Que faire de sa (sur)vie ?
Seul en scène devant une salle vide je bâtis ma légende dans un monde sans mémoire
La lumière bleue de leurs radar me flashe quand je suis speed nu devant mon écran
Un brouillard de fumée envahit l'atmosphère
Dans un effort vénal je lampe du Red Walker
L'horizon est bien mort la mer s'en est allée
Et le soleil des loups ne brille que pour toi seule
Quand tu es repartie me laissant à ma couenne
Je ne pesais pas lourd dans mon vomi de haine
Le livreur est passé pizza sur un plateau
L'übermensh m'a saisi dans toute l'épine dorsale
J'ai encore des frissons sous les yeux du néon
Mais je ne postule plus pour un emploi de beau
Fatigué et repu je me glisse sous mes plaids
Mon sofa Habitat me protège du chat mort
Où es-tu à présent ? Dans quelle galaxie ?
Moi dans mon univers c'est devenu petit
Alors je poste encore sur ce blog imbécile
Des bulles pleines d'anxyo pour calmer leur colère
Si ta pureté bénie m'a entier dévoré
Je suis aussi perdu pour la franche amitié
Dans mon ordinateur et ses barres de flicage
J'écris une solitude qui n'a jamais eu d'âge
Seul en salle devant une scène fantôme je lisais ton histoire dans celle des hologrammes
Maintenant c'est fini
Fini
Non. C'est vraiment fini
J'écris : fini
Je dis : fini
Et déjà ça repart
Sous la grise dalle béton les faux dégâts des eaux
Fleurissent les champignons de ceux qui extasient
Par la lucarne ouverte en plein mois de ventose
Je débouche les chiottes j'ai trouvé la ventouse
Le café est amer sans les pilules rouges
Et le thé bio infect avec les sucre-doses
Oubliée la jeunesse perdue dans les bedrooms
Ma queue est trop flétrie je ne veux pas de groom
Où es-tu Antigone ? Dans quelle maison close ?
Ton père t'a enfermée là où tes pleurs le cachent
La poésie roucoulée est tombée en chemin
Mais un public en liesse tourne autour des étals
Le commerce est si bon dans le papier torché
Que les grands écrivains sont plus que les étoiles
Ils brillent sur les diadèmes des cendrillons-putains
Les balayeurs fluo en font des confettis
La fête passera comme tout a passé
Et sur les couvertures on passe la quatrième
La bonne affaire qu'écrire c'est simple comme péter
La belle affaire que lire quand la fausse piété
Ô poètes du printemps allez donc vous faire vendre
Après être venus dans ma prison me pendre
Seul comme l'orphelin qui aime ses parents
Je me cache l'incendie qui allume mon regard
L'éthique est devenue un vrai poncif de pub
Pas plus philosophique que tous ces murs de broc
Je défriche mot à mot les pages qui me tordent
Car le rire survivra aux processions funèbres
Tu étais la plus belle le soir allions danser
J'ai mis à la poubelle toutes mes folles pensées
Les pots de briquets vides peuvent bien exploser
Ils ne feront de mal qu'à mes phalanges ridées
Où manger un bon steak qui ne soit pas fâché
Quand les dents du bonheur une à une sont tombées
Que faire dans la (sur)vie pour sentir juste un peu
Je cultive en secret le silence de mon feu
J'oublierai les paroles de mes chansons idiotes
Le jour où je lirai une belle lettre de femme
Cachetée, libellée, ciselée, parfumée
C'est bien l'unique chose qu'un jour j'aie désirée
Mais tu étais pauvresse dans ton âme bien née
Et moi j'ai attendu le nombre des années
Alors dans l'agenda soldé sur Amazon
Je note toutes les heures de mes foutues journées
C'est ce qui restera de mon passage télé
Le quart d'heure humiliant tel les grands mots fléchés
Nous remplissions des trous de miel succédané
Nous nous vidons beaucoup sous l'effet des diarrhées
Que ferai-je demain ? Tout comme l'avant-veille
Lire écrire et chanter le souvenir des merveilles
Ô malheureux poètes dévoilez donc ces vers
Rimez de toutes vos dents et d'esprit jubilez
Elle ne viendra jamais la grande félicité
L'art est contemporain de nos belles années
Et sauve les auteurs qui n'oublient pas d'aimer
Car si ta muse ardente veut encore enfanter
Il faut lui murmurer vouloir être choyé
C'est toi le bel enfant il faut en profiter
Elle passera si vite l'ivresse des cinés
Et quand déjà trop vieux à ton style affirmé
Place un suppositoire un mort ou un panneau
Dans ton texte elles liront parmi tes mille mots
Elles dénichent la richesse maquillée par le pot
Alors déjà bien veilles elles se rappelleront
Elles diront tes histoires qui ne valent pas un rond
Oublié seul en scène devant une salle pleine j'ai vidé mon gros cœur et bouffé par le mythe je déclame au désert
Toi qui lis tous ces vers ce soir tu es si seul.e.s
Éteins vite Internet et embrasse le ciel
Santangelo