Pour les vacances, comme Benoît (prononcez : « bé-no-ite »), un ami de lycée, n'avait rien de prévu, qu'il ne savait que faire de son corps encombrant, et qu'il avait peur de dormir, tous les jours, jusqu'à 14 heures, il a finalement suivi une vieille amie de lycée, commune, jusqu'à Lisbonne, d'une traite, en Peugeot, pour assister, in extremis, à la fin des JMJ. Il en est revenu tout joyeux, sans avoir trouvé de femme à marier, mais des étoiles plein les yeux, la tête emplie de souvenirs d'allégresse et, dans la poche, un opuscule secret, intitulé « Laudato Si' », signé François Le Pape, sur le virage écologique de l’Église, qu'il s'est promis de me faire lire sérieusement, durant mes longues soirées désenchantées. Mais, lorsque l'on parle de religion catholique, c'est presque devenu une tradition, surtout lorsque l'on a suivi, comme Benoît, des cours de cathéchèse, dès le plus jeune âge, et que l'on a gravi, une à une, les marches de l'autel, et proclamé, dans le micro qui sifflait, la Bonne Parole, pour une assemblée parsemée, et sa maman chérie, au premier rang, jusqu'à un âge avancé, on ne peut s'empêcher de tomber dans la raillerie, voire la dérision la plus convenue. Alors, pour me convaincre du bien-fondé de sa démarche intellectuelle, et du sérieux de la chose, il a décidé d'évacuer, avant de réfléchir, toute la pression que ces jeunes lui avaient mise sur les épaules, dans la clameur fervente des chants nocturnes, et de prendre, avant d'examiner scrupuleusement leurs partis pris, de la façon la plus logique, de prendre, disais-je, le parti d'en rire.
Ainsi, c'est en arborant son sourire le plus canaille, qu'il m'a raconté ces quelques anecdotes, glanées dans son 'faith-trip'.
Et d'abord, celle-ci, qui vaut son pesant de pistaches au tarama. Selon lui, lorsqu'après des efforts physiques inhabituels, quasi-sportifs, pour échapper à un mouvement de foule, il s'est retrouvé, cul par-dessus tête, sur le capot de la papamobile, il a entendu une jeune femme, plutôt gironde, qui demandait à son amie, moins jolie : « c'est qui cet homme en blanc à côté de Benoît ? »
Plus tard dans la journée, au cours d'une discussion passionnée avec une autre demoiselle, une Bulgare au prénom de yaourt, mais avec des fruits – échange qui s'est tenu en 'latinish', le globish des cathos – il a soutenu, mordicus, que s'il n'était pas devenu Pape, malgré l'insistance de sa maman et les ambitions de son papa, c'est uniquement parce qu'il n'était pas doué pour les langues. Il voulait me faire croire qu'elle l'avait cru...
C'est alors qu'il s'est dirigé vers un forum de réflexion, et qu'au milieu du discours misérabiliste d'un prêtre camerounais, il a pris la parole pour soutenir que la position politique qui satisferait tout le monde – il voulait dire « le monde entier » - c'était le 'switch-contrying ». Une méthode simple, quoiqu'un peu radicale, pour satisfaire, à la fois, les désirs de rapprochement avec la nature des habitants des pays riches, et les vélléités de consommation des gueux des pays du Sud. Comme dans l'émission « on a échangé nos mamans », il suffirait de se prêter nos pays, en échangeant, une à une, nos maisons et nos appartements, nos cases et nos huttes. Il m'a soutenu que le prêtre africain avait souri lorsqu'il avait prôné, pour réaliser ce double grand remplacement à salto renversé, un usage raisonné d'Internet.
Lorsqu'il m'a présenté son projet, un peu fou-fou, de vouloir parler, sur le blog, de « Laudato Si' », le livre de François Le Pape sur l'écologie, je lui ai demandé qui l'avait écrit. Il m'a répondu, bravement : « Lui-Même ! » Je lui ai fait remarquer qu'il s'agissait d'une encyclique. Il m'a dit : « Peut-être qu'il s'est fait épauler par ses conseillers... » J'ai rétorqué que ses conseillers c'étaient les évêques, que le principe d'une encyclique c'était d'être destinée aux évêques, et qu'on tournait un peu en rond. Il m'a dit, sans se départir de son assurance, avec un rien de mauvaise foi : « ça doit être parce qu'ils veulent tous devenir khalife à la place du khalife... » Vas-t'en argumenter face à ça !...
Mais, assez ri, il nous faut, à présent, entamer une lecture studieuse de « Laudato Si' », avant de sombrer, corps et âmes, sous les coups de boutoir du climat déréglé. Et, auparavant, il faut trouver assez d'énergie pour aller faire les courses mensuelles, parce que le frigo est vide de chez vide, à l'exception d'une demi-boîte de cassoulet et d'une pauvre pomme-de-terre, cuite à l'eau. Benoît m'a fait remarquer que si je n'avais pas assez de forces pour aller faire mes courses, c'est que je ne mangeais pas assez. J'ai pensé que c'était un cercle vicieux, et que si je ne pouvais pas aller faire mes courses faute d'avoir assez mangé, je ne pourrais pas manger assez pour aller faire mes courses...
Est-ce qu'avoir 'l'esprit de famille', c'est 'savoir s'entourer' ?
Santangelo