Mes mots ne serviront à rien, je le sais. Peut-être même ne seront-ils lus par personne. Mais face à la menace réelle qui se profile et s’amplifie, envahie par une angoisse que je ne sais comment apaiser, je ne peux qu’écrire.
Les élections municipales auront lieu dans 2 mois. Jamais la menace d’une montée du RN et de victoires dans de grandes villes n’a été aussi importante, en tout cas pas depuis 30 ans. Particulièrement dans la ville où j’habite.
Il y a 4 ans, mon compagnon et moi, après avoir habité dans différentes capitales du monde, avons emménagé à Toulon, une ville ouverte sur la Méditerranée, entre mer et montagne, magnifique de diversité, offrant ciel bleu azur, palmiers et horizon à perte de vue. Nous y avons trouvé un port d’attache accueillant et un lieu merveilleux pour élever nos filles.
Aux législatives de 2024, nous avons déjà vu avec effroi cette montée exponentielle du RN. Sur les 8 circonscriptions du Var, 7 sont allées au RN, certaines dès le premier tour. Seule la circonscription de Toulon a résisté à cette vague brune. D
eux ans plus tard, la candidate du RN à la mairie de Toulon est donnée favorite, à grands coups de tracts, de meetings, d’affiches, de relais dans les médias locaux; aidée par les divisions de ses adversaires. Comme tous les gens de son parti, elle voudrait faire croire que le RN n’a rien à voir avec le FN et ses fondateurs, cachant derrière des sourires et une proximité surjouée une idéologie qui n’a jamais cessé d’être nauséabonde.
Ne nous y trompons pas. Ce n’est pas parce qu’ils ont repeint la façade et refait la déco en mettant un arbre à chat dans le salon que la structure du bâtiment a changé, encore moins ses occupants. Quand les fondations sont pourries, il ne suffit pas de changer la tapisserie pour que l’édifice soit habitable.
Nous ne pouvons pas ignorer les leçons de l’Histoire en laissant notre société aux mains d’une extrême droite qui veut en nier la richesse de la diversité et la beauté du métissage. Nous ne pouvons pas les laisser attiser les haines et les divisions.
Toutes les civilisations se construisent sur des récits collectifs qui les portent, qui les nourrissent, qui les exaltent, qui leur donnent de la cohésion et du sens, qui font que nous sommes capables de résister, de célébrer, de nous élever. Mais les récits peuvent aussi diviser, empoisonner, détruire. Nous ne pouvons pas laisser l’extrême droite imposer son récit funeste.
S’isoler, se renfermer, attiser les peurs, s’atrophier, désigner l’autre comme coupable, prôner le rejet de l’autre et le repli sur soi, ça n’a jamais servi l’humanité. Les peuples ont souvent la mémoire courte mais il faut rappeler à quoi mènent les idéologies portées par l’extrême droite : à la censure, au racisme, à la discrimination, aux persécutions, aux exactions, aux délitements des pays et aux peuples bafoués.
Ne croyez pas que j’exagère.
On voit déjà combien les idées de l’extrême droite s’insinuent, se répandent, décomplexent les discours. Pour le RN, Toulon n’est pas une ville. Il ne s’agit pas d’améliorer la vie des Toulonnais et de faire rayonner cette belle métropole. Toulon est pour eux un symbole et plus encore, c’est un marchepied pour conquérir davantage encore avec cette stratégie perverse de normalisation et d’apparence de respectabilité.
La fenêtre d’Overton s’élargit bien plus rapidement, bien plus facilement et bien plus largement qu’on ne pourrait le croire et l’inacceptable d’hier menace de devenir le banal de demain.
C’est à nous d’imaginer et de défendre le monde auquel nous croyons et que nous ne pouvons laisser aux ingénieurs du chaos.
Nous ne pouvons pas devenir des grenouilles qui se laissent plonger dans l’eau tiède de discours lénifiants et ébouillanter peu à peu par des idées hostiles jusqu’à en mourir. Nous devons rester des castors qui, coûte que coûte, continuent à faire barrage pour rester en vie et préserver ce qui fait notre richesse.
Je sais bien que, même en admettant que mes mots soient lus, ils ne serviront à rien. Ils ne convaincront personne, ne feront pas changer des opinions, encore moins des votes, ils ne pourront pas à eux seuls endiguer le torrent qui déferle.
Alors j’emprunte ceux d’Albert Camus : “Faites attention, quand une démocratie est malade, le fascisme vient à son chevet, mais ce n’est pas pour prendre de ses nouvelles.”