Comment sortir de la crise de la dette pour les nuls par une nulle

Bon, je ne suis pas économiste, et ce qui suit n'engage que moi et l'interprétation qui est la mienne de mes lectures sur le sujet, et peut être que je reviendrais un jour sur cet avis, mais étant donné que ces histoires de dette, ça a l’air de craindre, j’ai essayé de comprendre un peu. Alors autant en faire profiter les copains. Ce texte est un peu long, mais il est une sorte de synthèse de certaines de mes récentes lectures et c'était difficile de faire plus court en amenant tous les éléments indispensables. Alors allons-y.

En gros, de ce que j’en ai lu, il y a 4 méthodes hypothétiquement possibles pour sortir de la crise de la dette:

 

1. L’austérité et l’amélioration de la compétitivité des entreprises. 

Ca c’est la technique Merkel/ Sarko/ Hollande/ Comme-la-Troika-et-l’Allemagne-aiment-bien. Celle qui protège le système économique euro-atlantiste actuel et fait crever le peuple Grec: le néolibéralisme. 

Le néolibéralisme, c’est quoi? Faisons un peu d’histoire….

Dans l’histoire de la pensée économique, il existe en très très gros, 2 grands courants. Et l’un d’eux, c’est le libéralisme.

A la fin du 19e siècle, un certain Bismarck, chancelier allemand, est parti du constat que le libéralisme ne sait pas remplir certaines missions, et qu’à l’inverse, celui-ci est plus efficace que l’Etat pour en remplir d’autres. Il a donc posé les bases du système qui a été dominant durant le 20e siècle: l’économie mixte. C’était une forme de capitalisme régulé, où l’Etat s’accordait le droit de gérer certaines missions d’intérêt public que le libéralisme n’a jamais su gérer correctement (la santé, les transports par exemple) mais laissait la possibilité au capitalisme libéral de s’exprimer pour les autres pôles économiques. 

Dans les années 30, en Allemagne, est né un courant de pensée qui se nomme l’ordolibéralisme. Celui-ci prône une économie libérale où le rôle de l’Etat se limite simplement à assurer une concurrence libre et non faussée par les entreprises en interdisant la formation de superstructures types trusts ou multinationales, ce qui créerait alors des monopoles. L’ordolibéralisme propose aussi que la création monétaire soit gérée par des banques indépendantes de l’Etat et du pouvoir et que le rôle de ces banques soit d’assurer la stabilité de la monnaie et que le taux d’inflation reste faible. Mais nous y reviendrons. 

Le néolibéralisme donc, c’est un système économique qui dérive de l’ordolibéralisme. Ce n’est pas un ultra-libéralisme. Dans un système ultra-libéral, en cas de faillite d’une banque, celle-ci s’effondrerait, devrait assumer ses conneries et mettrait la clé sous la porte, emportant avec elle une partie de l’économie. Mais comme vous l’avez remarqué, ce n’est pas comme cela que ça fonctionne aujourd’hui. Aujourd’hui, quand une banque fait faillite, l’Etat la renfloue. Et l’Etat, c’est nous. Sauf que c’est bien gentil, mais que quand la banque et la finance jouent à spéculer et qu’elles gagnent, les profits vont dans leurs poches. Mais que quand elles perdent massivement et que c’est le krach, c’est à nous de payer. C’est ce qu’on appelle privatiser les profits et collectiviser les pertes. Ainsi, les Etats sont devenus le filet de sécurité des banques. 

Il faut savoir qu’après chaque Krach, il s’en suit une période de récession économique où la dette des Etats explose et que quand bien même les banques remboursent l’argent que nous leur filons quand elles font faillite, nous y perdons quand même beaucoup, par le biais de la récession. Donc plus de dette, plus de chômage, moins de consommation et une baisse de la croissance. Vous me direz, on n’a qu’à arrêter de les renflouer, les boîtes à fric. Sauf que comme on dit, elles sont « too big to die ». En l’état actuel du système, si elles meurent, nous aussi.

Mais revenons à nos moutons. Nous sommes donc dans ce système. Les Etats sont endettés. Pour de nombreuses et complexes raisons. Mais certainement pas parce que les peuples vivent au dessus de leurs moyens. Que proposent Merkel, le FMI, la BCE et tout les Zinzins de l’espace Européen? L’austérité. En gros, l’Etat, qui comme nous l'avons dit, gère certaines missions, doit faire des économies. L’austérité, cela ne peut fonctionner qu’à une seule condition: une relance économique parallèle, que l’on tente de favoriser dans notre cas par l’amélioration de la compétitivité des entreprises. Comment améliore-t-on la compétitivité d’une entreprise dans un contexte d’austérité budgétaire et dans les conditions de l’Euro? D’abord on peut alléger ses charges fiscales afin qu'elle puisse réinvestir d'avantage dans elle-même avec cet argent. Ensuite on peut « assouplir les conditions de l’emploi ». Comprenez virer plus facilement les employés et baisser leurs salaires ainsi que dégrader leurs conditions de travail pour faire des économies en terme de « coût de production ». 

Bon cette stratégie elle ne fonctionne pas. Pourquoi? Parce que les salariés, les employés dont on parle, ce sont aussi les consommateurs. Sauf qu’un consommateur qui n’a plus d’emploi, ou qui voit son salaire baisser et qui en plus voit ses impôts augmenter, et bien c’est bien simple, il ne consomme plus. Donc la relance de la croissance, c’est dans le cul lulu. Et ça, c’est en admettant que « l’assouplissement des conditions de l’emploi » (c’est beau hein dit comme ça) et les cadeaux fiscaux permettent effectivement d’améliorer la compétitivité des entreprises. Sauf que ça ne marche pas comme cela. 

D'abord parce que certaines entreprises ne vont pas réinvestir forcément la part d'augmentation du profit réalisée par la baisse des charges fiscales et la baisse du "coût du travail", mais les reverser en dividendes à leurs actionnaires. Actionnaires qui ne produisent strictement rien. 

Et aussi parce que ma bonne dame, il faut savoir que les entreprises européennes, leurs premiers clients… et bien ce sont les européens. L’Europe commerce avant tout avec elle même. Et que comme TOUTE l’Europe cherche a améliorer sa compétitivité, toutes les entreprises européennes font pareil et que comme les entreprises européennes sont en compétition avant tout les unes avec les autres et bien elles vont toutes baisser leur prix en même temps. Donc nos mesures, à part tirer les salaires vers le bas, créer du chômage et des conditions de travail déplorables, elles ne font rien de plus. Car même si les prix baissent, comme TOUS les prix vont baisser, puisque TOUTE l’Europe fait la même chose, le problème restera le même. Sauf que vous aurez en plus perdu des consommateurs au passage et donc aggravé ce problème. 

Et ça, c’est ce qui est arrivé dans les années 30 en Allemagne. Refaisons un peu d’histoire. 

Crise de 29. Les banques font faillite et récupèrent leurs liquidités qu’elles avaient investies en Europe. La crise se propage alors en Allemagne qui est déjà endettée de façon insoutenable à cause de la première guerre mondiale et des conditions du traité de Versailles qui exige des réparations de guerre démentielles. Comme elle tardait à rembourser, la France occupe dès les années 20 le coeur de l’industrie allemande: la Ruhr. La relance de la production semble compliquée… Le chancelier Brüning qui gouverne le pays décide d’une politique d’austérité déflationniste visant à réduire les coûts salariaux afin de suivre la baisse des prix et de permettre la remontée des profits et la relance des investissements privés. L’idée était la même qu’aujourd’hui: réduire les dépenses publiques afin de retrouver un excédent budgétaire restaurant la crédibilité de l'Etat. Donc notre bon chancelier Merk…euh Brüning pardon, il diminue voire supprime les allocations diverses et variées, alourdit les impôts et baisse de 10% le salaire des fonctionnaires. Les résultats sont catastrophiques. Le chômage s’aggrave considérablement, la production s’effondre, le PIB poursuit sa chute contrairement au Nazisme qui lui monte, grâce à ses promesses de relance économique et de sortie de la crise à un peuple excédé, ruiné et humilié par la situation économique et sociale. 

Lorsque l’Etat cherche à tout prix à faire des économies de cette façon, il transfère en fait une partie de la dette publique vers les ménages et donc transforme cette dette publique en dette privée. Votre Etat lui, même s’il va mieux, le prix de son moindre endettement, c’est l’endettement des ménages. Imaginez: l’Etat dérembourse une partie des soins pour faire des économies dans le système de santé. Moi je suis salariée, je cotise toujours autant pour la sécu. Mais quand ma petite dernière tombe malade, la sécu elle ne rembourse plus tel médicament ou tel soin. Sauf que moi ma gamine, ben il faut bien que je la soigne. Et bon, c’est con, mon mari il vient d’être licencié et moi, je suis fonctionnaire, l’Etat a baissé mon salaire cette année, donc on n’a plus une thune. Ben du coup, je vais devoir emprunter à la banque pour payer les soins de Pénélope. C’est comme cela que l’on transforme une dette publique, en dette privée. 

Bon, l’austérité et la politique actuelle de l’Europe, vous l’aurez compris, je ne crois pas en ses vertus. Et les Grecs non plus d’ailleurs. Tu m’étonnes, après plus de 4 ans d’austérité responsables d’un véritable drame social, économique et sanitaire, ils n’en peuvent plus. Le taux de chômage est passé de 7,5% en 2008 avant la crise des Subprimes à 26% cette année. Chez les moins de 25 ans et les femmes, le chômage est de 60%. Entre 2008 et 2012, les revenus avant impôt des Grecs ont baissé de 22,6 % ; les  salaires ont chuté de 27,4 %. Cette baisse n’est cependant pas uniforme : les 10 % des salaires les plus bas plongent de 34,6 %, tandis que les 1 % les plus hauts ne perdent que 4,8 %. Les 10 % des ménages les plus pauvres de 2012 ont perdu en cinq ans 86,4 % de leurs revenus, alors que les 10 % les plus riches ont essuyé une baisse de 17 %. 30% des Grecs n’ont plus aucune couverture sociale et 40% d’entre eux ont passé l’hiver sans chauffage. Le nombre de médecin hospitalier est passé de 5000 à 2000 en 4 ans et de nombreux hôpitaux et services ont été fermés. Le taux de suicide a explosé, la prévalence du VIH est en forte augmentation et le paludisme fait son retour. En 2014, malgré la baisse des salaires, les exportations étaient inférieures de 11,9 % à celles de l’année précédant la crise. Entre 2008 et 2012, « le fardeau fiscal a crû de 337,7 % sur les faibles revenus et de 9 % sur les déciles supérieurs ». Et tout cela, je le rappelle, pour faire faire des économies à l’Etat. Et bien ça a été tellement efficace, que la dette publique est passé de 120 à 175% du PIB en 4 ans d’austérité! Tant et si bien que les Grecs, ils en ont ras le pompom et ont élu Syriza au pouvoir, ce parti qui propose la fin de l’austérité. Et donc forcément, s’ils vont au bout de leurs promesses, à terme, c’est la sortie de la Grèce de l’Euro, si ce n’est de l’Europe, car les traités européens imposent l’austérité. A moins qu’une immense somme d’argent ne leur tombe du ciel. Ou d’ailleurs.

 

2. La taxation du capital

Ca c’est la méthode Piketty. Thomas Piketty, vous savez, c’est le gars dont on n'arrête pas de parler en ce moment parce qu’il a refusé la légion d’honneur, parce qu’il a écrit un gros livre, parce qu’il passe à la télé et à la radio, parce qu’il gagne plein de prix. Piketty, c’est le gars qui a conseillé Hollande dans son programme présidentiel et donc ses promesses électorales de « mettre à genoux la finance » et de « taxer les profits », ça vient de lui. Ca envoyait du lourd quand on l’écoutait hein? On y croyait grave. D’ailleurs on a même voté pour lui (enfin pas moi, manquerait plus que ça, mais pas mal de gens). Sauf que le Hollande, une fois élu, il a pris un gros couteau et l’a planté bien profond dans le dos de Piketty et par la même dans celui de toute la France. Et au lieu de taxer la finance, il a poursuivi encore plus fort la politique de privatisation  initiée par Messire Sarkozy et "la rigueur" (c'est comme pour les Pokemon vous savez, avant de se transformer en "Austérité", le premier stade c'est la "Rigueur"). Le comble pour un soi disant gauchot. Donc on comprend que sa légion d’honneur, il peut bien se la mettre dans le fromage notre Hollande.

Piketty, il propose dans son best seller  Le capital au 21e siècle  un impôt exceptionnel, progressif et mondial, sur le capital et les patrimoines afin de renflouer les caisses et de s’assurer que les profits générés par le capitalisme reviennent à tous et pas seulement à certains, quand les pertes sont alors collectivisées, comme nous l’avons vu plus haut.

Alors comme ça j’avoue, cela fait envie. Sauf que d’ici qu’on arrive à faire fermer tous les paradis fiscaux, déjouer tous les mécanismes complexes de défiscalisation et que l’on mette au pas tous les Etats, je serai déjà morte depuis longtemps. Sa proposition néglige totalement les rapports de force en jeu actuellement entre argent, pouvoir et Etats. Déjà que l’Europe est incapable d’uniformiser sa fiscalité, alors le monde entier… Parce que tant que la mesure ne sera pas globale et qu’il existera des paradis fiscaux, cette mesure restera inefficace. 

Et puis il n’y a pas que cela. Taxer le capitalisme, c’est le légitimer. Et l’Histoire nous l’a montré, le capitalisme tend naturellement à se libéraliser et à se libérer de ses chaines régulationnistes qui interdisent aux ultra riches d’être encore plus riches au détriment de la classe moyenne et des pauvres. C’est ce qui est arrivé à la fin du 20e siècle. Alors que nous étions dans une économie mixte avec une finance contrôlée, Le couple Reagan/ Tatcher, croyant que la finance était une solution d’avenir, ont libéralisé cette dernière et saboté tout le boulot de leurs prédécesseurs qui avaient régulé le bazar, ayant pris les leçons des crises bancaires du 19e siècle et de 1929. Le résultat, c’est le néolibéralisme. Le couple nous a pondu un joli bébé monstrueux qui se nourrit à coups de dette des Etats et de crises bancaires. La baby shower va nous coûter un bras…

En admettant que le miracle se produise et que les Etats du monde, dans un élan de bonté généralisé, s’accordent en terme de fiscalité et de taxation du capital, un autre problème reste cependant. Dans une économie capitaliste, le but d’une entreprise est le profit. Or, pour générer constamment du profit, une entreprise doit être constamment en croissance. Et pour que cela ait lieu, il faut consommer. Beaucoup consommer. Toujours plus consommer. Sauf que nous vivons sur une planète finie, qui semble déjà montrer quelques signes de faiblesse sous le joug de notre n’importe quoi économique et écologique. Et l’écologie, c’est comme la santé, le capitalisme, il ne sait pas faire. Alors il y a deux solutions: soit on se dit que la survie de l’espèce on s’en cogne et que, après moi la fin du monde, soit on ferme très fort ses petits yeux en s’imaginant très fort que le réchauffement climatique, ce n’est qu’un mythe et qu’au pire, on pourra bien aller pourrir d’autres planètes. Où alors on change de système. Je rappelle pour mémoire que quasiment tout au long de l’histoire de l’humanité, la croissance était quasi nulle. Et que la croissance élevée, c’est une nécessité capitaliste. Pas humaine.

D'autre part, j'entends souvent: "oui mais Sarah, le capitalisme, ce n'est pas parfait, mais ça ne marche si mal". Mais pas si mal pour qui? Pour nous? Et qu'en est-il des populations que nous opprimons au nom de la libre concurrence? De cette main d'oeuvre à bas coût que nous exploitons dans nos entreprises délocalisées? Des conditions de travail dans les mines d'extraction d'uranium pour nous permettre une énergie à moindre coût? Qu'en est-il de la destruction des agricultures locales et adaptées à la terre au Mexique et ailleurs  par l'entrée massive sur le marché des produits OGM qui eux polluent l'environnement? Qu'en est-il de la dette des pays africains que nous avons crée? Des conséquences partout dans le monde des guerres du capitalisme? Qu'en est-il de l'Iran que les anglais et les américains ont opprimé en renversant leur gouvernement démocratique dans les années 50 pour récupérer l'exploitation des puits de pétrole et ses profits immenses? Le capitalisme, cela marche peut être parfois, mais dans certaines conditions très particulières qui sont épiphénoménales dans l'histoire de l'Homme et ce n'est certainement pas bon pour tout le monde et encore moins pour la planète.

Donc la méthode Piketty, moi j’appelle ça un pansement sur une jambe de bois. Ou reculer pour mieux sauter. 

 

3. L’annulation de la dette. 

Ca c’est la méthode Graeber. David Graeber, c’est un anthropologue et économiste américain qui a écrit un bouquin absolument passionnant qui s’appelle Dette, 5000 ans d’histoire. Dans ce pavé qui se lit comme un roman, le charmant David nous explique que déjà les mésopotamiens annulaient régulièrement les dettes. En effet, les dettes finissaient systématiquement par opprimer les peuples et les réduire au péonage, ce qui générait des instabilités politiques et souvent des révoltes. Donc on s’est mis à régulièrement et rituellement « détruire les tablettes » de comptes. D’ailleurs ces tablettes qu’on a retrouvé, ce sont les toutes premières traces d’écriture qui existent. Les problèmes d’endettement, vous le voyez cela ne date pas d’hier… Toute l’histoire de l’homme est jonchée d’annulation de dettes afin de maintenir la paix et l’équilibre social. Même les Allemands, ceux qui réclament aujourd’hui que la Grèce rembourse, on leur a annulé toute une partie de leur dette après la seconde guerre mondiale. 

Les grandes religions ont globalement condamné l’usure car était source d’oppression et de misère sociale. Car il semblait licite et il me semble licite, qu’il faut parfois léser quelques usuriers, au nom du bien être commun. Et tant pis pour les créditeurs. Car pratiquer l’usure, c’est un pari. Il ne faut pas l’oublier. Et quand j’entends qu’il faut rembourser la dette car bon nombre de prêteurs sont des ménages et des petits épargnants, je réponds que quand on parie et que l’on cherche à créer de l’argent avec du vide, il faut s’attendre parfois à perdre et qu’on ne peut pas gagner à tous les coups. Prêter c’est un pari. Vous pariez que celui à qui vous prêtez va vous rembourser. Et pour que cette prise de risque rapporte, on facture des intérêts. Si vous êtes sur et certain que l’on va vous rembourser à chaque fois et que prêter ne comporte aucun risque, alors facturer des intérêts n’a aucun sens. Et quand on prête à un Etat, à un système, la moindre des choses c’est d’accepter les risques et donc de bien étudier avant comment ce système fonctionne. Or, prêter au néolibéralisme, c’est très risqué. Ca marche un temps, c’est bien, ça met du beurre dans les épinards. Sauf que le beurre et l’argent du beurre, ça commence à faire beaucoup. 

Par ailleurs, est-il licite d’opprimer une large partie du peuple au nom de la protection des intérêts financier d’une autre partie du peuple? Sans compter que c’est un peu plus compliqué que cela. Car une partie des porteurs de la dette étant effectivement des ménages, ces derniers sont finalement perdants dans ce système car ils paient ou paieront à terme d’avantage de tribut au néolibéralisme qu’ils n’en tirent de bénéfices en prêtant aux Etats. C’est un mauvais calcul. Et puis aujourd’hui la mode, c’est d’être opprimé et oppresseur. Actionnaire, boursicoteur et salarié pas cher.

Et qui a envie de rembourser une dette dont une énorme partie est liée aux conneries répétées de financiers qui risquent l’économie mondiale dans des paris hasardeux afin de gagner beaucoup en très peu de temps et en ne produisant absolument rien? Qui a envie de payer pour ceux qui se croient dans un casino? Pas moi en tout cas. Alors avant de mettre vos petits sous dans une assurance à la banque, un fond de pension ou je ne sais quel organisme qui spécule ou prête pour vous, dites vous que c’est un risque que vous prenez. Et renseignez vous sur les méthodes pratiquées par ces organismes. Ca fait froid dans le dos.

Alors quand les usuriers avaient affaire à un mauvais payeur, ceux-ci envoyaient parfois leurs sbires pour aller casser quelques dents, récupérer les gosses pour les réduire au péonage et s’emparer des biens du débiteur. Or aujourd’hui comme la mode c’est de dire qu’il faut toujours rembourser ses dettes, on a crée une institution de sbires pour s’assurer que les Etats allaient bien cracher la thune. Cette institution elle s’appelle le FMI. Le FMI propose des prêts à des Etats en difficultés qui peuvent difficilement les refuser tout en leur imposant des conditions qui ont en général comme conséquences de détruire les services publics et d’ouvrir le pays aux intérêts privés internationaux, rarement réputés pour leur grand humanisme. Prenons un exemple.

« 1895, la France envahit Madagascar, dissout le gouvernement en place et déclare le pays colonie française. Gallieni, après la « pacification » impose lourdement la population malgache afin qu’elle rembourse les coûts de sa propre invasion et finance la construction des chemins de fer, routes, ponts, plantations etc que le gouvernement colonial voulait construire, je précise, contre la volonté des malgaches. On considère toujours aujourd’hui que Madagascar doit de l’argent à la France. Or récemment, sur les hauts plateaux du pays, le paludisme avait été éradiqué, si bien qu’après une ou deux générations, les habitants avaient perdus leurs anticorps et le maintien de l’éradication avait un cout: il fallait procéder à des test périodiques pour s’assurer que les moustiques ne se reproduisaient pas et, à des campagnes de pulvérisation s’il se révélait qu’ils s’étaient reproduits. Ce n’était pas une grosse dépense mais les plans d’austérité imposés par le FMI afin d’assurer le remboursement de la dette du pays ont conduit l’Etat à réduire ces activités de surveillance. Il y a eu 10000 morts. Etait-il justifié de perdre 10000 vies pour que la Citybank n’ait pas à reconnaitre ses pertes sur un seul prêt irresponsable, d’ailleurs sans grande importance pour son bilan? » Le FMI vous dira que oui.

Pour mémoire, l’Islande, dont l’économie s’est effondrée suite à la crise des Subprimes , a fait démissionner son gouvernement, réécrit une constitution, a refusé de rembourser les banques et a dit merde au FMI. L’économie de l’Islande va mieux que jamais. Même le FMI applaudit aujourd’hui.

 

4. La création monétaire

Vous n’avez pas de sous pour rembourser vos dettes? Et bien faites tourner la planche à billet mon cher, et vous croulerez sous les billets! Ah, on me dit dans l’oreillette que la France n’a pas le droit de faire tourner la planche à billet via sa banque centrale depuis la loi Pompidou de 1973, qu’elle est obligée d’emprunter aux banques privées avec intérêts (qui elles, ont le droit d’emprunter à un taux d’intérêt ridicule à la BCE) et que les traités européens ont étendu cette mesure à toute l’UE.

De quoi s’agit-il? Remettons notre monocle et replongeons nous dans l’Histoire… 

Années 70, Georges Pompidou est Président de la République. Jusque là, la loi permettait que la Banque de France prête à l’État, sans intérêt, 10,5 milliards puis 10 autres milliards à taux très faible. Au-delà, l'État devait emprunter sur le marché privé. En 1973, la loi Pompidou ne permet plus au trésor public d’être « présentateur de ses propres effets à l'escompte de la Banque de France. » L'une des craintes quant à poursuivre l'emprunt direct auprès de la banque de France était la genèse d'une importante inflation. Et l’inflation, quant on a plein de sous sur son compte ou que l’on dispose d’un gros capital, on n’aime pas. Parce que l’argent perd de sa valeur avec le temps quant il y a de l’inflation. La France se voit donc d'avantage dirigée auprès des marchés privés pour emprunter....avec intérêts. La classe politique est donc soumise aux marchés financiers qui sont les créanciers de l'État. Ces créanciers lui dictent ainsi une politique économique avec les agences de notation dont les notes (vous savez, le fameux triple A) influent sur les taux d'intérêts. Et ce, alors même que l'État (dans le cadre des plans de renflouement) et la Banque centrale européenne prêtent aux banques privées à des taux moins élevés que ces mêmes banques privées lorsqu'elles prêtent aux États. Oui parce que figurez vous qu'en 1993, avec le Traité de Maastricht, l’interdiction est étendue à toute l’Europe dans son article 104, également réécrit à l'article 123 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE). 

Par ailleurs, il faut savoir que la très grande majorité de la monnaie qui existe dans le monde n’est pas la monnaie papier (ou monnaie fiduciaire) crée par les banques centrales en faisant tourner la planche à billets, mais la monnaie virtuelle (ou monnaie scripturale) , crée par les banques privées quand elles accordent des prêts. Car voyez-vous, lorsque la banque vous prête de l’argent, en fait cet argent n’existe pas. Elle ne fait pas un transfert d’argent de ses coffres à votre compte. Elle crée cet argent grâce à une simple écriture comptable. Elle écrit dans ses comptes « Mr Padetune me doit 10000 euros ». Et hop! L’argent virtuel apparait. Et cet argent disparait alors au fur et à mesure que vous le remboursez. Cela s’appelle la création monétaire par le crédit. Il existe une seule limite à cela. C’est ce qu’on appelle le système des réserves fractionnaires. Pour prêter, la banque doit posséder d’une certaine quantité de monnaie fiduciaire (ou centrale) dans ses coffres. Cependant cette limite est relativement souple, puisque les banques peuvent prêter plus de 6 fois ce qu’elles possèdent en monnaie centrale (soit un taux de réserve d’environ 15%). De plus, les banques privées peuvent tout à fait augmenter leur quantité de monnaie centrale en empruntant directement auprès de la banque centrale. La banque centrale n’a donc plus qu’un rôle de régulation de la quantité de monnaie disponible pour les banques privées.

Le problème de la monnaie scripturale, c’est que comme je vous l’ai dit, c’est une monnaie qui disparait lorsque les prêts sont remboursés par les emprunteurs. Pour que le système pérennise et que la quantité de monnaie reste stable, il faut donc sans cesse que l’Etat, les ménages et les entreprises empruntent auprès des banques commerciales. Sauf que cet argent, il a un prix! Oui, ce sont les intérêts! Vous voyez donc le truc? Pour que la banque continue de produire de l’argent, il faut non seulement sans cesse s’endetter mais payer le prix de ces emprunts, les intérêts, qui eux mêmes vont grossir la dette! Autant vous dire que ça en fait du fric pour les banques! Car désormais nous sommes obligés d’emprunter pour payer les intérêts d’anciens emprunts!

Pourquoi cette politique européenne particulière vis à vis de la création monétaire? 

Alors savez-vous quel est le premier rôle de la BCE? Conformément aux traités et statuts, « l'objectif principal de la BCE est de maintenir la stabilité des prix. Sans préjudice de cet objectif, elle apporte son soutien aux objectifs économiques de l'Union, c'est-à-dire le maintien d'un niveau d'emploi élevé et l'encouragement d'une croissance non-inflationniste. Elle agit conformément au principe d'une économie de marché ouverte. »

L’inflation, qu’est-ce que c’est? L'inflation est la perte du pouvoir d'achat de la monnaie qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix. La BCE s’assure que la quantité d’argent disponible ne soit pas trop importante afin d’éviter l’inflation. Car l’un des mécanisme possibles de l’inflation est la trop grande quantité d’argent disponible. Dans cette situation, en l'absence de création de richesse réelle, la conséquence directe se manifeste sous la forme d'une augmentation de la demande et par suite des prix. On considère que l'inflation monétaire résulte de l'émission par les autorités monétaires (les banques centrales en général) de monnaie en trop grande quantité, notamment par rapport à la quantité de biens dans le circuit économique. C’est ce qui est arrivé dans les années 20 en Allemagne, par surémission de Mark. 

Petit point historique à nouveau: le 28 juin 1919, les alliés, via le traité de Versailles, obligent l’Allemagne à payer des réparations afin qu'elle contribue à la reconstruction des pays qu’elle avait envahis. Les pays vainqueurs évaluent ainsi la dette allemande à 132 milliards de marks-or de 1914, dont 52 % versés au seul profit de la France, alors que la richesse du pays n’atteint que 3 milliards de marks.

L’économiste John Maynard Keynes, membre de la commission britannique, préconise dans un rapport de ramener le montant global des réparations à 20 milliards de marks-or. Sa proposition ayant été rejetée, il critique cette position dans un ouvrage, Les Conséquences économiques de la paix, dans lequel il prévoit que « si nous cherchons délibérément à appauvrir [l'Allemagne], j’ose prédire que la vengeance sera terrible. » (inspiré le bonhomme hein?). Les Alliés ne prêtaient pas à l’Allemagne. L’Allemagne dut recourir au marché monétaire international, ce qui fut facile, les spéculateurs avaient confiance dans l'économie de l’Allemagne. Ils prévoyaient un retour du mark à sa valeur-or de 1913. Mais par prudence les capitaux étaient prêtés à court terme. Les capitaux se retiraient lorsque la situation économique ou politique se détériorait. Ce retrait faisait chuter la valeur du mark. Ils revenaient lorsque la situation s’améliorait et la valeur du mark remontait. Au total et malgré les périodes de stabilisation le cours du dollar en marks augmentait, ce qui augmentait le coût des importations. Entre 1920 et 1922, les mauvaises nouvelles succédaient aux périodes de stabilisation. La chute se précipite en juin 1922 lorsque la conférence pour la fourniture d’un prêt par les Alliés échoue. Les investisseurs perdent totalement confiance. Un dollar valait 420 marks en juillet 1922 et 49 000 en janvier 1923. Le prix au détail passe de l’indice 1 en 1913 à 750 000 000 000 en novembre 1923. La confiance dans la monnaie avait totalement disparu. La monnaie circulait plus vite et faire circuler plus vite la monnaie a le même effet sur l’économie qu’augmenter sa quantité. En 1920 et 1921, la création monétaire ne sert qu’à fournir les liquidités indispensables aux échanges compte tenu de l’augmentation des prix. « Après 1921, c’est-à-dire lorsque l’inflation a commencé à s’amplifier, et surtout au premier semestre 1922 lorsqu’elle s’est accélérée, la quantité de monnaie disponible s’est réduite, preuve que la planche à billets ne fonctionnait pas. En novembre 1923, la quantité de marks en circulation est 245 milliards de fois plus élevée qu’en 1914 mais le coût de la vie a augmenté par un facteur de 1380 milliards. »

Les Allemands sont persuadés que cette situation d’hyperinflation a fait le lit de la seconde guerre mondiale (à tort ou à raison, je n’en sais rien, mais personnellement après plusieurs lectures, j’ai tendance à croire que c'est plutôt la politique de Brüning décrite plus haut qui ait été décisive). Alors autant dire que l’inflation, ils n’aiment pas trop et que quand on leur parle de créer de la masse monétaire, ils sont pas trop chauds. Et c’est là bien le problème. Parce que autant que la quantité d’euros en circulation est adaptée à la situation économique Allemande, autant elle ne l’est pas du tout pour une économie comme celle de la Grèce ou de l’Espagne, pays pour lesquels l’Euro est beaucoup trop fort et qui eux auraient bien besoin que l’on mette d’avantage d’Euros en circulation. Sauf qu’aujourd’hui, c’est l’Allemagne qui dirige l’UE et qui décide donc de sa politique monétaire.

Il faut savoir que l’inflation n’est pas subie par tout le monde de la même façon. En gros, "elle pénalise

• les créditeurs qui n'ont pas réussi à se prémunir contre l'inflation

• les détenteurs de monnaie (vous avez tout plein de sous, mais il vaut vachement moins)

• les exportateurs (qui auront plus de mal à vendre leurs produits plus chers) et leurs fournisseurs

elle favorise

• les débiteurs (ah ben chouette alors, y’a du fric partout, donc ça va être plus facile de rembourser mon prêt)

• les créditeurs qui ont réussi à se sur-protéger contre l'inflation

• les détenteurs d'actifs (par opposition aux détenteurs de monnaie)

• les détenteurs de stocks (lorsque ceux-ci ont été achetés avant ou en début de hausse des prix)

• les importateurs (qui vendront plus facilement les produits étrangers dont le prix n'a pas de raison d'augmenter autant) et leurs clients (qui dépenseront moins, en terme réel, pour le même produit)

elle est relativement neutre pour

• les détenteurs de revenus indexés sur l’inflation (ce qui n’est plus le cas en France)

• les créditeurs qui se sont correctement protégés"

Alors en gros, si vous êtes un mec pétave de thune, qui vit grâce à l’exportation de sa production, l’inflation, c’est vraiment la merde. Si vous êtes un grouillot qui est à découvert et qui a des dettes jusqu’au cou, l’inflation, c’est pas hyper grave. Et le peuple Allemand, c’est un peuple d’épargnants et qui exporte beaucoup. Donc encore deux bonnes raisons supplémentaires, pour eux, de ne pas en vouloir de l’inflation. D’ailleurs la BCE a même fait un dessin animé pour nous expliquer à quel point l’inflation c’est horrible. Si si. Ce qui est bien c’est que leur postulat de départ sur les origines de la monnaie est faux. Mais avec la BCE, on n’est plus à une connerie près…

 Le type dont je vous ai parlé plus haut, John Maynard Keynes, c’était un immense économiste. Sa théorie à lui, c’est que pour relancer une économie en crise, il faut augmenter les dépenses publiques (en investissements, constructions, projets créateurs d’emplois), augmenter les salaires et ne pas augmenter l’impôt des classes moyennes et les plus pauvres (ceux qui donc vont se mettre à consommer et non à épargner contrairement aux  plus riches qui eux ne vont pas plus consommer s’ils ont plus d’argent) et mettre de l’argent en circulation afin de stimuler la consommation et donc de créer une demande qui relancera la production. Ce qui créera de l’emploi. Et donc des consommateurs. Et donc une demande et ainsi de suite. Keynes préférait une politique visant à favoriser l’emploi plus qu’une visant à éviter l’inflation. Cette politique suppose ainsi que les entreprises peuvent très rapidement augmenter leur production pour faire face à un surplus de demande. Si ce n'est pas le cas, cela créera d’abord une hausse des prix (plus de demande pour un produit dont la quantité n’augmente pas, donc il est « relativement » plus rare, donc son prix augmente). De plus, l’augmentation des revenus ou de l'offre de monnaie ne peut se traduire en surplus de demande que si les gens font preuve d'une certaine confiance dans l'avenir. Sans cela, le surplus de revenu est épargné par les ménages (pour faire face à une future hausse des impôts ou à un avenir sombre), et la demande ne se fait pas. Le gouvernement peut jouer dans une certaine mesure sur ce paramètre, en ciblant la politique de relance sur des agents économiques qui consomment plutôt que sur ceux qui épargnent par exemple; il peut aussi opter pour une relance par l'investissement, en misant sur les entreprises. 

Il existe un problème cependant: Keynes quand il écrit tout ceci, ce qui sera mis en pratique avec grand succès après la seconde guerre mondiale, nous sommes dans des économies relativement fermées. Or aujourd'hui nos économies sont ouvertes et une augmentation du pouvoir d'achat des Français peut bénéficier d'avantage aux industries automobiles allemandes et aux entreprises produisant des ordinateurs au japon qu'au "made in France". Et que désormais, une politique de relance de type keynésien doit cibler les pôles favorisant l'économie française. Ou alors, comme le premier client de l’Europe, c’est l’Europe, l’autre plan, c’est de créer une fédération, de créer un budget européen et de faire des plans de relance ciblés à l’échelle de l’UE. Mouais. 

Bon, tout ça c’est une politique interventionniste. Vous savez, cette politique économique que les libéraux conchient, sauf quand ça les arrange. Alors c’est pas trop dans l’air du temps vous voyez. 

 Mais une fois qu’on a lu tout ça, on se demande: Pourquoi on n’arrêterait pas de faire tourner l’économie avec cet argent hors de prix qu’est la monnaie scripturale pour récupérer notre création monétaire et mettre en circulation d’avantage de monnaie fiduciaire? Et  même si cela s’avère être au prix d’une certaine inflation, comme nous sommes endettés jusqu’au cou, cela est-il si grave? Pourquoi ne pas tenter une politique de relance Keynésienne?

Ah oui merde, le TFUE… L’Allemagne, elle est pas chaude on a dit. L’austérité, la BCE, tout çà… 

Alors comment fait-on quand une économie est mise à mal par des traités qu’il est impossible d’abroger? Comment fait-on pour récupérer sa création monétaire? Pour se réapproprier sa souveraineté économique et donc politique? Et bien on sort de l’Euro. 

Et ça, c’est la méthode Frédéric Lordon. Bon Frédéric Lordon, je ne le présente plus, j’en parle tout le temps. C’est le Monsieur qui a écrit les bouquins que je trimballe partout et qui sont tout surlignés. Nan parce qu’au départ, je suis d’accord que ça fait bien flipper cette histoire de sortir de l’Euro. Les spectres issus de notre mémoire collective apparaissent, les épouvantails nationalistes se dressent et on se dit que vraiment, c’est chaud cette histoire. Sauf que ce que je constate moi, c’est que cette Europe néolibérale, avec sa politique d’austérité, c’est elle qui est en train de faire renaitre l’extrême droite de ses cendres. Que donc l’Europe est en train d’échouer dans ce qui devait être sa mission initiale: la paix. Cette Europe, je n’en veux pas. Cette Europe est en train de détruire notre souveraineté citoyenne et donc la démocratie (si tant est qu’on imagine que l’on soit en démocratie, ce que je ne crois pas). C’est une Europe de diktats économiques pilotés par la troïka, qui s’est construite. Moi c’est une Europe qui protège avant tout les peuples et la démocratie que je souhaite. Pas les intérêts économiques des banques. Alors revenons à Lordon. Lordon, il dit dans son super bouquin La Malfaçon que jamais l’Allemagne elle n’acceptera de changer de politique budgétaire et monétaire. Et qu’elle préfèrera voir l’Europe se scinder en deux que de lâcher le bout de gras. Et l’histoire semble lui donner raison. Mme Merkel a annoncé en janvier, être prête à voir la Grèce sortir de l’Europe. Ben elle est belle l’Europe de la solidarité, l’Europe sociale, l’Europe de la paix. Alors Lordon ce qu’il dit, c’est que quitte à ce que l’Europe explose, autant que ce soit avant le cataclysme économique. Parce que ce sera vachement moins marrant sinon. De toutes façons, si on admet que jamais l’Allemagne ne changera, finalement, l’explosion de l’Europe, elle est inévitable. Pourquoi? Entre autres, parce que le capitalisme c’est une suite de Krach et de Boom. Sauf qu’au prochain Krach, on aura pas les sous pour ramasser les banques qui font faillite. Or nos banques on ne peut pas les laisser faire faillite et mettre la clé sous la porte dans l’état actuel des choses. Or une banque qui fait faillite, c’est une banque qui ne vaut plus rien. On peut la racheter pour une bouchée de pain. Quand l’Etat rachète une banque, cela s’appelle une nationalisation. Mais nationaliser une banque qui n’a plus de fric, ben ça ne sert à rien. Je rappelle qu’une banque, en plus de garder vos petits sous en sécurité, ça sert aussi à financer une économie par le réalisation de prêts (si l’on considère que l’on reste dans le cadre d’une structure économique capitaliste telle que la notre hein, je précise, parce que je vois déjà les copains du Réseau Salariat me tomber dessus et me rappeler que pour financer des projets ou des entreprises, l’emprunt, c’est pas nécessaire). Donc pour que cette banque puisse faire son job, il faut la recapitaliser. Et comment on fait pour recapitaliser une banque quand on est un Etat qui n’a plus de fric? Et bien on sort de l’Euro, on récupère sa création monétaire (et donc sa monnaie nationale), on restructure sa banque nationale, on émet de la monnaie et on recapitalise les banques. Et puis tant qu’on y est, on adopte une politique étatique de relance de l’économie type Keynesienne. Puis quand on a sauvé les meubles, le luxe, ce serait de créer une structure économique non capitaliste. Histoire de se débarrasser une fois pour toutes de ce beau bordel. Mais je m’égare.

Il est probable qu’un jour, nous n’aurons plus le choix. Au prochain Krach, certains pays n’auront plus la possibilité d’emprunter pour sauver les banques et ne pourront encaisser la récession qui s’en suivra. Alors quitte à ce que l’Europe explose, autant que ce soit avant l’effondrement de l’économie. Tout ça c’est compliqué. Ce n’est pas aussi simple, je le fais par nécessité ici mais bien entendu qu’une sortie de l’Europe cela se prépare très rigoureusement et très vite aussi. Car les investisseurs, ils vont moyen aimer la manoeuvre. Alors autant vous dire que les capitaux ils vont se casser vite fait. Sauf si on ne leur en laisse pas le temps. Sortir de l’Europe, ce ne sera pas un pique nique, mais à choisir entre la peste et la grippe, je choisis la grippe.

 

Après réflexion sur ces différentes solutions, personnellement je pencherai bien pour un petit mix d’annulation de dette et de sortie de l’UE pour récupérer la création monétaire et relancer l’économie. A coté de cela, si on imagine que l’on doive encore se coltiner le capitalisme pour un certain temps, une solution Piketty de taxation du capital serait une mesure franchement intéressante associée à une régulation extrêmement sévère des marchés de capitaux et de la finance en général. Parce que faut pas déconner quand même. Et puis un jour, ce serait bien qu’on trouve un autre système. Il y a des idées un peu partout qui naissent. Elles sont intéressantes. Elles valent le coup que l’on s’y penche. Ne serait ce que pour se rendre compte qu’il existe des alternatives crédibles. Et que l’urgence écologique rendra nécessaire.

 

 

Biblio et références:

 -Economix, Michael Goodwin et Dan Burr. Editions Les Arènes.

-Economistes, les grandes idées, tout simplement, éditions Prisma

-Une Histoire populaire des états unis, Howard Zinn. Editions Agone

-Pour en finir avec l’Europe, Coordonné par Cédric Durand, Editions la Fabrique.

-L'ordolibéralisme allemand : Aux sources de l'économie sociale de marché, Patricia Commun. CIRAC.

-Merkel serait prête à laisser la Grèce sortir de la zone euro. Le Figaro. Janvier 2015. http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2015/01/04/97002-20150104FILWWW00022-merkel-serait-prete-a-laisser-la-grece-sortir-de-la-zone-euro.php

-Dr Folamour à Athènes, Pierre Rimbert. Le monde Diplomatique. Avril 2015.

-The impact of economic austerity and prosperity events on suicide in Greece : A 30-year interrupted time-series analysis, Charles C. Branas. BMJ Open, vol. 5, no1, 2 février 2015.

-Greece : Solidarity and adjustment in times of crisis , Tassos Giannitsis et Stavros Zografakis. IMK Studies, n° 38, Düsseldorf, mars 2015.

-Greece's health crisis: from austerity to denialism, Alexander Kentikelenis et al. The Lancet, 22 février 2014.

-Health effects of financial crisis: omens of a Greek tragedy, The Lancet, Early Online Publication, 10 October 2011.

-Dette, 5000 ans d’histoire, David Graeber. Editions Les Liens qui Libèrent.

-Les Conséquences économiques de la paix, J.M Keynes. Editions Gallimard.

-Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie. J M Keynes. Editions Payot.

-Le Capital au 21e siècle, Thomas Piketty. Editions le Seuil.

-Traité de Lisbonne. Version française du traité publiée au Journal officiel des Communautés européennes du 17 décembre 2007.

-La politique monétaire de la BCE sur Dispositions fondamentales du Traité et des statuts du SEBC. Site de la BCE. 

-Fonds de pension, piège à cons?, Frédéric Lordon. Editions Raison d’Agir.

-Hyperinflation de la République de la Weimar, Wikipédia.

-La Malfaçon. Frédéric Lordon. Editions Les Liens qui Libèrent.

-Religion Capitaliste & Laïcité, Conférence de Bernard Friot. https://www.youtube.com/watch?v=3vW8EoVUaEo.

-Dessin animé de la BCE sur la stabilité des prix destiné aux écoles. http://www.ecb.europa.eu/ecb/educational/pricestab/html/index.fr.html

-Noire Finance, documentaire Arte en deux parties (la grande pompe à phynance et le bal des vautours).

 -Capitalisme, série documentaire Arte en 6 parties.

-Evasion fiscale, le hold up du siècle, documentaire Arte.

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