La technique est simple. On prend un honnête homme, un peu trop nostalgique, un peu trop solitaire, ancien des avant-gardes ou prenant simplement son travail un peu trop à cœur. On trouve une phrase qui prête à confusion dans un de ses écrits ou une de ses déclarations. On l'isole. On le cloue au pilori en place publique durant des semaines. Et si le dit honnête homme veut encore exister sur le plan culturel, il est obligé de se radicaliser pour plaire à son nouveau public, de trouver des alliés dans la vieille garde, ou alors de disparaître dans l'oubli.
Ces gens servent de fusibles au système et permettent d'éviter les passages à l'acte. Que des tarés s'en réclament de temps en temps pour accomplir leurs rêves malades et funestes ne doit pas dissimuler le fait que ces gens-là canalisent toute une partie de la violence sociale en la verbalisant et en la sublimant.
Les épouvantails font toujours peur aux oiseaux, même bien au chaud dans leurs petits gazouillis. Ce sont les cinquièmes roues du carrosse.
Qui, parmi ses contempteurs acharnés, sait encore de Renaud Camus a théorisé le militantisme homosexuel ? Qu'Eric Zemmour a écrit une très belle histoire de France ? Que Lionel Jospin lisait « La Lenteur » de Kundera pendant sa campagne présidentielle ? Qu'un excellent roman d'un jeune écrivain a raconté la jeunesse mouvementée de Finkielkraut à la fin des années 2000 ? Que Dieudonné a fait un sketch hilarant sur les terroristes islamistes ? Que Marc-Edouard Nabe a écrit un livre à se pisser dessus de rire sur le Tout-Paris ? Que Taddéï a invité Chomsky pour un grand entretien sur son plateau il y a quelques années ? Qu' Olivier Besancenot avait pour compagne une éditrice de chez Flammarion ? Qui pour se souvenir, parmi ces lecteurs de polars suédois, que Jean-Patrick Manchette et A.D.G se respectaient ?
Et dire que Montaigne a été maire de Bordeaux...
In Memoriam Pierre Bérégovoy.
Saul Santangelo des Regs
PS/ Et alors que la campagne électorale est lancée, les mêmes d'essayer d'intéresser le peuple avec une sortie en boîte de nuit d'un ministre en vue. Quelle tristesse !