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Billet de blog 8 janvier 2026

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LA SANTE MENTALE N'EST PAS QU'UN HASHTAG

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

On parle beaucoup de santé mentale. C’est la nouvelle expression tendance, le phénomène de mode, le sujet du moment comme on avait eu auparavant le “vivre ensemble”, le “body positivisme” ou “me too”. On en parle beaucoup, partout. On en fait des livres de développement personnel, des émissions de télé, des vidéos YouTube, des comptes TikTok, des applis et des podcasts. Les pros du marketing se sont reconverties en psychologues free lance pour produire du contenu estampillé “santé mentale”. Sans avoir aucune compétence dans le domaine et aucune connaissance du sujet mais peu importe, il suffit de savoir faire de la com’ et de monter un business en surfant sur la bonne tendance – ce qui est une compétence en soi, ça s’appelle l’opportunisme.  

Ça fait des succès éditoriaux, des boucles médiatiques et des unes d’hebdomadaires en mal de ventes. Ça fait du bien au compte en banque de celles et ceux qui les produisent et ça peut parfois donner l’impression à celles et ceux qui souffrent qu’elles et ils ne sont pas seul(e)s dans leur galère. C’est oublier que les personnes qui s’expriment dans ces témoignages, sportifs, comédiens ou journalistes, ne sont que des cas très particuliers et très privilégiés, ce qui certes n’empêche pas les troubles mais facilite grandement leur prise en charge et leur acceptation sociale. Ça culpabilise celles et ceux qui, n’ayant pas les mêmes ressources, sur tous les plans, ne s’en sortent pas aussi bien.  

Ça fait le bonheur et la fortune des coachs en développement personnel et autres thérapeutes auto-proclamés qui prétendent “guérir” les troubles en 3 semaines en vous donnant – ou plutôt en vous vendant, cher –  les clés pour devenir la meilleure version de vous-mêmes, vous réconcilier avec votre moi intérieur ou reprendre le contrôle de votre vie.  

Ça fait une énième Grande Cause Nationale. Quand on voit l’efficacité de celles qui ont été décrétées pour les violences faites aux femmes et aux enfants, on peut légitimement se faire du souci... On nomme des commissions, on fait des rapports, on écoute des gens parler, parfois même on se convainc et on les convainc qu’on les entend, mais concrètement, il se passe quoi ?   

On est peut-être davantage prêt à en parler, dans certains milieux, dans certaines limites et dans certaines circonstances, mais est-on prêt à regarder, à accueillir, à accompagner réellement la souffrance psychique ? 

Une prise de conscience avec juste des grandes déclarations et sans mesures concrètes au décours, c’est comme un coup d’épée dans l’eau : ça fait des remous, plus ou moins importants, mais quand l’épée se retire, l’eau reprend sa place et la vie son cours, comme si de rien n’était. Et les gens en souffrance continuent de se noyer. 

Il est faux de croire, de dire, que parce qu’on parle de santé mentale dans les médias et les discours politiques, et parce que certaines pathologies sont ponctuellement médiatisées, le regard sur les troubles psychiatriques, sur la folie, sur la vulnérabilité, le regard sur les fêlés, les cabossés, les perchés, a changé. C’est faux. 

L’écart par rapport à la norme fait peur. La folie est acceptée lorsqu’elle se contente d’être ordinaire ou qu’elle se limite à une expression chic et policée mais elle reste stigmatisée et enfermée quand elle devient pathologique. On n’a pas envie de voir, encore moins de considérer et d’accepter, celles et ceux qui ont perdu le fil de la raison, qui marchent “moitié dans leurs godasses et moitié à côté”, qui empruntent des chemins de traverse faute de parvenir à suivre les voies toutes tracées. 

Il suffit de voir le peu de moyens et de crédit accordés à la psychiatrie. Elle a toujours été sous-dotée. Aujourd’hui, elle est le parent pauvre d’un système de santé déshérité. Le semestre de stage en Psychiatrie n’est même pas obligatoire pendant les études de médecine. Et c’est, avec la Gériatrie, la spécialité la plus délaissée - contrairement à la Chirurgie esthétique qui, elle, fait plus que le plein de candidats... 

Ni le regard ni la considération ni la prise en charge des personnes souffrant d’un trouble psychiatrique n’ont vraiment changé. 

La psychiatrie hospitalière infantilise, contraint, contentionne, médicamente, cache, enferme. A force de science et de technique, à force de restrictions de budget et de manque de personnel, elle a oublié que sa vocation, sa mission, est de prendre soin de personnes en souffrance par l’écoute et la parole, avant tout. Avant les IRM, les ordonnances et les hospitalisations. Si des étudiants en médecine envisagent de choisir la psychiatrie parce qu’on leur vend les progrès techniques de l’imagerie médicale, de l’IA et de la chimie dans le domaine, il vaut mieux qu’ils fassent une école d’ingénieurs.

Rien ne remplacera jamais l’empathie, le temps consacré, le regard bienveillant, le lien de confiance lentement, patiemment construit entre un.e thérapeute et son ou sa patient.e. Et oui, ça n’est pas rentable, pas lucratif, pas spectaculaire. Ça ne fait pas les unes des journaux et ça ne rapporte pas de fric. Mais ça sauve des vies.  

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.