Le sursaut des générations sacrifiées

Idiocracy, nous y voilà. Je ne sais pas si l’humanité a déjà été aussi stupide ou du moins ses dirigeant.e.s. On nage en plein délire.

Plus aucun scénario de science-fiction ne rivalise avec la réalité. Ni Black Mirror, ni Mad Max, ni 1984, ni aucune dystopie n’est à la hauteur de ce que nous vivons réellement. Des utopies plus que jamais, pour les rendre possibles! Des utopies, sinon nous sommes perdus. 

Il ne s'agit pas de perdre en lucidité, mais au contraire, d'utiliser la lucidité et l'optimisme pour créer du renouveau, de l’espoir.

1. Le pire des mondes :

L'heure n'est plus aux dystopies et aux scénarios pour montrer dans quel pire monde nous pourrions vivre. Ces idées banalisent le réel, le rendent acceptable. Et puis notre imaginaire du pire et de la catastrophe est déjà bien nourri. Nous vivons déjà une science-fiction dystopique.

Regardons simplement la gestion de cette crise du Covid 19 pour s’en rendre compte. Chaque jour porte son lot d’incohérences, d’injustices, d’hypocrisies, de bêtises humaines, de mensonges d’États et de mauvaises décisions responsables de la mort de milliers de vies. #nousnoublieronspas

Qui cette société fait elle encore rêver ? Cette société où des drones traquent et parlent à distance pour sermonner les promeneurs ! Une société où les dirigeant.e.s se fournissent d’abord en gaz lacrymo avant de se fournir en masques. Qui verbalise les sans abris plutôt que de les loger. Qui rémunère le plus mal les métiers les plus importants. Une société où les mesures d’urgence prises en période de crise sauvent d’abord les ultras riches, la publicité, creusent les injustices et affaiblissent les plus faibles. Une société qui choisit un des plus gros gestionnaire d’actifs et investisseur dans le pétrole, BlackRock, comme conseillé environnemental de l’UE !

Quelle hypocrisie, quelle honte. Comment osent-ils? Jusqu’où iront-ils?

Que pouvons-nous espérer de pire? Qu’est-ce qu’il nous faut de pire pour se révolter ?

Il aura suffit de peu de décennies pour créer un monde où 25 000 personnes par jour meurent de faim, où plus encore meurt de la pollution, où la moitié des forêts ont disparus, où 2/3 de la biomasse s’est effondrée, où une poignée d’hommes (oui, ce sont principalement des hommes) joue au Poker avec le prix du baril du pétrole et influe sur la vie de milliards de personnes. Un monde où 0,1% des humains détiennent 99% des richesses, où le chef d’État de la plus grande puissance du monde est un fou furieux, malhonnête, menteur, inconscient et dangereux. Nous sommes arrivés au stade où la vie sur terre est compromise d’ici la fin du siècle.

Comment ne pas perdre pied, nous les générations sacrifiées, celles qui naissent depuis le début des années 80. Incapable de donner du sens à une existence dans une société qui n'en a plus, qui n’a plus de vertu, plus de morale, qui récompense ceux qui trichent, et qui punit ceux qui partagent. Nous sommes complices rien qu'en nous levant le matin, en travaillant, en consommant, en se déplaçant. Il reste la solution d'aller vivre dans les bois en autonomie en dehors de la société. Mais personnellement je n'en n'ai ni l'envie, ni le courage. Je veux pouvoir me déplacer, m'habiller, manger, exercer mon métier, être en société sans participer insidieusement à la destruction de la vie.

Quelle année que cette année qui vient de s'écouler ! 2020 sonne définitivement le glas de l'entrée dans le XXI ème siècle. Après avoir affrontés deux épisodes caniculaires dans un même été (2019), des sécheresses records, les incendies de l’Amazonie, de l’Australie, de Tchernobyl, une invasion de criquets dévastatrice en Afrique, sans compter les épiphénomènes mineurs des 4 coins du globe, c'est la crise sanitaire du Coronavirus qui réveille enfin l'occident (crise pourtant pas plus dramatique que les précédentes ) !

Cette crise a au moins le mérite de nous réunir autour d’une notion que notre société semble nous avoir fait oublier : Nous sommes mortels. Tout a une fin. (N'en déplaise à Laurent Alexandre ou Elon Musk, à la recherche de l'immortalité.)

Ce qui pourra peut-être nous faire comprendre le plus grand défi du XXIème siècle qui n’est autre que sauver l’humanité de sa fin probable. Tout simplement.

Maintenant, le système étant l'agonie, les dirigeant.e.s de la planète ont le pouvoir de corriger plusieurs décennies de mauvaises décisions, ou au contraire, rajouter les dernières mauvaises décisions à la pile. Probablement celles qui seront fatales. Celles qui écriront le destin de nos générations et des générations futures. 

Malheureusement ce défi est entre les mains de Trump, Macron, Bolsonaro, Poutine, Xi Jinping,…

Je rêve des tribunaux futurs où nous pourrons enfin juger toutes ces personnes, comme criminels et responsables de la mort de millions de personnes. 

2. La nécessité d’un grand sursaut :

Mais la collaboration du peuple soumis aux mauvaises décisions des dirigeant.e.s a aussi une responsabilité dans l’écriture de l’histoire.

Alors le changement ne peut venir que d’en bas ! Il ne peut venir que nous. Il ne peut venir que d’un Grand Sursaut !

Nous devons être les héros du film de science-fiction qui se déroule sous nos yeux.

L’effondrement de toutes nos organisations est souhaitable, et nécessaire ! Mais il est surtout organisableNON, notre système n’est pas l’ultime évolution de l’humanité. Nous valons mieux que ça. Nous pouvons inventer mieux. Non, le confort et le mode de vie occidental ne vaut pas pour tous et pour toujours ! Nous devons ré-inventer le mode de vie de demain.

« On ne veut pas recommencer comme avant ! Parce que justement Avant c’était le problème ! » est écrit sur les banderoles aux balcons.

Si nous sommes d’accord sur les constats : crise écologique, injustice, crise démocratique, crise humanitaire. Et que nous sommes d’accord sur l’envie de mettre fin à tout cela, nous ne sommes pas tous conscients de ce que cela impliqueEt encore moins capables de l’appliquer.

"Tout le monde veut sauver la planète, mais personne veut descendre les poubelles." disait Jean Yanne.

Le défi pour nos générations est immense. Nous devons modifier profondément l'image que l’on se fait du futur, et du XXIème siècle.

Nous devons comprendre que nous ne pourrons jamais vivre la même vie que les générations des 60 dernières années et nous ne devons pas y aspirer. Les trente glorieuses devraient être appelées les trente piteuses. Les 60 dernières années sont une parenthèse dans l’histoire de l’humanité qui doit se refermer. Ce qui ne veut pas dire que tout est à jeter, mais un tri s'impose. Il y a des progrès que nous souhaitons sauver et developper, d'autres non.  Nous avons 70 ans d'éducation libérale, techno-scientifique à défaire.

Il faut passer la 5 ème, il faut devenir adulte et responsable. Ne plus être les adolescents de La Société du spectacle. "Il est temps d’être sérieux!" Comme dit Aurélien Barrau.

Oui, il y a des choses qui ne sont plus décentes de faire, d’acheter, de cautionner.

Oui, les organisations monétaires, économiques et politiques de nos « démocraties » occidentales sont meurtrières et doivent être changées.

Oui, des métiers vont et doivent disparaître ! Nous ne voulons plus de Bullshit jobs, comme les nomme David Graeber. Des jobs qui, s’ils disparaissaient, le monde ne s’en porterait que mieux.

D’autres doivent s'inventer. D’autres se ré-inventer (l’agriculture, les transports, la culture, l’éducation, les loisirs) pour qu’ils ne soient plus synonymes de compétition et destruction.

Des formations doivent se créer. Des usines doivent êtres transformées. D’autres stoppées.

Des savoirs-faire doivent être retrouvés et transmis.

La notion de travail doit être redéfinie.

La recherche doit définitivement être au service du bien commun.

Une déclaration universelle des droits des générations futurs et des autres espèces vivantes doit s'écrire et servir de garde fou aux décisions prises par les générations présentes. Pour que plus jamais ne soient sacrifiées délibérément les générations futurs.

Les énergies et ressources disponibles doivent être rationnées et non gaspillées. Préfère-t-on continuer à utiliser du pétrole pour créer des gadgets inutiles en plastique ou bien préfère-t-on l'utiliser pour des matériaux médicaux ou alimentaires salutaires ? Nous préférons avoir de l’eau dans les nappes phréatiques, pour nos cultures ou de l’eau pour les piscines gigantesques chlorées, ou pour fabriquer de la neige artificielle ?

La notion de progrès doit être redéfinie également. Comment peut-on encore nommer progrès des inventions comme la 5G, dont tout le monde se fout qui n’apporte aucun bien-être supplémentaire à qui que ce soit sur cette planète, au contraire !

Le sens que l’on donne à nos vies doit être transformé! Nos vies n’ont pas à être rentables.

Cela peut donner l'impression et la peur d'un chaos. Mais si ces choses sont désirées et organisées : C’est une Révolution.

Et dans 50 ans, nous nous étonnerons qu’un mode d’organisation de société comme celui de nos dernières décennies ait pu exister.

Il était une fois le capitalisme, le néolibéralisme et la mondialisation. Voila ce que, je l'espère, nous dirons de notre époque.

 

3. La nécessité des récits :

Pour cela, il faut que tous, nous nous y mettions! Mais en vitesse et en masse! Soyons nombreux en paroles et en actes pour faire pencher la balance des décisions. Plus nous sommes nombreux, moins nous pouvons être ignorer. Un gouvernement ne peut pas indéfiniment aller contre la volonté d’un peuple. Soit il s’y plie, soit il tombe.

Encore faut il que cette volonté soit franche.

Si nous ne sommes pas assez nombreux, si notre volonté n’est pas assez franche, les prochaines années probablement ne seront que la suite des dernières années, une copie de ce même monde en pire, encore plus fragilisé, encore plus injuste, encore plus autoritaire, ou peut-être une soit disant "croissance verte », ramassis de Greenwashing, au service du capital donc du profit et de la destruction de la Vie sur Terre.

L’histoire s’écrit par les humains, par les peuples, par les récits.

Il fallait bien que Rousseau, Montesquieu, Voltaire ou d’autres fassent le récit d’une autre organisation politique possible pour que tombe la monarchie. Avant que le mot Utopie existe, il fallait bien qu’au XVI siècle, Thomas More invente l’île d’Utopie et qu’il serve de guide à son époque.

Plusieurs initiatives émergent de toute part pour faire entendre notre volonté. En voici quelques unes:

Et sûrement bien d’autres.

De tous ces travaux ressortent des mesures concrètes, argumentés, plausibles pour une réel transition écologique. C’est vital de les diffuser.

Oui, encore des vidéos, encore des textes, des cris, des appels pour que cette crise soit le tremplin pour l'avenir.

Il en faudra probablement encore des centaines d'autres, et des livres, et des films, et des spectacles, pour que les mentalités évoluent. Pour que soient enfin audibles et crédibles des discours qui ne l'étaient pas, pour que nous inversions ce qui était "la norme", et que finalement ce qui paraissait logique devienne absurde.

Regardez comme en 5 ans, le discours sur le fait de prendre l’avion a évolué même dans les milieux « aisés, éduqués ». De nos jours, même si la bataille est loiiiiiiin d’être remportée ( avec les 7 milliards de plan de sauvetage prévu pour Airfrance!), et que c’est beaucoup trop lonnnnnnng, on observe beaucoup plus de gens se préoccuper de l’impact de leurs voyages, en étudier la pertinence, en diminuer le nombre, voir les annuler ou transformer le mode de voyage. Ce n’est qu’un exemple parmi les autres multiples effets de changement de mœurs que l’on peut voir s’opérer ces dernières années.

Le revenu de base, discours inaudible il y a encore peu de temps (et toujours d’ailleurs), est pourtant mis en place en urgence dans certains pays pour le Covid 19. Le RTE, Revenu de Transition Ecologique fait son apparition dans les débats également.

C’est une étape, c’est bien ! Mais là, il faut y aller ! Si on veut préserver des conditions de vies dignes sur terre d’ici la fin du siècle, c’est 100 fois plus vite et plus profondément qu’il faut changer.

Nos enfants dans 30-40 ans, ne pourront même pas se figurer comment c’était possible de manger des fraises en hiver et ils et elles se moqueront de savoir que nous déféquions dans l’eau potable. Probablement ils et elles nous en voudront de ne pas nous être réveillés plus tôt. Comme nous pouvons parfois en vouloir à nos aînés d'avoir laissé ce monde se développer sans vergogne.

Envahissons l’espace et les discussions d’alternatives. Envahissons les esprits d’Utopies inspirantes ! Joignons les actes.

Concernant ce monde meilleur, la question n’est pas d’y croire ou de ne pas y croire, elle est de trouver les moyens pour le rendre possible.

A la sortie du confinement, retournons travailler. Mais pas comme avant. Travaillons à se ré-organiser. Dans tout les domaines. Car aucun n’échappe à la logique de rentabilité et de profit dont nous devons nous défaire.

Il est difficile d’être puissant à l’échelle nationale, il est possible pour chacun d’être moteur et inspirant à l’échelle de son entreprise, son secteur, sa ville ou village.

N’ayons pas peur d’être à contre-courant, militant.e.s, innovant.e.s, subversif-ves! Fonctionner autrement, c’est possible, ça s’organise, ça s’invente.

Soyons prêts à affronter les détracteur.e.s qui diront « ce n’est pas possible ». Les attaques, les discrédits, les critiques, les mises à l’écart, l’ingratitude.

« Que ceux qui pensent que c’est impossible laisse faire ceux qui pense que c’est possible! »

Pour se sauver, le peuple ne pourra compter que sur lui-même.

On n’est jamais mieux servi que par soi-même !

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