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Billet de blog 11 mai 2022

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Sur un Air de Campagne (315)

Loup, y es-tu ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

A l'Impasse des Roses © Santangelo

La semaine passée, je ne sais pas si la nouvelle a été relayée au niveau national, un loup a été aperçu dans les Landes du Cragou, situées, en partie, sur le territoire de ma commune. Il a été filmé par une caméra de surveillance de la faune sauvage. Il s'agit d'un mâle, d'environ un an, de souche italienne. Le journal local, toujours avide de scoops, a diffusé les images sur son site Internet – même si ce n'est pas ça qui effraie le plus dans le journal local. Ça fait 109 ans que le dernier loup a été abattu dans mes campagnes bretonnes. À l'époque, un chasseur pouvait toucher jusqu'à l'équivalent de six mois de salaire pour tuer un spécimen. Outre le regain d'affluence attendu au Musée du Loup, que le public semble bouder depuis le Covid, il est à craindre que des 'allumés' en tous genres ramènent leurs truffes par ici pour tenter de voir la bête. Pour ma part, je l'ai déjà dit, le loup est un animal qui me laisse à peu près indifférent, et je lui préférerait, s'il fallait choisir un totem, l'ours et la baleine ou, plus proches de nous, le chevreuil ou le papillon.

Des chevreuils, justement, c'est ce que j'ai trouvés en me promenant dans les sous-bois, au détour d'un chemin, près d'un pré. Du moins, un « coin à chevreuils », si j'en crois le panneau destiné aux randonneurs, nombreux dans le coin, depuis que la marche est devenue le sport national. Mais je ne suis pas impatient ; j'en ai aperçus plusieurs ces derniers mois. Le loup s'attaque-t-il aux chevreuils et aux biches ? Sans doute et, plus sûrement encore, si ceux-ci ou celles-ci sont jeunes ou blessés. À l'orée de la clairière, dans la lumière du couchant filtrée par la canopée, au milieu des fleurs de coucou, proche de l'extase mystique, comme chaque fois que je découvre un nouveau site naturel remarquable telle une apparition, j'aurais, moi aussi, aimé faire son affaire à une jolie biche. Mais je ne suis pas un loup. Et je ne veux pas non plus endosser le rôle du loup.

Tout ça me ramène à l'enfance de Quentin, vers huit ou neuf ans, lorsqu'il était fasciné par le petit bois qui bordait les champs de la ferme parentale. S'il y avait joué, quelques fois, avec des copains idoines ou des copines aventureuses, il ne s'y était jamais risqué seul. Dans cette petite parcelle de feuillus - hêtres, chênes et noisetiers en lisière – encombrée, par endroits, par des monticules impressionnants de ronces, à d'autres par de majestueuses fougères, au sol recouvert de feuilles et d'humus, il aurait aimé se cacher et se promener, mais une menace sourde, de celle qui précède la terreur, le nouait d'angoisse à chaque nouvelle tentative de défrichage de ce lieu, demeuré mystérieux dans un environnement enfantin que, par ailleurs, il maîtrisait parfaitement. Il lui fallut attendre l'adolescence pour qu'il osât y pénétrer, et y goûter les plaisirs de ses ombres, et la découverte de la sienne.

Aujourd'hui, quand il se promène dans la fraîcheur des bois, même après avoir vu, il y a longtemps, le terrible film « Délivrance », il n''éprouve pas la moindre peur. Mais, plutôt, une légère impatience, un entrain de l'âme, marqués par une respiration plus lente, un souffle préhistorique, en attente d'une révélation.

Pour ma part, cette histoire me ramène à une 'image-souvenir', peuplée de biches et de daims, dans un enclos, au milieu d'une forêt. Impossible de conclure, depuis que j'y pense, si j'ai vu cet endroit en rêve, ou s'il s'agit vraiment d'un souvenir de promenade. Mais si le loup y est, peut-être vaut-il mieux rebrousser chemin.

Santangelo

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