Quel temps par chez vous ? Beau, aussi ? Ici, il a fait chaud. Très chaud. Très très chaud ! Une nuit, à 4 heures du matin, j'ai réalisé, qu'au lieu d'ingurgiter mon café au lait, comme à mon habitude matutinale, celui-ci coulait et dégoulinait, de mon menton jusqu'à mon ventre – rebondi pour l'occasion. L'air était lourd, très lourd. L'atmosphère chargée de drames. L'ambiance si pesante, que j'ai manqué m'évanouir. Mais, depuis des mois, avec le traitement qu'on me fait subir, dans ce petit coin de Mexique celtique, je manque perdre connaissance presque chaque jour.
Il a fait si chaud, qu'un incendie s'est déclaré, dans les Monts d'Arrée tout proches, autour de l'ancienne antenne de télévision, que j'aperçois, brillante de ses feux nocturnes, au sommet du Roc Trédudon, depuis ma lucarne Ouest. 1500 hectares sont partis en fumée, dans la lande, les ajoncs, la bruyère et les pâturages rendus stériles par la sécheresse sévère. Trois départs de feu, probablement d'origine criminelle. Le soir, j'ai cru que le nuage de fumée lointain n'était qu'un cumulus de coucher de soleil. Mais, au matin, il s'est engouffré dans le village et a tout recouvert de suie, dans une odeur de fin du monde. Mon voisin, le ramoneur, n'y était sans doute pour rien. Même s'il vit, dans sa grande maison à la façade en pierres de taille, plus à l'abri que moi, de la fumée et des fortes chaleurs. Faut-il y déceler un présage, un signe du ciel ? Ou, même, un miracle ? La petite chapelle Saint-Michel, qui domine, de sa sagesse millénaire, le vaste paysage aride et grandiose, a été épargnée. L'incendie a circonscrit son aire, au sommet de la petite montagne, mais l'ouvrage est demeuré intacte. J'ai toujours trouvé que les incendies avaient quelque chose d'irréel.
Sont-ce les températures quasi-méditerranéennes, qui attirent les loups, dans la région, depuis quelques temps ? Après un premier spécimen repéré, par une caméra de surveillance, dans une commune limitrophe de la nôtre, il y a quelques semaines, un autre canidé sauvage a été aperçu, par un paysan, dans un champ du voisinage. Il l'a pris en photo, avec son smartphone, depuis la cabine de son tracteur. La photo est floue. Mais les analyses visuelles tendent à conclure à la présence d'un loup, un autre, lui aussi de souche italienne. On peut y voir une cause à tout ce chambardement. On peut y voir aussi une conséquence de la sauvagerie des hommes.
Il a fait chaud, aussi, très chaud, dans mon imaginaire. Idiot comme je suis, plutôt que de me lancer dans un bouquin de Jean-Louis Etienne, plein de photos de mer gelée, ou un récit de Nicolas Vanier, rempli de banquise, j'ai eu la mauvaise idée de m'affliger « les Détectives Sauvages » de Roberto Bolano. Près de 1000 pages, en poche, d'histoires variées et, toutes, chaudes, très chaudes. Entre Mexique désenchanté des années 70 et 80, vieille Europe de misère des années 90 et souvenirs de la révolution chilienne. Un concentré de ce qu'est la poésie contemporaine et, par là même, du poète actuel, tel que je rêvais de le devenir, à cette époque. Je n'ai toujours pas fini ma lecture. Et je ne m'en remettrai pas de sitôt.
Il faudrait être fou pour y voir un effet de la canicule. Et il faut être fou pour supporter ça sans broncher. J'ai encore perdu une dent. Encore une incisive. J'arbore désormais un sourire doublement troué. Dix ans d'orthodontiste, à l'adolescence, pour en arriver là ! Je n'ai plus le courage, après ce que j'ai subi, de la part du corps médical, de consulter un médecin. Alors, un dentiste, vous pensez ! Les dents du bonheur, c'est lorsque l'on observe un écart, du plus bel effet, entre les deux dents de devant. Que sont les miennes ? Les dents du souvenir ?
Pour tenter de me rafraîchir un peu, j'ai voulu aller prendre l'air dans le Sud du département, en famille. Au bord de la mer. Avec ma canne, je n'ai même pas pu me tremper les pieds. Sans parler de me baigner, comme je le faisais, été comme hiver, il y a encore seulement quelques années. Je me suis contenté de regarder mon petit-neveu folâtrer avec une bouée, et ma mère qui surveillait les petits poissons côtiers, avec masque et tuba. J'y suis resté quatre jours. Mais, les gens de là-bas, ne m'ont pas semblé plus enclins à la bonne humeur, que ceux d'ici. Et les routes m'ont paru aussi dangereuses. Sans parler du chevreuil, qu'une fois de plus, nous avons failli emboutir, avec la petite auto.
Je suis rentré, en voiture, une après-midi, sous un soleil brûlant. Et j'ai découvert, tout étonné, que le petit chalet en bois, qui servait de toilettes publiques, sur le parking, derrière mon immeuble, avait été déménagé. Je ne sais pas s'il y avait plus d'urgence sanitaire ailleurs. Je n'ai jamais vu personne s'en servir. Mais je ne surveille pas ce genre d'allées-et-venues toute la journée.
Je me souviens, au cours d'un séjour sauvage, au début des années 90, dans le Mexique contemporain de celui des poètes de Bolano, qu'il y avait, là-bas, des tas de gamins des rues, armés de seaux d'eau dans lequel trempaient des petites bouteilles d'eau minérale, qui criait, aux abords des cars antiques : « Aqua ! Aqua ! Aqua ! » Pour se refroidir le gosier sans risquer la tourista. Misère de la poésie. Grandeur de la jeunesse.
Avec cette chaleur persistante, je reste à l'eau. C'est plus prudent ! Car l'ambiance, dans le coin, est toujours aussi bouillante. Sans que l'on puisse savoir de quoi il en ressort. Le soleil, probablement... La vitamine D, peut-être ? Chaud derrière !!!
Santangelo