C.U.M.P.

Acronyme de Cellule d'Urgence Médico-Psychologique...

Cela faisait un bout de temps que je caressais l'idée de me former à cette technique de prise en charge de victimes atteintes parfois plus souvent dans leurs têtes que dans leur corps.

Catastrophe ferroviaire. Attentats. Ecoles en deuil par le décès d'enfants atteints de méningite. Son champ d'action est très large et ne se limite pas à ces quelques exemples.

Combien de fois avons nous entendu : " les témoins-proches-accompagnateurs-familles ont été pris en charge par la C.U.M.P. ". Et je ressassais mes questionnements sur le modus-opérandi de ces brigades envoyées sur le lieu d'un drame collectif. Mais que pouvait-on bien raconter à un(e) témoin traumatisé par la vue d'un corps démembré lors d'une explosion ? Que dire à des gamins qui viennent de perdre un ou plusieurs camarades de classe ?

Au terme d'une formation de quelques jours délivrée par le SAMU de Versailles, je percutais enfin la logique élémentaire de ces interventions. Et encore une fois, ma pensée hyper-complexe wink formatée par des décennies de pratique psychiatrique m'avait joué des tours.

Cela se passe sous une tente dédiée, alors que les secours sont encore mobilisés et s'agitent encore. On propose au témoin car rien n'est obligatoire un entretien qui se fera autour d'une tasse de café, d'une cigarette ou de n'importe quel autre médiateur.

Réhumaniser : voilà le secret ultime que je n'avais imaginer lors de mes pérégrinations réflexives. On considère en effet que le traumatisme est une effraction dans la psyché de l'individu qui pourra jusqu'à lui faire oublier sa nature humaine. L'entretien consiste alors à ramener la victime dans le monde des vivants perdu de son point de vue.

Responsabilité, culpabilité, hébètement, angoisse de mort, perte de la réalité, prostration... Voilà ce que ressentira la majeure partie d'entre nous après avoir été confronté à l'innommable. Alors, on s'installe confortablement, on cause de choses importantes ou pas. Il y a même une caisse de jouets pour les plus petits au besoin ( dinosaures et Lego compris).  L'échange est enveloppant, chaleureux, tout ce qui nous fait nous reconnaître humain parmi nos semblables. Et on ne lâche pas la personne à elle même avant de l'avoir remis entre les mains d'un proche et une indication de soutien post-traumatique.

Voilà. C'est bête comme choux. Il fallait juste y penser !

Réhumaniser. Humaniser.

Un sentiment que Macron voulait nous faire oublier jusqu'à ce que les Gilets Jaunes arrivent.

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