Libye. Après Poutine et Merkel à Sassou N'Guesso de jouer

Angela Merkel, la cheffe du gouvernement allemand, debout devant la Chancellerie fédérale à Berlin, acueille tour à tour le dimanche 19 janvier, les géants du monde.

Denis Sassou N'Guesso chez Angela Merkel à Berlin 19 janvier 2020 Denis Sassou N'Guesso chez Angela Merkel à Berlin 19 janvier 2020
Antonio Guterres le secrétaire général de l'ONU, Vladimir Poutine le président de la Russie, Recep Tayyip Erdogan de la Turquie, Emmanuel Macron de la France, Mike Pompeo, le secrétaire d'État des États-Unis représentant Donald Trump, Boris Johnson, le premier ministre de la Grande-Bretagne, Giuseppe Conte de l'Italie, Abdallah ben Zayed Al Nahyane, le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, ainsi que les présidents africains Abdelmadjid Tebboune de l’Algérie, Abdel al-Sissi de l’Égypte et Denis Sassou N'Guesso du Congo-Brazzaville. Ils sont venus statuer sur la crise qui secoue la Libye, en vue d’un cessez-le-feu entre les bélligérants, représentés par Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar. La Libye, ce pays d'Afrique du nord, est aujourd’hui plus que divisé, depuis la mort en 2011 de son guide Mouammar Kadhadi. Dès lors, un grand conflit armé s'y est invité dans lequel l’on a d'un côté le chef du Gouvernement d’union nationale (GNA) Fayez al-Sarraj, basé à Tripoli et reconnnu par l'ONU, et de l'autre le maréchal Khalifa Haftar, chef autoproclamé de l’Armée nationale libyenne (ANL), rentré en Libye après plusieurs années d'exil aux États-Unis. Ce dernier est déterminé à parvenir à ses fins par une victoire militaire. Il a déjà conquis l'Est du pays. Récemment, ce guerrier redoutable a lancé une vaste offensive qui a conduit ses troupes aux portes de Tripoli, prêtes à y faire irruption. Ce qui a suscité une vive inquiétude dans le monde, notamment chez ceux qui sont actifs dans le conflit, du fait de leurs interêts dans ce pays où coule à flot l'or noir. En effet, des grandes puissances se sont pour ainsi dire, littéralement partagé la Libye, profitant du grand désordre qui y règne. Le président Erdogan n’a pas hésité une minute à y dépêcher ses soldats pour soutenir al-Sarraj. Vladimir Poutine pour sa part, a immédiatement convoqué un sommet d'urgence à Moscou pour obtenir un cessez-le-feu entre les protagonistes. En vain. Haftar refuse en effet de signer l’arrêt des combats, tandis que son frère ennemi se montre prêt à faire la paix. Dans la foulée, Angela Merkel qui préparait depuis quatre mois une rencontre inter libyenne, a dû précipiter cette réunion, et a décidé d’inviter, sous l'égide de l'ONU, les dirigeants des dix nations impliquées dans la crise, à une conférence à Berlin. Mais, tout comme à Moscou, cette assemblée a accouché d’une souris. Le tout-puissant Haftar s’est gardé une fois de plus d'apposer sa signature pour un cessez-le-feu. Par ailleurs, un accord a été trouvé entre les pays actifs dans la crise. Ils acceptent de se retirer militairement de la Libye et de renforcer l’embargo existant de l’ONU sur les armes, institué en 2011. Sachant que l’objectif ultime consiste à faire asseoir à la même table les deux hommes forts du conflit, et parvenir à une solution pacifique entre les libyens, les chefs d’État réunis à Berlin ont chargé Denis Sassou N’Guesso, le président du comité de haut niveau de l’Union africaine (UA) sur la Libye, de poursuivre la médiation, en impliquant notamment les tribus libyennes. Un sommet du comité de haut niveau de l’UA est prévu à cet effet, le 30 janvier à Brazzaville. Angela Merkel et Tayyip Erdogan entendent y envoyer un groupe d’experts allemands et turcs. Cette réunion mettra face à face, non seulement les deux leaders du conflit, mais également toutes les tribus belligérantes, ainsi que les parties prenantes à la crise. Le numéro Un congolais défendra ce même dossier à la table des discussions au sommet ordianaire de l’Union africaine prévu en février à Addis-Abeba. Ces dernières années, Denis Sassou N'Guesso s’est positionné comme un acteur pivot dans le conflit libyen. En Afrique, il est réputé sage et fin médiateur. Certains l’assimilent à feu Sultan Qabous au Moyen-Orient, en raison de son habileté dans la résolution de conflits. Après l'échec de Moscou et de Berlin, l'on espère que le président congolais qui a hérité du bébé, réussira à faire parler les Libyens, lui dont la contribution avait remarquablement pesé sur la fin de l’apartheid en Afrique du Sud et l’arrêt de la guerre en Namibie.
Cérémonie d'ouverture du 8è Forum de la Paix en #Libye organisée à #Brazzaville Cérémonie d'ouverture du 8è Forum de la Paix en #Libye organisée à #Brazzaville

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