respect menace la République dans ses fondements » commele note François Rebsamen[35]reprenant la thématique de la République du respect, chère à Ségolène Royal. La transformation des enjeux de l’immigration et de la sécurité enclivages est anxiogène. Ce sontprécisément les questions qui devraient permettre de rassembler lesRépublicains[36].

Or, ces valeurs d’autoritéet de respect sont aujourd’hui bafouées[37]quand règnent impunité des gouvernants et mépris à l’égard des gouvernés : Ségolène Royal[38]évoque un point trop souvent occulté : quand la délinquance financière sedonne libre cours au sommet de l’Etat, il est très compliqué de demander auxjeunes de respecter la loi. Elle juge immoral que NicolasSarkozy puisse donner des leçons de sécurité alors que ses amis et lui-mêmesont l’incarnation même de la fraude financière et du trafic d’influenceprésumés (voir infra). Selonelle en effet, « pour que les appels à la civilité et à lacitoyenneté soient crédibles, il faut plus que jamais que la République tienneses promesses de liberté, d’égalité et de fraternité ». C’est laRépublique du respect qu’elle appelle de ses voeux.


[1] - Dans unentretien accordé au journal « le Parisien - Aujourd'hui en France» le 23 août 2010, SégolèneRoyal rappelle avoir « fait des propositions très claires lors de la campagneprésidentielle sur la sécurité durable et l'ordre juste » ; elle souhaite voir le PS reprendre ses idées». Elle demande que le PS les approfondisse … «Ce qui se passe aujourd'hui prouve que j'avaisraison», assure-t-elle - Voirégalement : Royal pousse Aubry às'exprimer sur la sécurité, Le Figaro, 23 août 2010

[2] - Le Parisien, 23 août 2010 : Chaque fois que lagauche dénonce la politique sécuritaire de Sarkozy, ce dernier marque despoints"

[3] - Voir : Jean Daniel ,son blog, 2septembre 2010 : « Attentionà l'expression « politique sécuritaire » ! Elle pourrait faire croire que nousn'avons de souci que pour son instrumentalisation. Or c'est exactement lecontraire et c'est nouveau. Nous répétons ici que la sécurité protège davantageles petits propriétaires que les nantis ».

[4] - Marianne, 27 août 2010, Ségolène Royal : le sarkozysme détruit le pacterépublicain

[5] - Libération, 27 août 2010

[6] - son blog, le 30 août 2010

[7] - Le Parisien, 23 août 2010 : Elle demande « que ce ne soit pas la ligne laxiste quil'emporte».

[8] - Le Parisien, 23 août 2010

[9] - Marianne, 27 août 2010

[10] - Libération, 27 août 2010

[11]- La gauche a besoin de se refaire unesociologie, article de Rémy Lefebvre, publié dans Recherche socialiste (février 2010) à propos dulivre "Recherche le peupledésespérément" (Bourin Editeur, 2009) et également diffusé sur le site deGauche Avenir,http://www.rue71.fr/LA-GAUCHE-A-BESOIN-DE-SE-REFAIRE-UNE-SOCIOLOGIE_a56.html

[12]- Noussommes au cœur de la définition de ce que serait une action politique digne. Rony Brauman (Humanitaire : ledilemme , Paris, Textuel, 1996, page 39 – cf. également l'action humanitaire: normes etpratiques : politique, prescriptions légales et obligations morales , Miriam Perier, Cultures et conflits,L’Harmattan, 2005) notait :« au-delà du soin, l’action humanitaire permet de pointer le doigt versl’injustice, de désigner l’inacceptable ». Puisque nous parlons ici action politique , on pourralire Salim Abdelmadjid, Faceà l'inacceptable, résister, Le Monde, 4 septembre 2010 : « y a-t-il un tonjuste pour désigner l'inacceptable comme inacceptable ? ; quelle forme donner ànotre véhémence pour ne pas dépasser ce point au-delà duquel tout ce que nousdirions paraîtrait insignifiant ? ; et, de nouveau, comment traduire nos crisen des concepts ? » Et de réfléchir sur la "sédimentation del'inacceptable". Il fait cette hypothèse : l'inacceptable sesédimente, imperceptiblement d'abord, jusqu'à atteindre un seuil, quin'apparaît peut-être jamais que rétrospectivement, au-delà duquel ildéborde », avant de poser la question de savoir « Comment interromprela sédimentation ? » et d’appeler à « faire obstacle ». Ce quenous avons ici appelé « refuser ».

[13]- cf. par exemple, Libération, 30 juillet2010 : Le Président lie explicitement sécurité et immigration en annonçant un nouveau renforcement de l'arsenalrépressif contre les délinquants et en déplorant l'«échec» du modèle d'intégration français depuis cinquante ans… «cinquante ans d’immigration insuffisamment régulée… Il appelle à retirer la nationalité française à certains délinquants d’origineétrangère. Il mulitiplie les liens, souhaite qu’on « évalue les«droits et prestations auxquels ont aujourd’hui accès les étrangers ensituation irrégulière» : « une «situation irrégulière ne peut conférer plus de droits qu’unesituation régulière», relie la question de la délinquance à celle dessans-paiers, etc…

[14] - Roms et gens du voyage, «le président livre àl’opinion un bouc émissaire» Michaël Hajdenberg, Médiapart, 23 juillet 2010

[15]- « on oppose ces personnessupposées avoir des mercedes aux pauvres gens qui vivent d’un petit Smic. Lesstéréotypes ont la vie dure. Et le président les réactive en faisant fi de ladiversité des populations, des situations, alors qu’il sait pertinemment queles gens du voyages sont français. Il les réduit à l’altérité », ibid

[16] - Les Roms-Tsiganes à nouveau boucs émissaires ?par Marie Bidet, Grégoire Cousin, Samuel Delépine, Régis Guyon, Olivier Legros,Martin Olivera et Xavier Rothéa, Le Monde, 25 fevrier 2010 : l'administration réinvente donc sa "politiquetsigane" selon un schéma bien connudes historiens : identification des personnes et limitation de la circulationde certaines catégories de population.

[17]- Ainsi, ibid, : « Cesaffirmations reposent davantage surune série d'amalgames et d'idéesreçues que sur des faits … « au sujet du "traficd'êtres humains" et de ladélinquance juvénile organisée » … comme si les sujetsétaient liés les uns aux autres de façon naturelle et logique.

[18] - Libération, 31 juillet 2010

[19] - «La nationalité française doit pouvoir être retirée àtoute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte àla vie d’un policier, d’un militaire de la gendarmerie ou de toute autrepersonne dépositaire de l’autorité publique.» Et de compléter la mesurevis-à-vis des jeunes, en émettant le souhait que «l’acquisition de lanationalité française par un mineur délinquant ne soit plus automatique aumoment de sa majorité».

[20] - France 2, Les 4 vérités, 2 juillet 2006

[21]- « Qu’ont-ils fait pour venir en aide auxmaires qui s’épuisent sur le terrain face à un désarroi croissant ? Rien.Qu’ont-ils fait pour redonner espoir aux jeunes qui y vivent sans avenir etparfois sans diplôme en poche ? Rien. Qu’ont-ils fait pour épauler les famillesen difficulté, qu’on accuse à la va-vite, de démissionnaire ? Rien. Qu’ont-ilsfait pour mieux garantir le droit à la sécurité et à la tranquillité deshabitants des habitants des quartiers, premières victimes des incivilités et dela délinquance ? Rien » .

[22] - France 2, Les 4 vérités, 2 juillet 2006

[23]- aider davantage les enfants qui enont le plus besoin, mieux former les enseignants à la difficile réalité de leurmétier, mieux éduquer les enfants au respect des adultes, développer une écolequi favorise tous les talents dans leur diversité

[24]- «« Je veux vousmotiver vous dire que pour réussir, vous devez travailler et travailler dur, etd’abord à l’école. Car quand on ala chance d’avoir une école publique, laïque, gratuite, et obligatoire, oui, ilfaut travailler dur à l’école, faites le,et dites-le à vos frères et sœurs, on n’a rien sans effort, vous le savez parfaitement

Je veux vous dire surtout que ce travail et cette réussitene sont pas seulement importants pour vous, pour vos parents, pour votre avenir– c’est déjà très important – mais cela va bien au-delà, car ce que vousferez de votre éducation décidera de l’avenir de notre pays. Oui, l’avenir de la France dépend en partie de vous, toutle travail et tous les talents de la France métissée doivent nous faire avancer. Oui, la France a besoin de la jeunesse des quartiers,de son intelligence et de son énergie . Nous avons besoin que vous nousaidiez à relever nos défis les plus difficiles, si vous ne le faites pas, sivous ne faites pas vos devoirs, si vous séchez les cours, si vous ne respectezpas vos enseignants, vous devez savoir que vous n’abandonnez pas seulementl’école et le savoir, vous abandonnez votre pays, et ce qui est pire vous vousabandonnez vous-mêmes. »

Alors je sais qu’il y en a peut-être parmi vous qui n’ont pasd’adulte dans leur vie qui leur donne le soutien dont ils ont besoin. Peut-être sans doute, c’est évident, quedans votre famille il n’y a pas assez d’argent pour boucler correctement lesfins de mois.Peut-être sans doute, vous vivez dans un quartier où vous ne voussentez pas en sécurité, où vous avez des amis qui vous poussent à faire deschoses que vous ne devriez pas faire. Mais à la fin, rien de tout cela n’estune excuse pour négliger vos devoirs, pour manquer de respect, ou pour êtreabsent à l’école. Voilàce que je – écoutez bien – voilàce que je veux vous dire, plutôt que de supprimer les allocations familiales devos parents ».

[25]- Marianne , 13 août 2010 – Il relevait les derniers paragraphesde l’enquête du journaliste Luc Bronner à Grenoble parue dans Le Monde du 7août 2010 . Interrogeant Jean-PaulMarry, directeur de service dans une association de prévention de Grenoble, il notait : « Lui est partisan de faire voler les tabous de lagauche française : sur l’autoritédes adultes; sur l’éducation au respect ; sur l’immigration… La gauche n’a pasde discours sur ces sujets, regrettait-il. Et de rapporter également les propos, dans son bureau del’hôtel de ville, de Jean-PhilippeMotte, autre militant historique de la gauche grenobloise, conseiller municipalchargé de la politique de la ville auprès du maire (PS) MichelDestot : « Qu’est-ce qu’on doit faire ? Je ne sais pas si on estcapables de faire quelque chose pour cette génération-là ».

[26] - « Face à ce qui ressemble à de l’impuissancepolitique, la sécurité ne doit pas devenir le dernier vestige du pouvoir et seréduire à une politique du chiffre, comme si l’État n’avait rien d’autres àfaire que d’empêcher le pire. … Après les débats sur la dangerosité et la loisur la rétention de sûreté de février 2008, le discours de Grenoble s’inscritdans une politique déceptive, qui conçoit la sécurité comme un idéal pourdes temps désenchantés ».

[27]- Antoine Garapon et Denis Salas, La République pénalisée, Collection :“Questions de Société”, Hachette, octobre 1996

[28]- Antoine Garapon, Unnouveau modèle de justice :efficacité, acteur stratégique, sécurité,Esprit, novembre 2008

[29]- cf Joël Roman, la Violence apprivoisée ; Antoine Garapon,Denis Salas : la République pénalisée", Esprit, Mythes et réalités de lamondialisation, novembre 1996

[30]- Pour Antoine Antoine Garapon la pénalisation des rapports sociaux consiste précisément à traiter lesméfaits de la société libérale par le recours massif à la prison

[31] - « Il n’y a pas ceux qui sont contrel’insécurité, et ceux qui sont pour »

[32] - cf.http://www.desirsdavenir-paris15.org/article-des-le-20-avril-2010-segolene-royal-a-defini-les-bases-d-une-politique-de-la-securite-de-gauche-en-france-ainsi-qu-une-politique-sur-l-absenteisme-et-les-mineurs-delinquants-55516605.html

[33] - Ségolène Royal amène le PS à accélérer sur lasécurité, RichardTrois, LePost, 23 août 2010

[34] - Rodez, 12 mai 2006

[35] - communiqué, 21 juillet 2010

[36] - Marianne, 27 août 2010 : « c’est d’ailleurs ce que j’ai réalisé dès lepremier tour des élections régionales avec un arc allant des syndicalistesjusqu’aux centristes humanistes et ce, malgré l’hostilité des appareilspolitiques ».

[37] - encore faudrait-il que l'exemple vienne dehaut », renchérit F. Rebsamen

[38] - Marianne, 27 août2010

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