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Billet de blog 9 février 2024

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Sur un Air de Campagne (450)

Et si on se déguisait, et qu'on jeûnait d'une crêpe, pour la Saint Valentin ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Aux Poètes du Printemps qui S'annonce © Santangelo

Que faire de sa (sur)vie ?

Seul en scène devant une salle vide je bâtis ma légende dans un monde sans mémoire

La lumière bleue de leurs radar me flashe quand je suis speed nu devant mon écran

Un brouillard de fumée envahit l'atmosphère

Dans un effort vénal je lampe du Red Walker

L'horizon est bien mort la mer s'en est allée

Et le soleil des loups ne brille que pour toi seule

Quand tu es repartie me laissant à ma couenne

Je ne pesais pas lourd dans mon vomi de haine

Le livreur est passé pizza sur un plateau

L'übermensh m'a saisi dans toute l'épine dorsale

J'ai encore des frissons sous les yeux du néon

Mais je ne postule plus pour un emploi de beau

Fatigué et repu je me glisse sous mes plaids

Mon sofa Habitat me protège du chat mort

Où es-tu à présent ? Dans quelle galaxie ?

Moi dans mon univers c'est devenu petit

Alors je poste encore sur ce blog imbécile

Des bulles pleines d'anxyo pour calmer leur colère

Si ta pureté bénie m'a entier dévoré

Je suis aussi perdu pour la franche amitié

Dans mon ordinateur et ses barres de flicage

J'écris une solitude qui n'a jamais eu d'âge

Seul en salle devant une scène fantôme je lisais ton histoire dans celle des hologrammes

Maintenant c'est fini

Fini

Non. C'est vraiment fini

J'écris : fini

Je dis : fini

Et déjà ça repart

Sous la grise dalle béton les faux dégâts des eaux

Fleurissent les champignons de ceux qui extasient

Par la lucarne ouverte en plein mois de ventose

Je débouche les chiottes j'ai trouvé la ventouse

Le café est amer sans les pilules rouges

Et le thé bio infect avec les sucre-doses

Oubliée la jeunesse perdue dans les bedrooms

Ma queue est trop flétrie je ne veux pas de groom

Où es-tu Antigone ? Dans quelle maison close ?

Ton père t'a enfermée là où tes pleurs le cachent

La poésie roucoulée est tombée en chemin

Mais un public en liesse tourne autour des étals

Le commerce est si bon dans le papier torché

Que les grands écrivains sont plus que les étoiles

Ils brillent sur les diadèmes des cendrillons-putains

Les balayeurs fluo en font des confettis

La fête passera comme tout a passé

Et sur les couvertures on passe la quatrième

La bonne affaire qu'écrire c'est simple comme péter

La belle affaire que lire quand la fausse piété

Ô poètes du printemps allez donc vous faire vendre

Après être venus dans ma prison me pendre

Seul comme l'orphelin qui aime ses parents

Je me cache l'incendie qui allume mon regard

L'éthique est devenue un vrai poncif de pub

Pas plus philosophique que tous ces murs de broc

Je défriche mot à mot les pages qui me tordent

Car le rire survivra aux processions funèbres

Tu étais la plus belle le soir allions danser

J'ai mis à la poubelle toutes mes folles pensées

Les pots de briquets vides peuvent bien exploser

Ils ne feront de mal qu'à mes phalanges ridées

Où manger un bon steak qui ne soit pas fâché

Quand les dents du bonheur une à une sont tombées

Que faire dans la (sur)vie pour sentir juste un peu

Je cultive en secret le silence de mon feu

J'oublierai les paroles de mes chansons idiotes

Le jour où je lirai une belle lettre de femme

Cachetée, libellée, ciselée, parfumée

C'est bien l'unique chose qu'un jour j'aie désirée

Mais tu étais pauvresse dans ton âme bien née

Et moi j'ai attendu le nombre des années

Alors dans l'agenda soldé sur Amazon

Je note toutes les heures de mes foutues journées

C'est ce qui restera de mon passage télé

Le quart d'heure humiliant tel les grands mots fléchés

Nous remplissions des trous de miel succédané

Nous nous vidons beaucoup sous l'effet des diarrhées

Que ferai-je demain ? Tout comme l'avant-veille

Lire écrire et chanter le souvenir des merveilles

Ô malheureux poètes dévoilez donc ces vers

Rimez de toutes vos dents et d'esprit jubilez

Elle ne viendra jamais la grande félicité

L'art est contemporain de nos belles années

Et sauve les auteurs qui n'oublient pas d'aimer

Car si ta muse ardente veut encore enfanter

Il faut lui murmurer vouloir être choyé

C'est toi le bel enfant il faut en profiter

Elle passera si vite l'ivresse des cinés

Et quand déjà trop vieux à ton style affirmé

Place un suppositoire un mort ou un panneau

Dans ton texte elles liront parmi tes mille mots

Elles dénichent la richesse maquillée par le pot

Alors déjà bien veilles elles se rappelleront

Elles diront tes histoires qui ne valent pas un rond

Oublié seul en scène devant une salle pleine j'ai vidé mon gros cœur et bouffé par le mythe je déclame au désert

Toi qui lis tous ces vers ce soir tu es si seul.e.s

Éteins vite Internet et embrasse le ciel

Santangelo

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.