La France, même si tu l'aimes, on te la fera quitter

Alors qu’aujourd’hui, les sans papiers doivent manifestés à Paris afin de réclamer au Président de la République leurs régularisations, Disparitions continue son travail militant en vous présentant un nouveau témoignage d’une interpellation d’un sans papier et de son expulsion dans des conditions indignes d’une démocratie et d’un Etat de droit.

Jeudi 13 mars, Jian Guo et sa femme décident de se rendre à la Préfecture de Nanterre, pour prendre des nouvelles de leur dossier de demande de régularisation. Ils sont confiants. Ils sont en France depuis longtemps et ont trois enfants dont deux sont nés en France.

Habitants du 19ème arrondissement de Paris l’année scolaire précédente, ils ont depuis la rentrée déménagé à Levallois et souhaitent un transfert de leur dossier de la Préfecture de Paris dans leur nouveau département de résidence.

Le 3 juillet dernier, à la mairie du 19ème, leurs trois enfants ont été parrainés par des parents et des enseignants. La famille qui croit dans les valeurs de la République française, est convaincue qu’elle pourra être régularisée. Il faut juste insister.

 

Comme beaucoup d’autres, ils ont été déboutés de leur demande dans le cadre de la circulaire Sarkozy de juin 2006 alors qu’ils remplissaient les critères. Et ils ont reçu une obligation de quitter le territoire, une OQTF. Mais, ils y croient encore et ce jeudi, ils font tranquillement la queue à la préfecture. Pendant ce temps, Gongjin (13 ans) et Olivier (6 ans) sont à l’école et la plus petite Emilie (deux ans et demi) est gardée à la maison.

La file d’attente est longue. Ils se relaient. C’est au tour de Jian : le fonctionnaire tape son nom sur l’ordinateur, et il découvre l’OQTF. Magnifique occasion de faire du chiffre, de respecter la consigne. Il n’y a pas de témoins, le couple n’est pas accompagné...« Nous ne pouvons pas traiter votre dossier, monsieur, mais nous allons vous prendre en charge. », lui indique calmement le fonctionnaire. Jian ne se méfie pas. Il est arrêté sur place par deux policiers puis conduit au Centre de rétention.

La mobilisation pour le défendre se met en place. Trop tard. Dimanche matin, sa femme reçoit un appel. Il est déjà à Pékin, sans affaires et sans argent. Et surtout seul et sans famille. Sa femme ne pourra pas le rejoindre…à moins d’abandonner Olivier et Emilie, nés en France, qui n’ont pas de statut en Chine.

Témoignage recueilli sur le site de RESF : http://www.educationsansfrontieres.org/?article12330

http://www.disparitions.eu/

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