Qui veut gagner des milliards? Fin de partie: Changeons les règles du jeu.

Plans de relance, crise économique, dette, spéculation, faillite,... Des milliards annoncés pour le sauvetage de l'économie, des entreprises, pour sauver des vies paraît-il... Qu'en est il réellement? Qui sauve qui?

Tout va mal, tout le monde le sait, mais rien ne change (ou trop peu).

Tout s’empire. Les scientifiques ne savaient plus comment l’hurler. Comment faire comprendre qu’à chaque catastrophe naturelle, la prochaine serait pire. On ne savait pas d’où et quand viendrait l’étincelle de la révolution dont nous avons besoin. Quand réussirons nous à nous défaire de ces règles du jeu meurtrières et injustes ? On ne le sait toujours pas, mais une brèche est ouverte. Il faut s’y engouffrer.

La crise causée par le Covid 19 est notre chance ! Sans remettre nullement en question la gravité des conséquences du virus, ce drame est une chance, aussi paradoxal que cela puisse paraitre

Depuis que ce virus se propage à une vitesse folle dans les 4 coins du globe, le monde fonctionne au ralenti, l’économie est K.O. Alors s’offre à nous le temps pour comprendre les failles du système, prendre conscience de sa vulnérabilité, de son injustice. S’offre à nous l’opportunité de réaliser que les cartes peuvent être rebattues ! Nous pouvons changer les règles du jeu. Ré - écrire une nouvelle organisation sociale, économique et politique qui permette un avenir soutenable, vivable, enviable.

L’inverse serait dramatique, prenons en conscience. Car sauver notre système reviens à sauver la destruction de la vie. 

 

1. Entretenir l’illusion que « ce n’est pas possible autrement » : 

Lundi 13 avril, M. Macron a dit: « Quand pourrons-nous renouer avec la vie d’avant ? ». Mais jamais ! Je l’espère, JAMAIS. Du plus profond de mon être.

Pendant l’allocution du 17 mars, le président a dit ces phrases : La priorité est de « sauver des vies ! ». « Tirer les leçons de notre modèle de développement … ». « Il y aura un avant et un après… ».

Puis le 13 avril, il a dit : «  Très souvent, ce qui semblait impossible depuis des années, nous avons su le faire en quelques jours. » ; « Il y a dans cette crise une chance : nous ressouder et prouver notre humanité, bâtir un autre projet dans la concorde… ».

Oui, nos dirigeant-e-s ont devant elles-eux la chance de leurs vies, de leur carrière ! Utiliser cette crise, cette opportunité pour faire table rase, corriger le tir, les erreurs des 50 dernières années. Leurs erreurs et celles de leurs prédécesseur-se-s. Faire preuve de courage, d’audace, être à la hauteur de la fonction qu’ils-elles occupent.

On serait tenté d’y croire, mais bien sûr ne soyons pas naïf. Ce ne sont que des mots… de la langue de bois, de l’hypocrisie.

Les actes donnent plutôt la sensation d’une envie de remettre sur pied au plus vite le même monde avec plus de flicage, de traquage, d’injustice et de destruction des acquis sociaux. Au péril de nos vies.

Dés le 11 mai, ré-ouvrir les écoles avec tous les risques que cela comporte pour libérer la capacité de travail. Remettre en question les congés payés, le temps de travail. Que les Français-es fassent des « efforts » pour aider cette crise économique… Ne pas trop faire chuter le PIB…

Comme il l’a dit: « Retourner travailler, redémarrer notre industrie, nos commerces et nos services. ». Tel qu’ils étaient.

En remettant à plus tard son autre affirmation: “sortir des sentiers battus, des idéologies », « réinventer ».

Nous le savons, c’est la crise économique qui guide leurs décisions, la diminution du PIB, l’endettement, etc.

MAIS CES RÈGLES NE SONT QUE DES CONVENTIONS !

Il suffit de les transformer. Et ceci doit absolument être su. Chacun-e doit en prendre conscience afin que se détruise cette illusion qu’aucun autre système n’est possible, que celui-ci est l’évolution ultime, que l’argent est un problème ! L’argent est un problème si on décide que ça l’est.

Tant que les dirigeant-e-s réussissent à entretenir cette illusion, ils-elles auront tous les pouvoirs pour légitimer la destruction des services publics, l’austérité, l’autoritarisme, etc. Ils-elles peuvent décider que la crise qui vient sera fatale, ou décider de se réorganiser pour qu’elle ne le soit pas. C’est une question d’idéologie, de courage, de bon sens.

Les lois et règles qui définissent notre société, notre système économique ne sont pas immuables ! Ce ne sont pas des lois physiques ou naturelles auxquelles nous ne pouvons rien. Ces lois sont façonnées et décidées par l’Humain. Il ne tient qu’à nous de les changer.

On a bien vu qu’en quelques jours on pouvait en faire apparaitre pas mal des nouvelles règles. Des milliards d’euros, des suppressions de dette, des nationalisations… « Tout sera mis en œuvre pour protéger nos salariés et nos entreprises, quoi qu’il en coûte », à dit M. Macron.

Mais à qui servent ces milliards ? Qui sauvent-ils ? Et d’où viennent-ils?

 

2. Les plans de sauvetage de l’économie :

On a eu vite dit «  L’État providence est de retour... », etc.

Alors regardons d’un peu plus près ? Qu’en est-il réellement ? Ne nous méprenons pas.

D’abord d’où viennent-ils ? :

LA BANQUE CENTRALE Européenne va faire marcher la planche à billets pour créer de l’argent magique (Oui, Oui ! C’est tout à fait possible) 750 milliards pour sauver les banques et les marchés financiers, donc les actionnaires. Cet argent n’a que très peu de chance de se retrouver dans l’économie réelle. Il va plutôt servir à faire augmenter les bulles spéculatives. Mais il permet de maintenir les taux d’intérêt bas pour les emprunteur-se-s comme les États par exemple.

L’ÉTAT FRANÇAIS lui va emprunter à taux bas, (voir même négatifs!) sur les marchés financiers, l’argent qu’il prévoit pour ses plans de sauvetage, d’aides, etc. (Le plan d'urgence total à actuellement atteint 110 milliards.)

Qui sauvent-t-ils ? :

  • 45 milliards + 7 milliards pour le chômage partiel et le fond de solidarité et les reports de charge et d’impôts pour les entreprises, alors que tous les économistes s’accordent pour dire qu’il en faudrait le double.

Le chômage partiel et le fonds de solidarité sont certes salvateurs, mais insuffisants aux vues de l’ampleur des pertes et des autres charges toujours redevables, dont les loyers.

En plus c’est une entourloupe de chiffre : ces reports de charges ne sont d’ailleurs pas des annulations, c’est pour l’instant une avance de l’État. C’est une somme qui ne sera donc peut être finalement pas dépensée, réduisant la note finale de l’État à 7 milliards et non 45… Alors tout le monde est prié de retourner travailler au plus vite, pour ne pas trop endetter l’État!

  • 8 milliards pour la santé et les primes pour les soignants ( prime de 500 à 1500 euros).
  • Moins d'1 milliard pour l'aide exceptionnelle au foyers les plus modestes.
  • 20 milliards pour nationaliser les grandes entreprises en difficulté comme Air France KLM
  • 300 milliards de garantie encore pour les banques privées, pour que les entreprises tentent de sauver leur peau en s’endettant elles aussi!

Comme si les PME étaient assez solides après la crise pour en plus aller s’endetter ! Les entreprises vont donc travailler plus durement pour rembourser leur dette. Dette qui ne sert pas à investir, mais à combler les pertes de revenus liées au Covid 19. Normalement, on s’endette pour investir en espérant un retour sur investissement !

La plupart des entreprises sont déjà endettées, c’est donc une dette supplémentaire qui viendra s’ajouter à leur bilan fragile. Seules les entreprises déjà un peu solides pourront probablement se le permettre. Et pour celles qui auront fait faillite pendant le confinement, ça sera tout simplement trop tard.

Vous aurez compris, l’argent dépensé par l’État français vient de l’endettement. Alors, qui remboursera ensuite la dette de l’État plus haute que jamais après ces plans d’investissements ?!!

Et bien à ce sujet, les traités européens prévoient que la règle de limite de l’endettement des États ne s’applique pas, puisque ce sont des mesures d’urgence. Et, de toute façon, les États ont pour habitude depuis plusieurs années de ne pas rembourser la dette, mais de simplement réemprunter au moment venu de son échéance, puisque finalement avec des taux très bas, emprunter ne coûte pas grand chose, voir fait gagner de l'argent à l'État. La dette de l’État n’est donc concrètement jamais remboursée. C’est l’augmentation du PIB et la croissance (par gain de productivité) qui permettent que le ratio dette/PIB diminue tout de même et que l’État reste solvable. C'est important qu'ils restent solvable pour que les financeurs continuent d'accepter de prêter sans risque, donc à taux bas (la boucle est bouclée). Et les gains de productivité eux viennent bien sûr, des baisses de dépenses des services publics, baisse des subventions, allocations, augmentation de temps de travail, bref, on connaît la chanson.

BILAN :

La BCE sauve les banques à travers les marchés financiers.

Les marchés financiers sauvent les investisseur-se-s. Investisseur-se-s = particuliers avec beaucoup d’épargne, grosses entreprises, banques, gestionnaires de fonds, compagnies d’assurance…

Les investisseur-se-s sauvent la bourse, et éventuellement quelques  grandes entreprises.

Les grandes entreprises sauvent leurs actionnaires. (Plus ou moins les mêmes que les investisseur-se-s).

Les actionnaires sauvent leur maison secondaire et leurs vacances au ski.

L’État sauve Air France et Renault.

Les Français sauvent la solvabilité de l’État. En travaillant plus, plus durement, plus longtemps.

Voilà. 

C’est tout. 

C’est chouette hein.

Quelqu’un-e se sent concerné-e par ces plans de relance…?

Personne ne sauve Raphael et son petit salon de coiffure, le restaurant de mon beau frère, Michelle qui vit de la récupération des déchets, mon marchand de journaux, le bar du village, mon oncle paysagiste, une cousine assistante maternelle, ma Cie de théâtre de rue, la biodiversité, le climat, etc.

On marche sur la tête avec un système économique qui n’a plus de lien avec la réalité. La crise du pétrole de ces deniers mois et la chute du Brut en négatif le 20 avril en est une nouvelle preuve. Mais le drame est que ces jeux de riches sur des ordinateurs à base de valeurs fictives, ont des conséquences réelles sur la vraie vie des vrais gens !

 

3. Ne pas décrédibiliser le modèle économique, à tout prix.

Ce qui compte c’est surtout ne pas trop enrayer la machine capitaliste ! Ne pas dire qu’il pourrait être plus simple, plus juste.

D’autres solutions existent pour financer vraiment l’économie réelle : Bon nombre d’économistes font des propositions de refonte du système économique, ou social. Voici certaines de ces idées concrètes (je ne sais pas si elles sont les bonnes, c’est aux gens compétents d’en décider, d’en débattre – quelle serait l’option la plus juste, qu’est-ce qu’elle nécessiterait pour être mise en place, etc ? Encore une fois, l’idée est de rappeler que c’est possible autrement) :

- La monnaie hélicoptère : Que la BCE injecte directement de l’argent dans l’économie réelle sans passer par les banques privées. Pour les États, les entreprises, voir même les ménages (c’est par exemple ce que propose la banque centrale américaine, la FED, en faisant directement dons aux Américain-e-s les plus fragiles de 1000 euros).

- Que la création monétaire soit gérée par un pouvoir public (et non pas par des banques privées). C’est une aberration, qu’un point aussi capital de notre économie soit à la charge d’entreprises privées dont l’objectif n’est pas la juste répartition de la monnaie, mais le profit.

- Effondrer le système monétaire (banques), et ne sauver que l’épargne nécessaire à chacun-e pour vivre. Est-il vraiment nécessaire pour vivre d’avoir un patrimoine net de plus d’1/2 million d’euros (environ 10% des ménages français les plus riches, quand les 10% les plus modestes ont en moyenne 3200 euros de patrimoine net) ?

- Annuler la dette des États, remettre les compteurs à zéro. Il faudrait  pour cela que les États européens se mettent d’accord sur de nouveaux traités européens, ce qui parait pour l’instant impossible idéologiquement parlant. 

- Le revenu universel.

Et d’autres encore.

Mais tout ça… c’est tabou ! Il ne faut pas dire que ce serait tout à fait possible techniquement. Que rien ne l’empêche à part les idéologies et les enjeux politiques des un-e-s et des autres !

Vous comprenez, « il n’y a pas d’argent magique », blablabla, etc.

Dans cette période de crise, tous les fondements sur lesquels reposent la crédibilité et la confiance dans les systèmes financiers et monétaires s’écroulent.

On découvre que l’argent magique existe, mais on va continuer à nous faire croire qu’il n’est pas magique et qu’il va falloir travailler plus, et plus durement pour payer une dette qui n’a de valeur uniquement car l’on décide de lui en donner une. Non, la réalité c’est que, pour l’instant, il est magique et coule à flots pour les banques et les marchés financiers, mais pas pour l’économie réelle (ménages, entreprises, États). C’est au bon vouloir de la Banque Centrale Européenne toute puissante.

Pour des mesures d’urgence et en temps de crise la BCE peut beaucoup. Et plus qu'elle ne le fait. Nous l’avons découvert avec cette crise du coronavirus.

AH !!!!! C’EST UNE BONNE NOUVELLE, de savoir qu’en temps de crise POUR DES MESURES D’URGENCE l’argent n’est plus un problème.

Donc il suffirait de décider à l’échelle européenne que la lutte contre le réchauffement climatique est une urgence. On pourrait alors financer massivement une transition énergétique et sauver plusieurs millions de vies dans les décennies à venir. DOMMAGE QUE CE NE SOIT PAS UNE URGENCE…

C’est vrai au final nous nous habituons, sécheresse et canicule, sont rentrées dans notre jargon quotidien. Nous sommes début avril, et nous enregistrons encore une année record de température et de sécheresse pour un printemps. Mais nous nous lassons des records, depuis 3 ans, chaque année est une année record. Qu’y a t-il d’exceptionnel ? Et puis les milliards d’animaux morts dans les incendies en Australie cet automne. Ce ne sont que des animaux. C’est pas urgent les animaux. Les milliers de mort-e-s par an de la pollution, ça c’est plus embêtant, mais bon c’est surtout les pauvres, et les pauvres, c’est pas urgent non plus. On s’en fout des pauvres. Et puis avec l’inertie c’est seulement dans 20 ans que nous subirons les conséquences de la consommation actuelle, c’est pas urgent, c’est nos enfants. Ils n’auront qu’à s’en occuper. Greta Thumberg est sur le coup, voilà. Quand elle sera grande, elle fera ce qu’elle veut, en attendant l’urgence c’est de sauver l’Euro ! Et les riches ! Un peu de sérieux.

 

4. Tout ce que nous aurons sauvé, c’est notre capacité à continuer à détruire toujours plus .

Sortie de la crise du Covid 19, les banques rassurées, les marchés financiers renfloués nous pourront alors ré-investir dans les domaines préférés de notre société thermo-industrielle : pétrole, automobile, luxe, informatique notamment l’intelligence artificielle, etc.

(C’est déjà ce qui est en cours dans les plans d’aide aux entreprises pétrolières, automobiles, aéronautiques, etc.)

Leur monde d’après est une copie de celui d’avant.

On aura sauvé l’économie ! Au détriment de ce qui était pourtant dit comme « essentiel à la vie quotidienne » par M. Le président, il y a quelques jours.

On aura sauvé notre système qui ne permet pas l’investissement dans des choses non rentables financièrement. Or il serait à présent nécessaire d’investir dans des choses utiles, voir vitales, mais non rentables financièrement.

Si personne n’investit dans le sauvetage des abeilles c’est parce que ce n’est pas rentable financièrement. C’est pourtant vital.

Nous nous trompons sur ce qui a de la valeur. La rentabilité ne doit plus se chiffrer en monnaie.

Tout dans notre système est pensé en terme de rentabilité financière. Peu importe ce que ça implique de destruction, d’esclavagisme. Si on achète sur internet plutôt qu’en boutique c’est parce que c’est plus rentable. Si on achète du made in China, c’est parce que c’est plus rentable. Si on met 30 élèves dans une classe plutôt que 12, c’est parce que c’est plus rentable ! Si on ne voit plus que des one man shows, c’est parce que ce n’est pas rentable de créer un spectacle avec douze personnes. Si on veut construire des aéroports sur des réserves naturelles c’est parce que les avions sont plus rentables que les grenouilles ! Même l’amour, l’amitié, les relations que nous entretenons doivent être rentables maintenant. Le confinement doit être rentable ! Même les crises doivent être rentables !

Je ne veux plus d’une société où tout doit être rentable !

Dans cette économie-là, les ressources que nous puisons dans les sols ne sont pas inscrites au BILAN comptable. Mais ces ressources sont pourtant notre capital à tou-te-s. Le capital qui permet la vie sur terre. Erreur comptable… Erreur vitale !

Notre économie en tant que telle est destructrice. Notre économie tue des millions de vies. Le seul objectif du capitalisme est la recherche de profit au détriment de tout le reste, dont nos vies.

Et c’est à cet objectif que son formé-e-s nos dirigeant-e-s: créer du profit, de la croissance, de la valeur ajoutée… blablabla.

Comme le disait Albert Jacquard, le système est fait de telle manière que nous sélectionnons les gens les plus dangereux pour gouverner.

Ce n’est pas qu’une crise sanitaire ou économique, c’est un des plus grand défi de l’humanité que nous vivons en ce moment et que le COVID 19 met en avant.

C’est ce que plusieurs s’époumonent à hurler depuis plusieurs années ! Les malheurs sont liés ! La crise est systémique parce que notre système mondialisé à flux tendu qui marche grâce aux industries fossiles est vulnérable. C’est un colosse aux pieds d’argile. On ne peut pas lutter contre ce Virus si on ne s’attaque pas à la cause de la création du Virus et à sa propagation. Et cela veut dire s’attaquer à notre système. Si on ne comprend pas que réchauffement climatique, mondialisation, biodiversité, crise économique, spéculation financière, déforestation, surconsommation et épidémies ont des liens de causalité, si on ne comprend pas ça, alors c’est reparti pour d’autres pandémies et catastrophes bien pires encore.

Changeons les règles du jeu.

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