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Billet de blog 27 janvier 2026

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RESEAUX SOCIAUX : MIEUX VAUDRAIT EDUQUER PLUTÔT QU'INTERDIRE

Je préfère l’éducation à l’interdiction. Je préfère qu’on accompagne les ados dans leur usage des réseaux, des écrans et du numérique plutôt qu’on le restreigne. Je préfère qu’on développe leur esprit critique et leur empathie plutôt que de désigner les algorithmes comme uniques coupables.

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L’Assemblée Nationale a adopté hier en première lecture une proposition de loi interdisant les réseaux sociaux au moins de 15 ans.  

Encore une fois, les politiques répondent à un problème réel et sérieux par une fausse solution, à la fois paresseuse, simpliste et déresponsabilisante.  

Je préfère l’éducation à l’interdiction. Je préfère qu’on accompagne les ados dans leur usage des réseaux, des écrans et du numérique plutôt qu’on le restreigne. Je préfère qu’on développe leur esprit critique et leur empathie plutôt que de désigner les algorithmes comme uniques coupables.   

Il est naïf de croire que l’interdiction des réseaux ne sera pas contournée, l’exemple australien le montre. Il est tout aussi naïf de croire que le harcèlement scolaire et le mal-être des ados cesseront avec cette interdiction. Le harcèlement n’existe pas que sur les réseaux. Certes, ces réseaux l’amplifient et l’étendent dans le temps. Mais on ne peut pas non plus être nostalgique d’une glorieuse époque où “le harcèlement, au moins, ça s’arrêtait quand les enfants rentraient à la maison”. Et donc, c’était mieux de n’être harcelé.e que 8 heures par jour, 5 jours par semaine ? 

Le vrai problème n’est pas le médium par lequel passe le harcèlement mais bien le harcèlement lui-même. En effet, il n’est pas normal d’avoir envie de mourir et de se donner la mort quand on a 12, 13, 14 ans. Mais ça n’est pas davantage normal au-delà de 15 ans. Et ça n’est surtout pas non plus normal, quand on a 12, 13 ou 14 ans de dire à un.e camarade de classe, quoi qu’on pense de lui ou d’elle, d'aller se pendre. 

Au Danemark, depuis une loi de 1993 - il y a donc plus de 30 ans ! -, les cours d’empathie sont obligatoires pour tous les élèves de 6 à 16 ans, une heure par semaine, pour apprendre à communiquer, échanger, partager, mieux comprendre les émotions et les ressentis des autres. Peut-être que les députés français pourraient d’abord réfléchir à ça pour le bien-être des enfants et des ados plutôt que de se donner bonne conscience et masquer leur impuissance avec une loi absurde.   

Concernant le mal-être grandissant des jeunes, alors qu’on constate en effet une explosion des troubles dépressifs, des TCA, des tentatives de suicide, des phobies scolaires, qui peut réellement croire qu’interdire l’accès aux réseaux sociaux va être LA solution ou même seulement une solution ? C’est à la fois méconnaître totalement les raisons profondes de tous ces troubles et chercher une solution simpliste à un problème infiniment plus complexe. Mais c’est beaucoup plus simple et rapide que de donner de vrais moyens à la psychiatrie. C’est beaucoup plus facile que de s’interroger sur les perspectives d’avenir qu’on propose aux ados, sur la pression scolaire délirante qu’ils et elles subissent et sur l’exemple qu'on leur donne. C’est beaucoup plus pratique de priver les ados d’un moyen de communication et de socialisation que d’imposer une régulation des contenus et une transparence des algorithmes. C’est beaucoup moins dérangeant que de questionner notre modèle de société et le modèle économique des réseaux sociaux dans leur ensemble. 

Les adultes eux aussi devraient s’interroger sur leurs propres pratiques et lever les yeux de leurs écrans pour observer, écouter et parler avec leurs enfants et leurs ados. Et pas juste pour leur demander quelle note ils ont eu au dernier contrôle ou s’ils ont rangé leur chambre. Plutôt pour s’intéresser à ce qu’ils et elles vivent. S’interroger aussi sur cette incohérence absolue qui fait que des parents achètent un smartphone avec connexion Internet à des enfants de 8, 10, 12 ans mais voudraient ensuite que ce soit l’Etat ou les plateformes numériques qui régulent son utilisation à leur place. 

Et peut-être faudrait-il demander aux ados ce qu’ils voudraient vraiment.  

Je crois que ce que les ados souhaiteraient avant tout, ce dont ils auraient besoin, c’est qu’on leur apprenne à bien les utiliser et à ne pas se laisser happer par des algorithmes face auxquels ils peuvent se sentir débordés et démunis. Ils voudraient qu’on leur propose un cadre sécurisé pour naviguer en toute tranquillité, pas qu’on leur interdise de prendre le large. Pour cela, il faudrait qu’on leur en apprenne les mécanismes pour ne pas se laisser piéger et les utiliser à leur avantage comme certains savent déjà parfaitement le faire et surtout qu’on leur offre également autre chose, des alternatives désirables, réjouissantes et épanouissantes pour s’exprimer. Qu’on cesse de les enfermer, de les infantiliser et de croire qu’ils sont incapables de réfléchir. Qu’on les aide à grandir avec les outils du monde dans lequel ils vont vivre.  

Être heureux, c’est apprendre à choisir. Non seulement les plaisirs appropriés, mais aussi sa voie, son métier, sa manière de vivre et d’aimer. Choisir ses loisirs, ses amis, les valeurs sur lesquelles fonder sa vie. Bien vivre, c’est apprendre à ne pas répondre à toutes les sollicitations, à hiérarchiser ses priorités. L’exercice de la raison permet une mise en cohérence de notre vie en fonction des valeurs ou des buts que nous poursuivons. Nous choisissons de satisfaire tel ou tel plaisir ou de renoncer à tel autre parce que nous donnons un sens à notre vie – et ce, aux deux acceptions du terme : nous lui donnons à la fois une direction et une signification.” (Sénéque, cité par Montaigne) 

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